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Convoquée par les femmes, l’aube s’étend comme des branches fraîches :

belles sœurs fertiles, mères marquées par la persécution. Il y a une frise

d’orties dans le profil du matin ; linceuls tordus à l’excès par des mains

brûlées dans la lessive et le désespoir.

 

Et le jour vint. C’était une rumeur sous les paupières, c’était le bruit du jour

naissant. Eau et cristal dans les oreilles enfantines. Des gens translucides

arrivent et leurs chansons humidifient le bois du rêve, humidifient le bois des

chambres fermées à l’espoir.

 

Je sens les prières, leur lenteur, comme de magnifiques serpents qui passeraient

sur mon cœur.

 

(C’était le rosaire de l’aurore en marge de la pureté prolétaire, devant les

jardins embrasés par les trains et les vents.)

 

Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet

« Poésie espagnole. Anthologie 1945 – 1990 »

Acte sud / Editions Unesco, 1995

Du même auteur :

« Je sais que l’unique chant… » (04/12/2016)

« Vois / la fugacité sylvestre… » (04/12/2017)

« Il existait tes mains... » / « Existían tus manos... » (04/12/2018)

Blues de l’escalier / Blues de la escalera (04/12/2019)

« Si au moins je savais d’où ta tête... » (04/12/2020)