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Le bar à poèmes
5 février 2026

Heather Dohollau (1925 – 2013) : Après Saint-Pétersbourg

 

 

 

Après Saint-Pétersbourg

 

 


Il y a de l’herbe très longue en chevelure


Où le vent souffle les vagues à l’écume de fleurs


Bleuets, coquelicots et marguerites


Le ciel est haut et bleu, il y a peu de bruit


Les hangars ont deux noms dont l’un s’efface


L’avion nous mène jusqu’à la     porte


Et là nous attendons dans le calme


D’un Oblomov qui dort sa vie aux champs

 

 


Après le métro la sortie dans la rue


Qualifiée entre toutes de grande


La Perspective Nevski mais à cette heure


Le fleuve en coule à peine


Les ombres incertaines font peu de pas


Les rondes de poussière rôdent dans les coins


Et sèment le vent


Mais après un pont on tourne à droite


Là où des arcs de lumière imposent


Une écluse sombre avant la vaste place


Elle aussi presque vide sauf près de nous


Où un homme joue du cor pour quelques-uns


Et convie tout l’espace à sa seule joie

 


Un luxe d’espace : les palais et les parcs


Ici où les êtres ont droit à peu de place


Où comme François et ses petits frères


Dedans recèle dehors par transparence


Et l’homme vit dans la guérite de sa tête


Mais il y a une aisance du désir


Sans les contraintes et c’est en enfants sages


Que nous touchions de nos yeux aux plis de rêve


Les surfaces hors des doigts vivent des miroirs


Et seuls les spectres colorent le temps qui passe

 

 

TO THE FINLAND PASSION

 

La statue encore sur son monticule


De voiture blindée en Lego de pierres

 

................................................................

 

Mais c’est Samedi et l’été


Et le soleil prend le train


Vers la forêt où les arbres au ciel


Ont à leurs pieds des myrtilles


Comme nos vies en cueillent par terre


Les heures et les gardent en main


En léger viatique


Et les chemins clairs déroulent


Leurs pansements de silence


Sous nos pas

 

 

AKHMATOVA A KOMAROVO

 

 

Non, ils ne sont plus les mêmes


Vos poèmes lus ici


Habillés par les ombres des hauts nuages


Qui passent et qui regardent

 

 

Les mots ont soif de lieux


Des noces tremblées


Aux mesures d’un souffle

 

 

Racines d’espace


Où les arbres tournoyent


En pur abri

 

 

Une blessure pour si peu


Une rose invisible


Saigne sous les pas

 

 


Ici où les arbres en bénédiction


Dénombrent le silence j’entends votre voix


Sa venue dans la musique de ces mots


Qui étant pour moi étranges


N’ont pas d’autres sens que tout


Pas plus que le chant d’un oiseau


Ils ne se séparent de l’instant


Et sa rondeur de miroir 


Au fond d’un puits


Ou sur le mur d’une vie

 

 

                                                           KOMAROVO

 

 

Quelques heures de lecture sur un banc


De jardin public en bordure de route


La poussière et le bruit ratissent de près


Mais les arbres sont hauts et au soleil


Les passants portant couleurs de l’été


Se meuvent en transparence sur les eaux des yeux

 

 

Les jardins d‘Eté sont des lits de feuilles


Tombées au travers d’heures qui furent uniques


Une musique jouée ici sous les arbres


Un dimanche matin seul de toute une vie

 

 


Les petites choses : une boîte de laque rouge


Avec un héron ou peut-être une grue


Porté en signe léger entre ciel et terre


notre immortalité en brindilles d’or


Sur une nappe de sang

 

 

Des livres de la taille d’une main


Aux doigts serrés ou un oiseau bleu


Se pose parmi les fleurs


Et change de place


Suivant la coupe du sort

 

 

Deux toiles de Monet d’une grande taille


Où la gardienne de la salle me montre


Dans l’une, une datcha dans une clairière


A peine visible, dans l’autre


Une ronde de statues comme une bague de fée

 

 

Ces images glissées parmi les valises


Chargées des livres des autres – les grandes ainées


Les voix qui portent une terre et toutes ses heures –


De la menue monnaie pour un proche cerbère

 

 

PASTERNAK A PEREDELKINO

 

 

Ici à la lisière de la peur


Sous une armure de rosée et de feuilles


Froissées au moindre vent


Les mains transpercées d’herbe


Sous le regard penché des nuages trop hauts


Dans une fragilité de mots


Se dressait une transparence


Et ce qui se poussait libre


A son ombre radieuse

 

 


La terre âgée.

 

Editions Folle Avoine,35023Bédée 1996

De la même autrice :

 

  Matière de lumière les murs (20/01/2014)

 

« Si pour vivre il suffit de toucher la terre… » (20/01/2015)

 

La terre âgée (20/01/2016)

 

L’après-midi à Bréhat (20/01/2017)

 

Mère bleue (05/02/2018)

 

L’Ombre au Soleil (05/02/2019)

 

Le tertre blanc (05/02/2020)

 

Paulina à Orta (05/02/2021)

 

Lieux (05/02/2022)

 

Fleurs (05/02/2023)

 

Les larmes de Carthage (05/02/2024)

 

Octobre Toscan (05/02/2025)

 

 

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