720x480-28[1]por Ramón Palmeral.

 

Vers épiques

(Virgile à Trapani.)

 

Presque tout nu sous la flamme du jour

Je regarde la mer, solide, ouverte par les bras

Vigoureux de nageurs pleins de jeunesse

Aux bords de Trapani.

Et entourés de gens indifférents, ces deux là-bas

Aux yeux ardents,

A l’air heureux, à l’écart.

Qui chantera l’amour si ce n’est le poète ?

De son lieu solaire un jeune, un étranger

Vous observe en lumière bienveillante,

Et rend grâce à la vie de témoigner de vos beautés.

 

Ici eut lieu, sous ce soleil et sur ces mêmes rives,

Le stratagème du garçon agile,

Qui, dans la course à pied présidée par Enée,

Empêcha la victoire d’un rival

Afin de voir sur le cheval, tout nu et couronné de la fleur d’olivier,

Le vainqueur Euryale, juvénile beauté.

Une histoire d’amants, triviale,

Et quotidienne, d’autres temps.

 

Mais vous deux vous parlez dans le matin, nul ne devine votre joie,

Le battement proche de vos poitrines,

Votre radieux élan à livrer votre vie

A la contemplation.

Je vous observe, au creux de la lumière, brûlant.

Je n’imagine pas quelque chose d’unique

Pour chanter, sur un ton sublime et des accents

De flamme, votre amoureuse histoire ;

Elle est humble, ma voix.

Je vous regarde,

Ils sont si vieux mes yeux, je vois

La ferme décision prise par vous

Et de votre plein gré.

Vous courrez des pays, serez les exilés

Solitaires et regarderez tout

Avec amour et amertume ;

Pas un seul de vous ne fondera de ville,

N’ouvrira de sillons,

Peut-être vous oublierez-vous l’un l’autre.

 

Chagrinée et brisée, si vous voyez ces vers,

Votre voix parviendrait à mon oreille :

Mais alors, étranger, pourquoi chanter,

Es-tu donc exalté par cet échec ?

Et ma réponse, aveugle, tremblerait :

Je chante la pureté.

 

Traduit de l’espagnol par Yves Aguila

in, « Anthologie bilingue de la poésie espagnole »

Editions Gallimard (Pléiade), 1995

Du même auteur :

Se regardant dans la fumée / Mirándose en el humo (11/05/2017)

Quand je suis encore la vie / cuando yo aún soy la vida.(11/05/2018)

Le pacte qui me reste (11/05/2019)

« Le balcon donne sur le jardin... »  / « El balcón da al jardín... » (10/05/2020)

Scène secrète (11/05/2021)

 

Versos épicos

(Virgilio en Trápani)

Casi desnudo bajo el fuego del día

miro la solidez del mar, abierta por los brazos

de vigorosos nadadores jóvenes,

a la orilla de Trápani.

Y rodeados de gente indiferente, aquellos dos

de ardientes ojos,

de feliz semblante, recogidos.

¿Y quién cantará el amor sino el poeta?

Desde su soledad el joven extranjero

os observa con luz benevolente,

y agradece a la vida testimoniar vuestra hermosura.

 

Fue aquí, debajo de este sol y en la misma ribera,

la estratagema de aquel ligero mozo

que, en carrera pedestre que presidiera Eneas,

impidió la victoria de un rival

por ver sobre el caballo, desnudo y coronado de oliva florecida

al vencedor Euríalo, de juvenil belleza.

Una historia de amantes, vulgar

y cotidiana, de otros tiempos.

 

 
Mas vosotros habláis en la mañana, nadie adivina vuestro gozo,

el latido cercano de los pechos,

el impulso radiante con que entregáis la vida

a la contemplación.

 
Yo os observo, en la hondura de la luz, ardiendo.

No imagino un suceso desusado

para cantar con elevado tono, con acento

de llama, vuestra amorosa historia;

es muy baja mi voz.

Os miro,

son mis ojos tan viejos, veo

la firma decisión que habéis tomado

por vuestra voluntad.

Recorreréis países, seréis los exiliados

solitarios, y miraréis las cosas

con amor y amargura;

ninguno de vosotros fundará una ciudad,

labrará un campo,

y acaso os olvidéis uno del otro.

 

 
Con rota pesadumbre, si os mostrara estos versos,

llegaría a mi oído vuestra voz:

ntonces, extranjero, ¿por qué cantas,

acaso te entusiasma este fracaso?

Y, ciega, mi respuesta temblaría:

yo canto la pureza.

 

 

Palabras a la oscuridad

Ínsula, Madrid, 1966

Poème précédent en espagnol :

Rafael Alberti :Les enfants de l’Estrémadure / Los niños de Extremadura (20/02/2022)

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