Charles Cros (1842 -1888) : Nocturne
Nocturne
A Arsène Houssaye.
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Puisque je n'ai plus mon ami,
Je mourrai dans l'étang, parmi
Les fleurs, sous le flot endormi.
Au bruit du feuillage et des eaux,
Je dirai ma peine aux oiseaux
Et j'écarterai les roseaux.
Sur le bord arrêtée, au vent
Je dirai son nom, en rêvant
Que là je l'attendis souvent.
Et comme en un linceul doré,
Dans mes cheveux défaits, au gré
Du flot je m'abandonnerai.
*
Les bonheurs passés verseront
Leur douce lueur sur mon front ;
Et les joncs verts m'enlaceront.
Et mon sein croira, frémissant
Sous l'enlacement caressant,
Subir l'étreinte de l'absent.
*
Que mon dernier souffle, emporté
Dans les parfums du vent d'été,
Soit un soupir de volupté !
Qu'il vole, papillon charmé
Par l'attrait des roses de mai,
Sur les lèvres du bien-aimé !
Le coffret de santal,
Alphonse Lemerre ; J. Gay et fils éditeurs, 1873
Du même auteur :
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