Le bar à poèmes

19 février 2019

Antonio Ramos Rosa (1924 – 2013) : La maison / A casa

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La maison

 

Un souffle apaisé dans la pénombre de bois.

La maison s’est endormie, elle vit dans une tranquille pulsation.

J’entends le martèlement léger des touches de l’ombre.

Un plat en cuivre brille vertical dans l’obscurité.

La table est ronde, claire, cercle de l’harmonie.

Sur un mur glissent de scintillantes arabesques.

Le temps secrète des syllabes d’argile et d’écume.

 

Traduit du portugais par Michel Chandeigne

in « Les poètes de la Méditerranée. Anthologie »

Editions Gallimard (Poésie), 2010

Du même auteur :

La femme dilacérée / A mulher dilacerada (02/09/2014)

 Une voix / Uma voz (02/09/2015)

Quand la lumière s’efface… / Quando a luz se apaga (02/09/2016)

Un homme obscur dans une ville lumineuse /Um homem obscuro numa cidade luminosa (02/09/2017)

 

 

A casa

 

Um sossegado alento na penumbra de madeira.

A casa adormeceu e está viva numa tranquila pulsação.

Oiço um leve martelar de teclas de sombra.

Um prato de cobre brilha vericalmente na obscuridade.

A mesa é redonda e limpa como um circulo de harmonia.

Numa parede flutuam arabescos cintilantes.

O tempo segrega silabas de argila e espuma.

Poème précédent en portugais :

Fernando Pessoa : « Parfois, en certains jours de lumière ... » / « Às vezes, em dias de luz... » (20/06/2018) 

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18 février 2019

Théodore Agrippa d’Aubigné (1552 – 1630) : « Les rois, qui sont du peuple... »

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Les rois, qui sont du peuple et les rois et les pères

Du troupeau domestique sont les loups sanguinaires ;

Ils sont l’ire allumée et les verges de Dieu,

La crainte des vivants ; ils succèdent au lieu

Des héritiers des morts ; ravisseurs de pucelles,

Adultères, souillant les couches des plus belles

Des maris assommés, ou bannis pour leur bien,

Ils courent sans repos, et quand ils n’ont plus rien

Pour souler l’avarice, ils cherchent autre sorte

Qui contente l’esprit d’une ordure plus forte.

Les vieillards enrichis tremblent le long du jour ;

Les femmes, les maris, privés de leur amour

Par l’épais de la nuit se mettent à la fuite ;

Les meurtriers soudoyés s’échauffent à la suite.

L’homme est en proie à l’homme : un loup à son pareil.

Le père étrangle au lit le fils, et le cercueil

Préparé par le fils sollicite le père.

Le frère avant le temps hérite de son frère,

On trouve des moyens, des crimes tout nouveaux,

Des poisons inconnus, ou les sanglants couteaux

Travaillent au midi, et le furieux vice

Et le meurtre public ont le nom de justice.

Les belistes armés ont le gouvernement,

Le sac de nos cités, comme anciennement

Une croix bourguignonne épouvantait nos pères,

Le blanc les fait trembler, et les tremblantes mères

Pressent à l’estomac leurs enfants éperdus,

Quand les grondants tambours sont battants entendus.

Les places de repos sont places étrangères,

Les villes du milieu sont les villes frontières ;

Le village se garde, et nos propres maisons

Nous sont le plus souvent garnisons et prisons.

L’honorable bourgeois, l’exemple de sa ville,

Souffre devant ses yeux violer femme et fille,

Et tomber sans merci dans l’insolente main

Qui s’étendait naguère à mendier son pain.

Le sage justicier est traîné au supplice,

Le malfaiteur lui fait son procès ; l’injustice

Est principe de droit ; comme au monde à l’envers,

Le vieil père est fouetté de son enfant pervers

......................

 

Les Tragiques, 1615 -1623

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17 février 2019

Samih al-Qâssim (1939 – 2014) /سميح القاسم : Au vingtième siècle

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Au vingtième siècle

 

J’ai appris à ne pas haïr

des siècles durant

mais on m’a obligé

à brandir une flèche permanente

à la face du python

à brandir une épée de feu

à la face du Baal dément

à devenir l’Elie du vingtième siècle

j’ai appris

des siècles durant

à ne pas proférer d’hérésies

aujourd’hui je cingle les dieux

qui étaient dans mon cœur

les dieux qui ont vendu mon peuple

au vingtième siècle

j’ai appris

des siècles durant

à ne pas fermer ma porte devant les hôtes

mais un jour

j’ai ouvert les yeux

et j’ai vu mes récoltes pillées

la compagne de ma vie pendue

et sur le dos de mon enfant

des sillons de plaies

j’ai alors reconnu la traîtrise de mes hôtes

j’ai semé mon seuil de mines et de couteaux

et j’ai juré au nom des cicatrices

qu’aucun hôte ne franchira mon seuil

au vingtième siècle

des siècles durant

je n’étais qu’un poète

un habitué des cercles mystiques

mais je suis revenu

un volcan en rébellion

au vingtième siècle !

 

Traduit de l’arabe par Abdellatif Laabi

In, « Poésie palestinienne de combat. Anthologie proposée par

Abdellatif Laabi »,

Pierre Jean Oswald, éditeur, 1970

Du même auteur :

Lettre de prison (09/09/2015)

Notre chemise râpée (17/02/2018)

 

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16 février 2019

Hatim al-Tai (? - 528) /حاتم بن عبد الله بن سعد الطائي : Tel je suis

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Tel je suis

 

Ô Mawia, les biens de ce monde accordés passent

ainsi que des voyageurs attardés,

arrivent le matin et nous quittent le soir ;

ne restent que leur souvenir dans les veillées.

 

Ô Mawia, le mendiant qui vient implorer notre secours,

jamais nous ne lui répondons :

Va ton chemin, nous sommes vraiment trop pauvres

pour te donner parcelle de notre bien.

 

Ô Mawia, quand après ma mort la chouette

ira voleter tout autour de mon tombeau,

assoiffé sous la terre, aurai-je auprès de moi

les trésors que la vie m’aura laissé amasser ?

 

Je disposerai donc de toutes mes richesses

en faveur de ceux qui en auront besoin ;

ma faim étant apaisée, elles deviendraient

une masse inutile auprès de moi laissée...

 

De longs jours nous avons supporté la misère

et gémi sous le poids de l’humiliation :

le siècle dur nous a fait boire en ces deux coupes.

A présent notre cœur nous pousse à partager.

 

Traduit de l’arabe par René R. Khawam

in, « La poésie arabe des origines à nos jours »

Editions Phébus, 1995

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15 février 2019

Jan Erik Vold (1939 -) : Le poème des flocons de neige

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Le poème des flocons de neige

 

Rien

ne vient

de rien, comme quand un ruisseau

devient

 

une rivière

qui

se jette

dans l’océan, d’où

 

l’eau

monte

en vapeur, tombe

en flocons

 

de neige et redevient

ruisseau

rivière

océan, tu sais – de

 

rien

en

rien, comme si rien

ne s’était passé.

 

Traduit du norvégien par Jacques Outin

in, «La Norvège est plus petite qu’on ne le pense » 

Le Castor Astral éditeur, 1991

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14 février 2019

Yorgos Markopoulos / Γιώργος Μαρκόπουλος (1951 -) : « Mer en hiver... »

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Mer en hiver délaissée des humains.

 

Asseyons-nous là un instant, bien sages.

Comme dans l’enfance à la fête de l’école.

Comme les invités dans la cour aux fiançailles

de grand-mère, un dimanche de juin 1930.

Comme les deux étrangers à la gare de Corinthe

avant de s’aimer derrière des caisses de bière vides

et le phono abandonné, sans se rendre compte,

une demi-heure avant leurs trains, et disparaître à jamais.

 

Mer en hiver délaissée des humains.

 

Nous qui avons tant souhaité la sérénité,

nous voilà traînant dans les avenues sans lit

les yeux rougis par l’insomnie.

 

Traduit du grec par Michel Volkovitch

in « Anthologie de la poésie grecque contemporaine, 1945 – 2000 »

Editions Gallimard (poésie), 2000

Du même auteur :

 Tu entres au Pirée (06/07/2014)

L’Etranger (06/07/2015)

 

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13 février 2019

Bernart de Ventadorn (1125 – 1200) : « Quand l'herbe fraîche... / « Can l'erba fresch'... »

    

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Quand l'herbe fraîche et la feuille naissent 

     Et la fleur bourgeonne au verger

     Et le rossignol haut et clair 

     Lève sa voix et moud son chant 

Joie ai de lui et joie ai de la fleur 

Et joie de moi, de ma dame plus encore ;

De toutes parts suis de joie clé et sens.

Hélas d’elle est joie d’où toutes autres joies viennent.

    

     Hélas comme meurs de tourment ! 

     Que maintes fois en souffre tant. 

     Larrons me pourraient m'emporter,

     Que ne saurais pas ce qu'ils font.

Par Dieu ! amour ! bien me trouves désarmé 

Avec peu d'amis, sans autre seigneur, 

Pourquoi une fois ma dame ne pas me contraindre

 Avant que ne sois le désir éteint? 

 

     M’émerveille comment peux durer

     Quand ne lui découvre mon désir. 

     Quand vois ma dame qui m’est chère, 

     Ses yeux si beaux dans son visage,

 De peux me retiens que vers ell’ ne cours

Et le ferai, si ce n’était par peur, 

Car onc ne vis corps mieux fait ni si gent 

Qui pour enflammer d’amour fut si lent. 

 

     Tant aime ma dame et la tient chère, 

     Tant la redoute et la révère 

     Qu’onc de moi ne lui ose parler,

     Ni rien quérir ni demander. 

Pourtant ell’ sait mon mal et ma douleur 

Et,  quand lui plaît, me faire bien et honneur, 

Et quand lui plaît, je souffre sans un mot,

Car ne veux point qu’on puisse la blâmer... 


     Bien la voudrais seule trouver,

     Qui dorme, ou qui fasse semblant, 

     Pour lui ravir un doux baiser, 

     Puisque n’ose le lui demander. 

Par Dieu, dame, peu de cas fîmes d’amour ;

Passe le temps et perdons le meilleur ;

Parler devrions avec mots couverts 

Et puis non sans ruser, tromper nos gens

 

Messager, va, et ne m’en prise pas moins

Si aller vers ma dame je n’ose point. 

 

Adaptée de l’occitan par France Igly

In, « Troubadours et trouvères »

Pierre Seghers, 1960

 

Can l'erba fresch' e.lh folha par 

     E la flors boton' el verjan , 

     El rossinhols autet e clar 

     Leva sa votz e mou so chan, 

Joi ai de lui, e joi ai de la flor 

E joi de me e de midons major! 

Daus totas partz sui de joi claus e sens, 

Mas sel es jois que totz autres jois vens. 

 

     Ai las com mor de cossirar 

     Que manhtas vetz en cossir tan : 

     Lairo m'en poirian portar, 

     Que re no sabria que.s fan . 

Per Deu, Amors be.m trobas vensedor: 

Ab paucs d'amics e ses autre senhor. 

Car una vetz tan midons no destrens 

Abans qu'eu fos del dezirer estens 

 

     Meravilh me com posc durar 

     Que no.lh demostre mo talan. 

     Can eu vei midons ni l'esgar, 

     Li seu bel olh tan be l'estan: 

Per pauc me tenh car eu vas leis no cor. 

Si feira eu, si no fos per paor, 

C'anc no vi cors melhs talhatz ni depens 

Ad ops d'amar sia tan greus ni lens . 

 

     Tan am midons e la tenh car, 

     E tan la dopt' e la reblan 

     C'anc de me no.lh auzei parlar, 

     Ni re no.lh quer ni re no.lh man. 

Pero elh sap mo mal e ma dolor, 

E can li plai, mi fai ben et onor, 

E can li plai, eu m'en sofert ab mens, 

Per so c'a leis no.n avenha blastens. 

 

     S'eu saubes la gen enchantar, 

     Mei enemic foran efan, 

     Que ja us no saubra triar 

     Ni dir re que.ns tornes a dan. 

Adoncs sai eu que vira la gensor 

E sos bels olhs e sa frescha color, 

E baizera.lh la bocha en totz sens, 

Si que d'un mes i paregra lo sens. 

 

     Be la volgra sola trobar, 

     Que dormis, o.n fezes semblan, 

     Per qu'e.lh embles un doutz baizar, 

     Pus no valh tan qu'eu lo.lh deman. 

Per Deu, domna, pauc esplecham d'amor! 

Vai s'en lo tems, e perdem lo melhor 

Parlar degram ab cubertz entresens, 

E, pus no.ns val arditz,valgues nos gens 

 

     Be deuri'om domna blasmar, 

     Can trop vai son amic tarzan, 

     Que lonja paraula d'amar 

     Es grans enois e par d'enjan, 

C'amar pot om e far semblan alhor, 

E gen mentir lai on non a autor. 

Bona domna, ab sol c'amar mi dens, 

Ja per mentir eu no serai atens . 

 

Messatger, vai, e no m'en prezes mens, 

S'eu del anar vas midons sui temens.

 

Poème précédent en occitan :

Beatriz, Comtessa de Dia : « Grande peine m’est advenue… » / « Estat ai en greu cossirier » (18/08/2014)

 

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              

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12 février 2019

Nathan Zach (1930 -) / נתן זך : « Parfois très tard dans la nuit... »

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Parfois très tard dans la nuit

je me mets à jouer. Que faut-il de plus à l’homme. Il

a besoin de si peu  pour survivre

 

ici-bas, sans parler de mondes meilleurs,

qui l’attendent peut-être dans un avenir caché. Sûrement,

si peu. Mes mains exercées

 

glissent sur les touches et je joue. Oh, si

je savais jouer. Mais on peut ainsi. Je n’ai pas la jalousie de Saül.

Il faut si peu à l’homme pour retrouver la paix

 

nocturne cette nuit. Tu sembles presque sauvé, pour

vivre ici de même, dans ce printemps, dans cette sacrée bande du

      commencement :  Dieu

l’arbre, la pomme, Eve, le serpent.

 

Traduit de l’hébreu par Michel Eckhard et Benyamin Ziffer

Revue « Poésie1, N° 116, Mars-Avril 1984 »

Le Cherche-Midi éditeur, 1984

Du même auteur : La lamentation sur Daniel dans la terre (12/02/2018)

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11 février 2019

Georges Schehadé (1905 – 1989) : « Ils ne savent pas...

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Charles Lucet

 

Ils ne savent pas qu’ils ne vont plus revoir

Les vergers d’exil et les plages familières

Les étoiles qui voyagent avec des jambes de sel

Quand la nuit est triste de plusieurs beautés

 

Ils oublient qu’ils ne vont plus entendre

Le vent de la grille et le chien des images

L’eau qui dort sur la couleur des pierres

La nuit avec des violons de pluies

 

Tant de magie pour rien!

Si ce n’était ce souvenir d’un autre monde

Avec des oiseaux de chair dans la prairie

Avec des montagnes comme des granges

O mon enfance ô ma folie

 

Les Poésies

Editions Gallimard (Poésie), 2001

Du même auteur :

 « Vous qui partez pour un pays lointain… » (19/02/2016)

« Si je dois rencontrer les Aïeux… » (19/02/2017)

Sur une montagne (11/02/2018)

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10 février 2019

Octavio Paz (1914 – 1998) : « Même si la neige tombe...

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Même si la neige tombe en grappes mûres

Personne ne secoue de branches là-haut

L’arbre de la lumière ne donne pas de fruits de neige

Il n’y a pas de semailles de neige

Il n’y a pas d’oranges de neige il n’y a pas d’œillets

Il n’y a ni comètes ni soleils de neige

Si même elle vole il n’y a pas d’oiseaux de neige

 

Dans la paume du soleil elle brille un instant et tombe

A peine a-t-elle un corps à peine un poids un nom

Et déjà elle couvre tout de son corps de neige

De son poids de lumière et de son nom sans ombre

 

     Sur sa tige de chaleur se balance

     La saison indécise

                                        Là-bas

     Un grand désir de voyage agite

     Les entrailles glacées du lac

     Des reflets chassent là-haut

     La rive offre des gants de mousse à ta blancheur

     La lumière boit la lumière dans ta bouche

     Mon corps s’ouvre comme un regard

     Comme une fleur au soleil d’un regard

     Tu t’ouvres

                              Beauté sans appui

     Un clignement

     Tout se précipite dans un œil sans fond

                                        Un clignement

     Tout reparait dans le même œil

                                        Le monde brille

     Tu resplendis à la limite de l’eau et de la lumière

     Tu es le beau masque du jour.

 

 

Traduit de l’espagnol par Jean-Clémence Lambert

in, Octavio Paz : « Liberté sur parole »

Editions Gallimard (Poésie), 1966

Du même auteur :

L’avant du commencement /Antes del Comienzo (17/01/2015)

Pierres de soleil / Piedra de sol (17/02/2016)

Hymne parmi les ruines / Himno entre ruinas (10/02/2017)

Source (10/02/2018)

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