Claire Genoux (1971 - ) : Ne rien dire de mon corps...
Ne rien dire de mon corps
Ne rien dire de mon corps
que les sommeils colportent d’une nuit à l’autre
comme un cavalier nu
ne rien dire des veines décousues par les doigts des hommes
ni de cette poitrine sur laquelle marchent les oiseaux
ne pas parler non plus des fées féroces
que le travail a penchées sur leur rouet
surtout ne pas citer les mots
qui ouvriraient mon ventre comme une voile
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Puisqu'elle ne compte pas plus cette nuit
qu'une gorgée de vin tiède
avalée au bord de mon ventre
puisque le jour viendra
traîner ses outils sur le sol noir
et retourner la terre
fredonnons-le à visage découvert
le récit de cette nuit
- comme une chanson à boire
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Que le vent soudain - à la pointe de ses doigts
écarte la couronne de tes cheveux
et je me mettrai à rouler mon dos sur celui des collines
sucerai avec insistance le pépin des forêts
mais si mon corps s'assortit mal à la foule des amoureuses
dévidant leurs langues
je me coucherai contre le haut cimetière
épluchant avec orgueil mon oignon d'années
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J'ai dit que je partais pour toujours
laissant derrière moi
l'été dont s'encombrent les arbres
et j'ai menti
moi qui n'ai jamais quitté personne
j'ai seulement pris sous mon bras
le cadeau du soir
me rappelant ces quelques notes
que tu as jetées à mes pieds comme un bouquet fané
tandis que j'emporte
tranche par tranche dans un mouchoir à carreaux
le repas de ton corps
in, Jean Orizet « La poésie française contemporaine »,
Le Cherche-midi éditeur, 2004
De la même autrice :
« Gardons ce corps solide… » (05/11/2015)
« Novembre… » (05/11/2016)
« Vague immense de nos voix… » (05/10/2017)
Carrouge (05/11/2018)
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