20 janvier 2019

Felix Grande (1937 – 2014) : « S’asseoir ici ... » / « Sentarse aquí ... »

  S’asseoir ici, à l’heure où l’après-midi s’achève. Sentir que la distance s’incorpore à la conscience ; là, où l’éternité résonne. Regarder. Et à présent, s’acquitter de ce métier, si profond : toujours regarder, regarder le monde, y songer, l’aimer, aimer, songer, aimer. Voir la colline ; la voir vraiment. Le mont, le chemin, la terre, le genêt : tout voir... Voir la leçon de l’horizon : son sourire de flamme. Pourquoi cet éclat de l’après-midi ? Est-ce la vielle pulsation du... [Lire la suite]
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11 janvier 2019

Francisco de Quevedo y Villegas (1580 – 1645) : A Rome, ensevelie sous les ruines / A Roma sepultada en sus ruinas

  A Rome, ensevelie sous ses ruines   Tu cherches Rome en Rome, ô pèlerin, Et Rome même en Rome n’aperçois : Cadavres sont les murs qu’elle montra, Et tombe de soi-même l’Aventin.   Ci-gît, où il régnait, le Palatin ; Tout élimées du temps, vois les médailles, Défaites plus encore des batailles Livrées par l’âge que blason latin.   Reste le Tibre, seul, dont le courant, Ville, la sut baigner, et sépulture, La pleure d’un funeste son dolent.   Ô Rome ! en ta grandeur, en ta... [Lire la suite]
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19 décembre 2018

Federico Garcia Lorca (1898 – 1936) : Village / Pueblo

En 1914 Village   Sur la colline pelée, un chemin de croix, de l’eau claire et des oliviers centenaires.   Dans les ruelles, des hommes au visage caché. Et sur les clochers, des girouettes qui tournent.   Qui tournent éternellement. O village perdu dans une Andalousie de larmes.   Traduit de l’espagnol par Jacinto- Luis Guereña in « Anthologie bilingue de la poésie espagnole contemporaine » Gérard & C° (Marabout Université), Verviers (Belgique), 1969 Du même auteur : La... [Lire la suite]
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04 décembre 2018

Antonio Gamoneda (1931 -) : « Il existait tes mains... » / « Existían tus manos... »

  Il existait tes mains.   Un jour le monde devint silencieux ; les arbres, là-haut, étaient profonds et majestueux, et nous sentions sous notre peau le mouvement de la terre.   Tes main furent douces dans les miennes et j’ai senti en même temps la gravité et la lumière, et que tu vivais dans mon cœur.   Tout était vérité sous les arbres, tout était vérité. Je comprenais toutes choses comme on comprend un fruit avec la bouche, une lumière avec les yeux.   Traduit de l’espagnol par... [Lire la suite]
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25 novembre 2018

Luis Cernuda (1902 – 1963) : Le nom

  Le nom     Tranquille vienne ton pas Sur la terre, où Brille d’une ombre rouge Ce hêtre, et proche Avec son ombre d’or Ce châtaignier, sous la caresse De la lumière même. Passe Cette heure avec toi-même Seul à seul, comme si c’était La dernière heure, La première, peut-être Seuil de mort ou de vie, Tandis que l’après-midi tourne Indicible douceur Et beauté indicible. Le monde vit avec son ciel ; Toutes nouvelles sont les feuilles ; Et les fleurs du pommier Plus belles que neige, sans... [Lire la suite]
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04 octobre 2018

Claudio Rodriguez (1934 – 1999) : Parce que nous ne possédons rien / Porque no poseemos

Parce que nous ne possédons rien Le regard I Parce que nous ne possédons rien, nous voyons. L’œil, brûlant à cette heure du jour, quand la lumière, cruelle à force d’être vraie, blesse le regard, ne m’apporte plus la simplicité d’autrefois. Je ne sais plus ce qui meurt, ni ce qui ressuscite. Mais je regarde, m’enflamme, et le regard devient baiser – d’amour ou de trahison, je ne sais pas. Le regard voudrait modeler les choses, arrêter la hâte aveugle des adieux, vêtir et cacher la terrible nudité des adieux, ... [Lire la suite]
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23 août 2018

José Herrera Petere (1909 – 1977) : Arbres / Arboles

  Arbres   Arbres drus qui descendez en flots ombres crépusculaires des montagnes colloque muet le long des flancs lustrés. Lumière tranquille ô lumière héritée d’êtres anciens et verts avec des branches, des lèvres balbutiantes. Arbres comme des moines psalmodiants comme une attente triste vous avez sous le ciel une douceur d’ogive colonnes enamourées bruissantes absides comme des nids de plumes et de colombe corps et refuges. Arbres vivants sans bruits vous descendez ! O forêts de beauté pour mon... [Lire la suite]
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17 août 2018

Gabriel Celaya (1911 – 1991):Méditation / Meditación

  Méditation   S’il est vrai que j’existe et que je m’appelle Raphaël, s’il est vrai que je suis ici et que ceci est une table ; s’il est vrai que je suis un petit peu plus qu’une pierre noire au milieu des orties, un peu plus qu’une pierre rugueuse au fonds d’un puits ;   s’il est vrai qu’est réelle cette étrange clarté violette du soir, si ces gris et ces mauves sont des maisons et des nuages, s’il est vrai que cet homme qui passe dans la rue n’est pas un somnambule, si est réel ce silence qui... [Lire la suite]
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10 juillet 2018

José Manuel Caballero Bonald (1926 -) : Tandis que j’ajuste mon âge au temps

  Tandis que j’ajuste mon âge au temps   Combien de fois, en fin de journée, perdant pied dans les eaux entassées de mon âge, j’ai vu brûler, gémir la charge de ma vie qui tenait au seul fil précaire et tremblant d’une chose qui encore s’impose à mon cœur, nom arraché à coups de mémoire,  pour que jamais je ne puisse dire ce n’est pas vrai j’attends encore, je suis destiné à attendre encore et toujours tandis que j’ajuste mon âge au temps, pour ainsi me récupérer de la vie que je destitue jour après... [Lire la suite]
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28 mai 2018

Maria Victoria Atencia (1931 -) : « Que faire si soudain tu découvres... » / « Qué hacer si de repente descubres... »

  Que faire si soudain tu découvres que tu es habitée de la tête aux pieds par quelqu’un qui t’est étranger et qui confond ta langue avec un verbe différent. D’un côté et de l’autre, le jour il te cherche en traînant une lampe, et la nuit il sent ses yeux aveuglés par un soleil d’injustice.   Que faire sinon te jeter dans le tumulte, crier sous les vagues, secouer avec des bambous la racine de ton corps, désirer la mandragore, proclamer ta sécheresse pour le restant de tes jours et dormir pour l’éternité sur... [Lire la suite]
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