Le bar à poèmes

23 avril 2018

Rabindranath Tagore (1861 – 1941) / রবীন্দ্রনাথ ঠাকুর : « Frère, nul n’est éternel … »

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Frère, nul n’est éternel et rien ne dure. Frère, garde ceci dans ton cœur et réjouis-toi.

 

     D’autres que nous ont porté l’antique fardeau de la vie ; d’autres que nous ont fait le

long voyage.

     Un poète ne peut chanter toujours la même ancienne chanson.

     La fleur se fane et meurt ; mais celui qui la portait ne doit pas toujours pleurer sur

son sort.

     Frère, garde ceci dans ton cœur et réjouis-toi.

 

     Il faut un long silence pour tisser une harmonie parfaite.

     La vie s’évanouit au coucher du soleil pour s’anéantir dans les ombres dorées.

     L’amour doit quitter ses feux pour boire à la coupe de la douleur et renaître dans

le ciel des larmes.

     Frère, garde ceci dans ton cœur et réjouis-toi.

 

     Nous nous hâtons de cueillir nos fleurs de peur qu’elles ne soient saccagées par le

vent qui passe.

     Ravir un baiser, qui s’évanouirait dans l’attente, fait bouillir notre sang et briller nos

yeux.

     Notre vie est intense, nos désirs sont aiguisés car le temps sonne la cloche de la

séparation.

     Frère, garde ceci dans ton cœur et réjouis-toi.

 

     La beauté nous est douce, parce qu’elle danse au même rythme fuyant que notre vie.

     Le savoir nous est précieux parce que jamais nous ne pourrons atteindre à la science

suprême. Tout est fait et tout est achevé dans l’Eternité.

     Mais les fleurs terrestres de l’illusion sont gardées éternellement fraîches par la mort.

     Frère, garde ceci dans ton cœur et réjouis-toi.

 

Traduit de l’anglais par Henriette Mirabaud-Thorens

In, Rabindranath Tagore : « Le Jardinier d’amour »

Editions de la Nouvelle Revue Française, 1919

Du même auteur :

« Le même fleuve de vie… » (24/11/2014)

« Malgré le soir qui s’avance … » (23/04/2017)

 

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22 avril 2018

Francis Picabia (1879 – 1953) : « Il est une espèce d’oiseau… »

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Il est une espèce d’oiseau d’une grande rareté et bien difficile à connaître,

car ces oiseaux ne se posent jamais ; la femelle pond ses œufs dans les airs

à une grande hauteur et l’éclosion des petits a lieu avant qu’ils n’aient eu le

temps d’arriver jusqu’à terre ; volant sans cesse, ignorant le repos les

battements de leurs ailes sont semblables aux battements de notre cœur ;

arrêt signifie mort. Ces oiseaux existent partout, ils ont, semble-t-il, toujours

existé, mais d’où proviennent-ils, de quelle planète. La connaissance de leur

origine préoccupe beaucoup de cerveaux…

 

Jésus-Christ Rastaquouère

Au Sans Pareil éditeur,1920

Du même auteur :

Ma vie est passée (22/04/2015)

Les dominos (22/04/2016)

Poème d’espérance (22/04/2017)

 

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21 avril 2018

Abd-al-Wahab Al-Bayati (1926 - 1999) / عبد الوهاب البياتي : L’Hôtellerie du destin

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L’Hôtellerie du destin

 

La Lune aveugle dans le ventre

     du Poisson

et toi, éloigné du pays natal,

tu ne vis pas, tu ne meurs pas.

Le Feu des Mages s’est éteint,

allume donc le lampion !

 

Cherche où a passé le papillon.

Peut-être vole-il dans l’ombre verte

     de cette ténèbre ensorcelée ?

Bois la nuit qui coule de cette lumière,

puis brise en morceaux le verre.

Cette nuit, sache-le,

     ne reviendra pas.

 

La flèche du sort t’a rejoint.

Aucune issue pour t’enfuir,

     ô Sommeilleux !

A moins de ne prendre à ton tour le coq pour un âne,

     ainsi que nous l’impose

     le déroulement des jours.

 

La gazelle dans le désert…

les chiens de chasse au soir

     traquent sa course.

Le vin dans son cruchon…

hume-le tout ton soûl,

puis vide la coupe du ciel,

ou le verre ami des larmes,

jusqu’à mourir à ton tour

en cette hostellerie du Destin que chacun quitte

     les mains vides

     aux pieds de l’hôtelier –

ton unique compagnon à l’instant

     du dernier voyage

vers la cité des fourmis abusées

     gouvernées par les chiffres

     et les calculs de la banque.

 

O toi, l’esclave,

à combien vends-tu ces chaînes ?

Cette nuit, sache-le,

     ne reviendra pas.

Elle s’est envolée, tout comme

     s’est envolé

     le tapis des Mille et Une Nuits,

     et nous avec lui,

embrassant le « Tigre » à la clarté fuyante

     des étoiles

     et semant dans sa course un palmier…

Mieux vaut taquiner les cordes du luth,

car le coq de cette nuit aura rendu l’âme

     avant que ton verre ne t’offre

     sa première lueur…

 

Traduit de l’arabe par René R. Khawam

in, « La poésie arabe des origines à nos jours »

Editions Phébus, 1995

Du même auteur :

Amants en exil (11/02/2016) 

Tristesse de la violette (20/04/2017

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20 avril 2018

Philippe Mac Leod (1954 -) : « Sur les coteaux, un clocher s’élance..."

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Sur les coteaux, un clocher s’élance au milieu des arbres.

Il pleut. La route grise fend le vert sombre des prairies,

le frisson des nappes de colza, les villages enfouis

sous les toits roses et luisants. Je cherche le lien,

le passage étroit entre les songes qui m’absorbent

et la pâleur d’un jour obstinément lointain.

 

L’éternité par intermittence – à travers nos sommeils –

derrière la pluie, comme une lueur étrangère

les airs tendus différemment. Et ce chant d’oiseau

- dans la cour en arrivant – tard les soir, seul, haut,

résonnant dans un ailleurs soudain si proche.

 

Le Pacte de lumière

Le Castor Astral, éditeur, 2007

Du même auteur : « A cette hauteur où le vent souffle toujours froid… » (28/03/2015)

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19 avril 2018

Jude Stéfan (1930 -) : (Ni vie ni mort)

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Pourriture vous êtes ma mère oui

Vers vous êtes mes frères et sœurs

non moins et toi la Tombe enfin de

plein silence qui des cris vains

protègera je t’apporte en pâture

en pâture je t’apporte  ce cœur mon

jeune cœur fille des vœux les plus

sûrs. mais – ô bouleaux de l’enfance

et seins de baisers sonnants et langue

qui claque de plaisir en embrassant

leur jambes – vers toi je n’avance

que mêlé d’images en chemin fem-

mes. D’homme dressé j’y choirai

soldat prostré sans joie et sans regret.

 

(Ni vie ni mort)

 

In « La nouvelle poésie française »

Revue « Poésie 1, N° 17, Juillet 1971 »

Librairie Saint-Germain – des – Prés, 1971

Du même auteur :

 « les Vieux… » (19/04/2015)

(Messe blanche.) (19/04/2016)

(Memento mori.)  (19/04/2017)

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18 avril 2018

Cesare Pavese (1908 – 1950) : La mort viendra et elle aura tes yeux / Verrà la morte e avrà i tuoi occhi

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La mort viendra et elle aura tes yeux

11 mars – 10 avril 1950

 

TO C. FROM  C.

 

 

Toi,

sourire diapré

sur la glace des neiges –

vent de mars,

branches en cortège

jaillies sur la neige,

ardente et plaintive

dans tous tes manèges –

daine aux membres blancs,

gracieuse,

puissé-je connaître

encore

la grâce ondoyante

de tous les jours,

la dentelle d’écume

de tous tes tours –

la plaine là-bas

demain sera glacée –

toi, sourire diapré

toi, rire étincelant.

11 mars 1950

 

IN THE MORNING YOU ALWAYS COME BACK

 

Le soupirail de l’aube

respire par ta bouche

au fond des rues désertes.

Lumière grise de tes yeux,

douces gouttes de l’aube

sur des collines sombres.

Ton pas et ton haleine

comme le vent de l’aube

submergent les maisons.

La ville frissonne,

les pierres embaument –

tu es la vie, tu es l’éveil.

 

Etoile perdue,

dans la lumière de l’aube,

grincement de la brise,

tiédeur et haleine –

la nuit est finie.

 

Tu es la lumière et le matin

20 mars 1950

 

 

 

Tu as un sang, une haleine.

Tu es faite de chair

de cheveux de regards

toi aussi. Terre et arbres,

ciel de mars et lumière,

vibrent et te ressemblent –

ton rire et ta démarche

sont des eaux qui tressaillent –

la ride entre tes yeux

des nuages amassés –

ton tendre corps rappelle

un coteau au soleil.

 

Tu as un sang, une haleine.

Tu vis sur cette terre.

Tu en connais les saveurs

les saisons, les éveils,

tu as joué au soleil,

tu as parlé avec nous.

Rejetons du printemps,

eau transparente, terre,

silence qui bourgeonne,

tu as joué enfant

sous un ciel différent,

dans tes yeux il y a son silence,

un nuage qui jaillit

comme du fond la source.

Maintenant tu tressailles

et ris sur ce silence.

 

Tendre fruit qui vis

sous le ciel transparent,

qui respires et qui vis

notre saison commune,

dans ton secret silence

est ta force. Comme l’herbe

qui s’anime sous le vent,

tu frissonnes et tu ris,

mais toi, tu es terre.

Tu es racine féroce.

Tu es la terre qui attend.

21 mars 1950

 

 

 

La mort viendra et elle aura tes yeux –

cette mort qui est notre compagne

du matin jusqu’au soir, sans sommeil,

sourde, comme un vieux remords

ou un vice absurde. Tes yeux

seront une vaine parole,

un cri réprimé, un silence.

Ainsi les vois-tu le matin

quand sur toi seule tu te penches

au miroir. O chère espérance,

ce jour-là nous saurons nous aussi

que tu es la vie et que tu es le néant.

 

La mort a pour tous un regard.

La mort viendra et elle aura tes yeux.

Ce sera comme cesser un vice,

comme voir resurgir

au miroir un visage défunt,

comme écouter des lèvres closes.

Nous descendrons dans le gouffre muets.

22 mars 1950

 

 

 

LA MAISON

 

L’homme seul écoute la voix calme

et ses yeux sont mi-clos, comme si une haleine

effleurait son visage, une haleine amicale

qui remonte, incroyable, depuis le temps passé.

 

L’homme seul écoute l’antique voix

que ses pères ont entendue jadis, limpide

et recueillie, une voix qui pareille aux tons verts

des étangs et des coteaux, devient sombre le soir.

 

L’homme seul connaît une voix d’ombre,

caressante, qui jaillit calmement modulée

telle une source secrète : attentif il la boit,

les yeux clos, mais on ne dirait pas qu’elle est tout près de lui.

 

C’est la voix, qui un jour a arrêté le père

de son père, et tous ceux du sang mort.

C’est une voix de femme qui résonne secrète

au seuil de la maison, quand vient l’obscurité.

 

 

 

YOU, WIND OF MARCH

 

Tu es la vie et la mort.

Tu es venue en mars

sur la terre nue –

et ton frisson dure.

- anémone ou nuage –

ton pas léger

a violé la terre.

La douleur recommence.

 

Ton pas léger

a rouvert la douleur.

La terre était froide

sous un pauvre ciel,

immobile et fermée

dans la torpeur d’un rêve,

comme après la souffrance.

Et la glace était douce

dans le cœur profond.

Entre vie et mort

l’espoir se taisait.

 

Maintenant ce qui vit

a une voix et un sang.

Maintenant terre et ciel

sont un frisson puissant,

l’espérance les tord,

le matin les bouleverse,

ton pas et ton haleine

d’aurore les submergent.

Sang de printemps,

toute la terre tremble

d’un ancien tremblement.

 

Tu as rouvert la douleur.

Tu es la vie et la mort.

Sur la terre nue,

tu es passée légère,

hirondelle ou nuage,

et le torrent du cœur

s’est réveillé, déferle,

se reflète dans le ciel

et reflète les choses –

et les choses, dans le ciel, dans le cœur,

souffrent et se tordent

dans l’attente de toi.

C’est le matin, l’aurore,

sang de printemps,

tu as violé la terre.

 

L’espérance se tord,

et t’attend et t’appelle.

Tu es la vie et la mort.

Ton pas est léger.

25 mars 1950.

 

 

 

JE PASSERAI PAR LA PLACE D’ESPAGNE

 

Le ciel sera limpide.

Les rues s’ouvriront

sur la colline de pins et de pierre.

Le tumulte des rues

ne changera pas cet air immobile.

Les fleurs éclaboussées

de couleurs aux fontaines

feront des clins d’œil

comme des femmes gaies.

Escaliers et terrasses

et les hirondelles

chanteront au soleil.

Cette rue s’ouvrira,

les pierres chanteront,

le cœur en tressaillant battra,

comme l’eau des fontaines.

Ce sera cette voix

qui montera chez toi.

Les fenêtres sauront

le parfum de la pierre

 et de l’air du matin.

Une port s’ouvrira.

Le tumulte des rues

sera le tumulte du cœur

dans la lumière hagarde.

 

Tu sera là – immobile et limpide.

28mars 1950

 

 

 

Les matins passent clairs

et déserts. C’est ainsi que tes yeux

naguère s’ouvraient. Le matin

s’écoulait lentement, gouffre

de lumière immobile. En silence.

Tu vivais en silence ; les choses

vivaient sous tes yeux

(sans peine et sans ombre)

comme une mer au matin, claire.

 

Le matin est partout où, lumière, tu es.

Tu étais les choses et la vie.

En toi éveillés nous respirions

sous le ciel qui est encore en nous.

Sans peine sans fièvre en ce temps,

sans cette ombre pesante du jour

foisonnant et étrange. O lumière,

ô lointaine clarté, haleine

angoissée, tourne vers nous tes yeux

immobiles et clairs.

Sombre est le matin qui passe

sans la lumière de tes yeux.

30 mars 1950

 

 

 

THE NIGHT YOU SLEPT

 

La nuit aussi te ressemble.

nuit lointaine qui pleure

muette, dans le cœur profond,

et mornes les étoiles passent.

Une joue effleure une joue –

c’est un frisson glacé, quelqu’un

se débat et s’implore, seul

perdu en toi, dans ta fièvre.

 

La nuit souffre et aspire vers l’aube,

pauvre cœur qui tressailles.

O visage fermé, sombre angoisse,

fièvre qui attristes les étoiles,

certains attendent l’aube comme toi

épiant ton visage en silence.

Tu reposes sous la nuit

comme un horizon mort et fermé.

Pauvre cœur qui tressailles,

un jour lointain tu étais l’aube.

4 avril 1950

 

 

 

THE CATS WILL KNOW

 

La pluie tombera encore

sur tes doux pavés,

une pluie légère

comme un souffle ou un pas.

La brise et l’aube légères

fleuriront encore

comme sous ton pas,

quand tu rentreras.

Entre fleurs et balcons

les chats le sauront.

 

Il y aura d’autres jours,

il y aura d’autres voix.

Tu souriras toute seule.

Les chats le sauront.

Et tu entendras

des mots très anciens,

des mots las et vains

comme les vieux habits

des fêtes d’hier.

 

Toi aussi, tu auras des gestes.

Tu diras des mots –

visage de printemps,

toi aussi tu auras des gestes.

 

Les chats le sauront,

visage de printemps ;

et la pluie légère,

l’aube de jacinthe,

qui déchirent le cœur

quand on ne t’espère plus,

sont le triste sourire

que, seule, tu souris.

Il y aura d’autres jours,

d’autres voix, d’autres éveils.

Nous souffrirons dans l’aube,

visage de printemps.

10 avril 1950

 

 

 

LAST BLUES, TO BE READ SOME DAY

 

Ce n’était qu’un jeu

tu le savais bien –

quelqu’un fut blessé

il y a très longtemps.

 

Mais rien n’a changé

le temps est pressé –

un jour tu es venue

un jour tu mourras.

 

Et quelqu’un est mort

il y a très longtemps –

quelqu’un qui voulait

mais ne savait pas.

11 avril 1950

 

Traduit de l’italien par Gilles de Van

In, Cesare Pavese : « Travailler fatigue. La mort viendra

et elle aura tes yeux ».

Editions Gallimard, 1969

Du même auteur :

Paysage (18/04/2016)

La terre et la mort (18/04/2017)

 

 

Verrà la morte e avrà i tuoi occhi

 

TO C FROM C.

 

 

You,

dappled smile

on frozen snows –

wind of March,

ballet of boughs

sprung on the snow,

moaning and glowing

your little “ohs”-

white-limbed doe,

gracious,

would I could know

yet

the gliding grace

of all your days,

the foam-like lace

of all your ways –

to-morrow is frozen

down on the plain

you, dappled smile,

you, glowing laughter

 

 

Tu, 

screziato sorriso 

su nevi gelate – 

vento di Marzo, 

balletto di rami 

 

spuntati sulla neve, 

gemendo e ardendo, 

i tuoi piccoli “oh!” – 

daina dalle membra bianche, 

graziosa, 

potessi io sapere 

ancora 

la grazia volteggiante 

di tutti i tuoi giorni, 

la trina di spuma 

di tutte le tue vie – 

domani è gelato 

giù nella pianura – 

tu, screziato sorriso, 

tu, risata ardente.

11marzo 1950

Traduction d’Italo Calvino

 

 

 

IN THE MORNING YOU ALWAYS COME BACK

 

Lo spiraglio dell’alba

respira con la tua bocca

in fondo alle vie vuote.

Luce grigia i tuoi occhi,

dolci gocce dell’alba

sulle colline scure.

Il tuo passo e il tuo fiato

come il vento dell’alba

sommergono le case.

La città abbrividisce,

odorano le pietre ‒

sei la vita, il risveglio.

 

Stella sperduta

nella luce dell’alba,

cigolio della brezza,

tepore, respiro ‒

è finita la notte.

Sei la luce e il mattino.

 

20 marzo 1950

 

Hai un sangue, un respiro.

Sei fatta di carne

di capelli di sguardi

anche tu. Terra e piante,

cielo di marzo, luce,

vibrano e ti somigliano ‒

il tuo riso e il tuo passo

come acque che sussultano ‒

la tua ruga fra gli occhi

come nubi raccolte ‒

il tuo tenero corpo

una zolla nel sole.

Hai un sangue, un respiro.

Vivi su questa terra.

Ne conosci i sapori

le stagioni i risvegli,

hai giocato nel sole,

hai parlato con noi.

Acqua chiara, virgulto

primaverile, terra,

germogliante silenzio,

tu hai giocato bambina

sotto un cielo diverso,

ne hai negli occhi il silenzio,

una nube, che sgorga

come polla dal fondo.

Ora ridi e sussulti

sopra questo silenzio.

Dolce frutto che vivi

sotto il cielo chiaro,

che respiri e vivi

questa nostra stagione,

nel tuo chiuso silenzio

è la tua forza. Come

erba viva nell'aria

rabbrividisci e ridi,

ma tu, tu sei terra.

Sei radice feroce.

Sei la terra che aspetta.

 

21 marzo 1950

 

 

Verrà la morte e avrà i tuoi occhi-

questa morte che ci accompagna

dal mattino alla sera, insonne,

sorda, come un vecchio rimorso

o un vizio assurdo. I tuoi occhi

saranno una vana parola,

un grido taciuto, un silenzio.

Così li vedi ogni mattina

quando su te sola ti pieghi

nello specchio. O cara speranza,

quel giorno sapremo anche noi

che sei la vita e sei il nulla

 

 

Per tutti la morte ha uno sguardo.

Verrà la morte e avrà i tuoi occhi.

Sarà come smettere un vizio,

come vedere nello specchio

riemergere un viso morto,

come ascoltare un labbro chiuso.

Scenderemo nel gorgo muti.

 

22 marzo 1950

 

 

LA CASA

 

L’uomo solo ascolta la voce calma 

con lo sguardo socchiuso, quasi un respiro 

gli alitasse sul volto, un respiro amico 

che risale, incredibile, dal tempo andato. 
 

L’uomo solo ascolta la voce antica 

che i suoi padri, nei tempi, hanno udito, chiara 

e raccolta, una voce che come il verde 

degli stagni e dei colli incupisce a sera. 
 

L’uomo solo conosce una voce d’ombra, 

carezzante, che sgorga nei toni calmi 

di una polla segreta: la beve intento, 

occhi chiusi, e non pare che l’abbia accanto. 
 

E’ la voce che un giorno ha fermato il padre 

di suo padre, e ciascuno del sangue morto. 

Una voce di donna che suona segreta 

sulla soglia di casa, al cadere del buio.

 

 

 

 

YOU WIND OF MARCH

 

 

Sei la vita e la morte

Sei venuta di marzo 

sulla terra nuda - 

il tuo brivido dura. 

Sangue di primavera 

- anemone o nube - 

il tuo passo leggero 

ha violato la terra. 

Ricomincia il dolore. 

Il tuo passo leggero 

ha riaperto il dolore. 

Era fredda la terra 

sotto povero cielo, 

era immobile e chiusa 

in un torpido sogno, 

come chi più non soffre. 

Anche il gelo era dolce 

dentro il cuore profondo. 

Tra la vita e la morte 

la speranza taceva. 

Ora ha una voce e un sangue 

ogni cosa che vive. 

Ora la terra e il cielo 

sono un brivido forte, 

la speranza li torce, 

li sconvolge il mattino, 

li sommerge il tuo passo, 

il tuo fiato d'aurora. 

Sangue di primavera, 

tutta la tetra trema 

di un antico tremore. 

Hai riaperto il dolore. 

Sei la vita e la morte. 

Sopra la terra nuda 

sei passata leggera 

come rondine o nube, 

e il torrente del cuore 

si è ridestato e irrompe 

e si specchia nel cielo 

e rispecchia le cose - 

e le cose, nel cielo e nel cuore 

soffrono e si contorcono 

nell'attesa di te. 

E', il mattino, è l'aurora, 

sangue di primavera, 

tu hai violato la terra. 

La speranza si torce, 

e ti attende ti chiama. 

Sei la vita e la morte. 

Il tuo passo è leggero.

 

25 marzo 1950

 

PASSERO PER PIAZZA DI SPAGNA

 

 

Sarà un cielo chiaro.

S’apriranno le strade

sul colle di pini e di pietra.

Il tumulto delle strade

non muterà quell’aria ferma.

I fiori spruzzati

di colori alle fontane

occhieggeranno come donne

divertite. Le scale

le terrazze le rondini

canteranno nel sole.

S’aprirà quella strada,

le pietre canteranno,

il cuore batterà sussultando

come l’acqua nelle fontane –

sarà questa la voce

che salirà le tue scale.

Le finestre sapranno

l’odore della pietra e dell’aria

mattutina. S’aprirà una porta.

Il tumulto delle strade

sarà il tumulto del cuore

nella luce smarrita.

 

 

Sarai tu – ferma e chiara.

 

28 marzo 1950

 

Mattini passano chiari

e deserti. Così i tuoi occhi

s’aprivano un tempo. Il mattino

trascorreva lento, era un gorgo

d’immobile luce. Taceva.

Tu viva tacevi; le cose

Vivevano sotto i tuoi occhi

(non pena non febbre non ombra)

come un mare al mattino, chiaro.

 

Dove sei tu, luce, è il mattino.

Tu eri la vita e le cose.

In te desti respiravamo

sotto il cielo che ancora è in noi.

Non pena non febbre allora,

non quest’ombra greve del giorno

affollato e diverso. O luce,

chiarezza lontana, respiro

affannoso, rivolgi gli occhi

immobili e chiari su noi.

È buio il mattino che passa

senza la luce dei tuoi occhi.

 

30 marzo 1950

 

 

THE NIGHT YOU SLEPT

 

Anche la notte ti somiglia,

la notte remota che piange muta,

dentro il cuore profondo,

e le stelle passano stanche.

Una guancia tocca una guancia –

è un brivido freddo, qualcuno

si dibatte e t’implora, solo,

sperduto in te, nella tua febbre.

 

 

La notte soffre e anela l’alba,

povero cuore che sussulti.

O viso chiuso, buia angoscia,

febbre che rattristi le stelle,

c’è chi come te attende l’alba

scrutando il tuo viso in silenzio.

Sei distesa sotto la notte

come un chiuso orizzonte morto.

Povero cuore che sussulti,

un giorno lontano eri l’alba.

 

4 aprile 1950

 

 

THE CATS WILL KNOW

 

Ancora cadrà la pioggia

sui tuoi dolci selciati,

una pioggia leggera

come un alito o un passo.

Ancora la brezza e l’alba

fioriranno leggere

come sotto il tuo passo,

quando tu rientrerai.

Tra fiori e davanzali

i gatti lo sapranno.

 

 

Ci saranno altri giorni,

ci saranno altre voci.

Sorriderai da sola.

I gatti lo sapranno.

Udrai parole antiche,

parole stanche e vane

come i costumi smessi

delle feste di ieri.

 

 

Farai gesti anche tu.

Risponderai parole-

viso di primavera;

farai gesti anche tu.

 

 

I gatti lo sapranno,

viso di primavera;

e la pioggia leggera,

l’alba color giacinto,

che dilaniano il cuore

di chi più non ti spera,

sono il triste sorriso

che sorridi da sola.

Ci saranno altri giorni,

altre voci e risvegli.

Soffriremo nell’alba,

viso di primavera.

 

10 aprile 1950

 

LAST BLUES, TO BE READ SOME DAY

 

 

‘T was only a flirt

you sure did know-

some one was hurt

long time ago.

 

 

All is the same

time has gone by-

some day you came

some day you’ll die.

 

 

Some one has died

long time ago-

some one who tried

but didn’t know.

 

11 aprile 1950

 

Poesie edite e inedite

Einaudi editore, Turino, 1962

Poème précédent en italien :

Michelangelo Buonarotti « Quelle mordante lime… » / « Per qual mordace lima… » (14/01/2018)

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17 avril 2018

Max Jacob (1876 – 1944) : Invitation au voyage

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Invitation au voyage

A Louis Bergerot

 

 

Les trains! Les trains par les tunnels étreints

Ont fait de ces cabarets roses

Où les tziganes vont leur train

Les tziganes aux valses roses

Des îles chastes de boulingrins.

Il passe une automobile

Il passe de fragiles rentières

Comme sacs à loto mobiles.

Vers des parcs aux doux ombrages

Je t'invite ma chère Elise.

Elise ! Je t'invite au voyage

Vers ces palais de Venise.

Pour cueillir des fleurs aux rameaux

Nous déposerons nos vélos

Devant les armures hostiles

Des grillages modern-style

Nous déposerons nos machines

Pour les décorer d'aubépine

Nous regarderons couler l'eau

En buvant des menthes à l'eau.

Peut-être que sexagénaires

Nous suivrons un jour ces rivières

Dans d'écarlates automates

Dont nous serons propriétaires !

Mais en ces avenirs trop lents

Les chevaux des Panhard

Ne seront-ils pas volants?

A vendre : quatre véritables déserts

A proximité du chemin de fer,

S'adresser au propriétaire-notaire

               Monsieur Chocarneau,

               18, boulevard Carnot.

 

Le Laboratoire central

Au Sans-Pareil, 1922

Du même auteur :

Avenue du Maine (22/01/2014)

La Terre (22/03/2015)

La saltimbanque en wagon de troisième classe (17/04/2016)

Vie et marée (17/04/2017)

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16 avril 2018

Peter Huchel (1903 -1981) : Origine / Herkunft

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Origine

 

Le vent des ombres m’a porté

la maison le sait-elle ?

Les poires dans le buffet

répandent une odeur mûre de vieil été.

Là où le fléau sifflait

le blé volait en tas.

Là où au bord du lit, la lampe s’éteignait

les draps étaient étendus.

 

Comme je grimpais dans les sapins

les cheveux enduits de résine

toit et chambres résonnaient encore

de l’année des hirondelles.

Le carillon de la nuit souffle autour de la maison.

Et par la porte froide

sortent en silence les amis

depuis longtemps perdus.

 

Le chaudronnier aussi

longtemps oublié

qui, assis près du feu, martelait

dans la fumée de la cuisine,

devant moi il est accroupi, vieux, voûté,

et gitanesque,

il sortait la nuit de la forêt aux corneilles

cherchant table et foyer.

 

Avant qu’elle apporte le goûter

et coupe la miche

la servante entaillait le pain d’une croix,

y joignait la foi.

Quand le jour point, vert dans le ciel,

court-elle aux champs,

toujours dévouée, la grise servante

sais-je où elle demeure ?

 

Et le valet, perdu dans ses pensées,

à peine le jour levé,

scrutant ce que tissait l’araignée

rapide, elle parcourait la toile

et nouait ses fils

la tempête éclatait

la pluie s’attardait dans les branchages

et elle traînait le pas.

 

Tous vivent encore dans la maison

amis, qui n’est plus ?

je vide encore votre cruche

je mange votre pain.

Et à travers gel et ténèbres

vous m’accompagnez.

lorsque sur les pierres il neige

j’entends alors vos pas.

 

Traduit de l’allemand par Emmanuel Moses

In, Peter Huchel : « La tristesse est inhabitable »

Editions de La Différence (Orphée), 1990

Du même auteur :

Exil (16/04/2015)

Ferme Thomasset (16/04/2016)

« Sous la houe brillante de la lune… » / Unter der blanken Hacke des Monds… » (16/0420/17)

 

 

Herkunft

 

Dass ich kami m Schattenwind,

weiss davon da Haus?

Birnen duften mürb im Spind

alten Sommer aus.

Wo der Flegel sausend drosch,

fliegt das Korn zuhauf.

Wo am Bett das Öl erlosch,

liegt das Laken auf.

 

Als ich mit verharztem Haar

in die Kiefern kroch,

klangen laut vom Schwalbenjahr

Dach und Kammer noch.

Nachtgeläut umweht das Haus.

Und durchs kalte Tor

gehn die Freunde still hinaus,

die ich längst verlor.

 

Und der Kesselflicker auch,

der arm Feuer sass,

hämmernd und im Küchenrauch,

den ich lang vergass,

vor mir hockt er krumm und alt

und zigeunerisch

kam nachts aus dem Krähenwald,

suchte Herd und Tisch.

 

Eh die Magd die Vesper bot

und vom Brotlaib schnit,

ritzte sie das Kreuz ins Brot,

gab den  Glauben mit.

Wenn es grün am Himmel tagt,

ob sie feldwärts eilt,

dienend noch, die graue Magd ?

Weiss ich, wo sie weilt ?

 

Und der Knecht, der grübelnd sann,

war der Tag kaum hell,

forschend, was die Spinne spann,

life im Netz sie schnell,

seilte sie die Fäden fest,

zog ein Sturm herauf,

Regen blieb lang im Geäst,

war sie träg im Lauf.

 

Alle leben noch im Haus :

Freunde, wer ist tot?

Euern Krug trinck ich noch aus,

esse euer Brot.

Und durch Frost und Dunkelheit

geht ihr schützend mit.

Wenn es auf die Steine schneit,

hör ich euern Schritt.

 

Gedichte

Aufbau Verlag, Berlin (RDA), 1948

Poème précédent en allemand :

Friedrich Hölderlin : Chant du destin d’Hypérion / Hyperions Schickalslied (06/02/2018)

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15 avril 2018

Salvatore Quasimodo (1901 -1968) : « Voilà plusieurs nuits déjà… »

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Voilà plusieurs nuits déjà qu’on entend encore

Le doux bruit de la mer, dans son flux et son reflux,

Le long des grèves lisses. C’est l’écho d’une voix

Close dans la mémoire qui remonte le temps ;

Et l’on entend aussi cette plainte assidue

Des mouettes ; peut-être est-ce celle d’oiseaux

Hantant les tours, que vers la plaine pousse avril.

Déjà tu m’étais proche, ô toi, par cette voix ;

Je voudrais qu’à mon tour à présent te parvienne

Egalement de moi l’écho d’un souvenir,

Tout comme cet obscur murmure de la mer.

 

Traduit de l’italien par Sicca Vernier

in, « Poètes d’Italie. Anthologie, des origines à nos jours »

Editions de la Table Ronde, 1999

Du même auteur : Et c’est bientôt le soir / Ed è subito sera (01/11/2014)

 

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14 avril 2018

Itzhac (Isaac) Katzenelson (1886 -1944) / יצחק קאַצ(ע)נעלסאָן : Aux cieux

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Aux cieux

 

A

C’est ainsi que cela commença, dès l’origine… Cieux, dites pourquoi, ô

     dîtes pourquoi ?

Pourquoi il nous échoit d’être ainsi humiliés sur l’immense terre ?

Terre sourde-muette et qui semblait fermer les yeux…. mais vous, cieux,

     pourtant vous avez-vu,

d’en haut vous avez regardé sans pour autant vous renverser !

 

B

Sans nuages vos portails bleus scintillaient, fallacieux comme toujours.

Vêtu de rouge le soleil, bourreau terrible, s’écartelait sur la croix de l’éternité,

et la lune, vieille putain, montait dans les nuits faire sa tournée, obscène

     clignement d’étoiles, étincellement de leurs yeux de souris.

 

C

Décampez ! Je ne veux pas vous regarder, ni vous voir, rien savoir de vous

     désormais,

ô cieux mensongers, ô cieux trompeurs si bas dans l’altitude, ah quelle colère

     me prend !

J’ai cru en vous jadis, je vous ai confié tristesse et joie, sourires et larmes,

vous ne valez pas mieux, disgracieux, que la laideur de cette terre dans

     l’ordure.

 

D

Ô cieux, j’ai cru en vous, je vous ai célébrés en chacun de mes chants.

Je vous aimais comme on aime une femme, en s’en allant elle a fondu

     comme l’écume,

Et le soleil en vous, dès ma prime jeunesse, le soleil dans le brasier de

     son couchant,

je le comparais à mon espérance : « Ainsi disparaît mon espoir, ainsi

     s’éteint mon rêve ! »

 

E

Allez-vous en ! Allez-vous en ! Vous nous avez trompés, trompés mon

     peuple et mon antique souche !

Vous nous avez trompés depuis toujours, vous avez trompé mes aïeux,

     vous avez trompé mes prophètes !

C’est vers vous qu’ils levaient les yeux, ils les allumaient à vos flammes,

Eux sur terre vos plus loyaux, eux qui rêvaient, eux qui voulaient que vous

     fussiez ici sur terre.

 

F

Pourquoi ne savez-vous plus, ne pouvez-vous plus nous reconnaître ? –

     aurions-nous tellement changé, nous serions-nous à tel point transformés ?

Nous sommes pourtant les mêmes, des juifs pareils à ceux d’antan – et bien

     meilleurs encore… ce n’est pas moi qui prétends m’égaler aux prophètes,

     et ce n’est pas moi qui le puis,

mais tous les juifs, ceux qui furent conduits à la mort, par millions les miens

     ensemble massacrés.

 

Traduit du yiddish par Charles Dobzynski

in, "Anthologie de la poésie yiddish, Le miroir d’un peuple"

Éditions Gallimard, 2000.

Du même auteur : « Déshabillez-vous… » (14/04/2017)

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