Heather Dohollau (1925 – 2013) : Après Saint-Pétersbourg
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Après Saint-Pétersbourg
Il y a de l’herbe très longue en chevelure
Où le vent souffle les vagues à l’écume de fleurs
Bleuets, coquelicots et marguerites
Le ciel est haut et bleu, il y a peu de bruit
Les hangars ont deux noms dont l’un s’efface
L’avion nous mène jusqu’à la porte
Et là nous attendons dans le calme
D’un Oblomov qui dort sa vie aux champs
Après le métro la sortie dans la rue
Qualifiée entre toutes de grande
La Perspective Nevski mais à cette heure
Le fleuve en coule à peine
Les ombres incertaines font peu de pas
Les rondes de poussière rôdent dans les coins
Et sèment le vent
Mais après un pont on tourne à droite
Là où des arcs de lumière imposent
Une écluse sombre avant la vaste place
Elle aussi presque vide sauf près de nous
Où un homme joue du cor pour quelques-uns
Et convie tout l’espace à sa seule joie
Un luxe d’espace : les palais et les parcs
Ici où les êtres ont droit à peu de place
Où comme François et ses petits frères
Dedans recèle dehors par transparence
Et l’homme vit dans la guérite de sa tête
Mais il y a une aisance du désir
Sans les contraintes et c’est en enfants sages
Que nous touchions de nos yeux aux plis de rêve
Les surfaces hors des doigts vivent des miroirs
Et seuls les spectres colorent le temps qui passe
TO THE FINLAND PASSION
La statue encore sur son monticule
De voiture blindée en Lego de pierres
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Mais c’est Samedi et l’été
Et le soleil prend le train
Vers la forêt où les arbres au ciel
Ont à leurs pieds des myrtilles
Comme nos vies en cueillent par terre
Les heures et les gardent en main
En léger viatique
Et les chemins clairs déroulent
Leurs pansements de silence
Sous nos pas
AKHMATOVA A KOMAROVO
Non, ils ne sont plus les mêmes
Vos poèmes lus ici
Habillés par les ombres des hauts nuages
Qui passent et qui regardent
Les mots ont soif de lieux
Des noces tremblées
Aux mesures d’un souffle
Racines d’espace
Où les arbres tournoyent
En pur abri
Une blessure pour si peu
Une rose invisible
Saigne sous les pas
Ici où les arbres en bénédiction
Dénombrent le silence j’entends votre voix
Sa venue dans la musique de ces mots
Qui étant pour moi étranges
N’ont pas d’autres sens que tout
Pas plus que le chant d’un oiseau
Ils ne se séparent de l’instant
Et sa rondeur de miroir
Au fond d’un puits
Ou sur le mur d’une vie
KOMAROVO
Quelques heures de lecture sur un banc
De jardin public en bordure de route
La poussière et le bruit ratissent de près
Mais les arbres sont hauts et au soleil
Les passants portant couleurs de l’été
Se meuvent en transparence sur les eaux des yeux
Les jardins d‘Eté sont des lits de feuilles
Tombées au travers d’heures qui furent uniques
Une musique jouée ici sous les arbres
Un dimanche matin seul de toute une vie
Les petites choses : une boîte de laque rouge
Avec un héron ou peut-être une grue
Porté en signe léger entre ciel et terre
notre immortalité en brindilles d’or
Sur une nappe de sang
Des livres de la taille d’une main
Aux doigts serrés ou un oiseau bleu
Se pose parmi les fleurs
Et change de place
Suivant la coupe du sort
Deux toiles de Monet d’une grande taille
Où la gardienne de la salle me montre
Dans l’une, une datcha dans une clairière
A peine visible, dans l’autre
Une ronde de statues comme une bague de fée
Ces images glissées parmi les valises
Chargées des livres des autres – les grandes ainées
Les voix qui portent une terre et toutes ses heures –
De la menue monnaie pour un proche cerbère
PASTERNAK A PEREDELKINO
Ici à la lisière de la peur
Sous une armure de rosée et de feuilles
Froissées au moindre vent
Les mains transpercées d’herbe
Sous le regard penché des nuages trop hauts
Dans une fragilité de mots
Se dressait une transparence
Et ce qui se poussait libre
A son ombre radieuse
La terre âgée.
Editions Folle Avoine,35023Bédée 1996
De la même autrice :
Matière de lumière les murs (20/01/2014)
« Si pour vivre il suffit de toucher la terre… » (20/01/2015)
La terre âgée (20/01/2016)
L’après-midi à Bréhat (20/01/2017)
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