Denise Le Dantec (1939 -) : Cantilena (1)
Cantilena
CANTILENA
pour Petra
toi/moi :
un jeune feu
qui s’exprime
sur des braises
vigueur, joie
sur le sol
un nid de pains
où s’alimentent les oiseaux
la paume de ta main
nourrit l’hirondelle
la mienne
un passereau
: tu chantes
ta voix ouvre
comme
le fruit du bouton d’or
dans ta robe
un paradis de sagesse
réclusion, douceur
une aile
s’est posée
sur tes cheveux
ta bouche
est formée
de
deux o
au milieu de ton dos
une colonne de fourmis
dans ton ventre
la petite boule
de fruits
et
en-dessous
la sueur gazonneuse maintenant
j’admire
tes sauts pindariques
ton pantalon
a deux jambes :
l’une est rouge
l’autre est violette
ton genou
est orné
d’une cicatrice brune
ma philosophie
est le fil d’acier
la tienne :
l’air
au présent
ce’st le grignotement
d’une pomme
l’étoile
têtue fragile
tandis que
sonne
la cloche du soir
la maison
est petite
où habite le feu
dehors
: des bidons de glace
changés en pierres
plus loin :
un chemin de bois
avec un roitelet
pour choriste
le ruisseau
est ligne courante
dans la forêt
......................,
avec
au cœur
un poids
de fer à cheval
que j’arrache
avec le givre
STROPHES
pour Jirina
quelle terre
pour
se nourrir
et
créer
un présent
le buisson brûle
quand je secoue
les étincelles
plus tard
quand la limite
s’étend en pluie
les bulbes
sont peignés d’eau
des fragments de feuilles
vont grandir
dans un monde
qui ne répètera pas le monde
toi, tu
le soleil se répand
en essaims de clarté
baiser
parsemés de pollen
les lilas bruissent
le poison
bleu et frais
devient rivière
à midi
je suis sur la couture
de l’ombre
(la marelle
Se couvre d’herbe sage)
assis
entre le boeuf de Tarente
et la chèvre d’Icarios
l’enfant
mange sa part du jour
tali talita
talita koumi
au pied
des tournesols
la corde jaunit
(pleur versé
aussi brillant
qu’un quart de lis)
tali tali
tali
l’enfant
se lève
sautillante dans le nu
(Vénus
passe
en mantille
trouée d’aphyllantes bleues
qui voltigent)
le ver luisant
a mangé le fil de coton
tali talita ta
kou
koukou mi
la tête
emplie d’abeilles
par le grain de Déméter
un épi
a levé dans la rue
le scarabée trismégiste
dort
sur la bouse
et les brandons d’or
au dos du mur
l’urine
sature
la grande-éclaire
une poignée de pluie
tombe
sur le cerfeuil en fleurs
des graines de crépuscule
emplissent l’assiette
mythologie de Pluton
sur ma gauche
où monte la fumée
corbeau à os
de la Grande Scythie
quand la vie
est
comme traire Io
dans le bosquet
où poussent les bourgeons
l’artiste du jonc
est encore
dans la grange
: les corbeilles
s’accumulent
pour le berceau de la nuit
l’enfant
experte en ruine
dort sur les lattes
près des bûches
où courent les rats
sur sa tête
une couronne
noircie de boutons-d’or
où
que crie sa faim
la feuille du saule
sinon oublieux
sous Séléné pensive
l’étoile du soir
bourdonne
entre les cornes du bœuf
(...)
KERNIPILI
ce jour
j’ai semé
le blé de Triptolème
dans la grande plaine
de Kernipili
la Morrigan
habillée de noir
allait
dans les ornières
croassante corneille
au-dessus
du sillon
elle
crie avec son bec
la pierre de fronde
est nécessaire
ou
la chaussure
............................
sur la grande plaine
de Kernipili
germe l’épi
qu’on voit mûrir
..............................
la Morrigan
n’a pas mangé
mon grain
c’est la justice
: je n’irai pas plus loin
...................................................
Cantilena
Wigwam éditeur, 35000 Rennes, 2000
De la même autrice :
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