Le bar à poèmes

27 septembre 2021

Richard Brautigan (1935 – 1984) : Poème d’amour / Love poem

Richard_Brautigan[1]

 

Poème d’amour

 

          C’est si bon

de se réveiller le matin

          tout seul

et de ne pas avoir à dire à quelqu’un

          que tu l’aimes

alors que tu ne l’aimes

          plus

 

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par

Niclos Richard, Frédéric Lasaygues

in, Richard Brautigan : « Il pleut en amour » 

Le Castor astral éditeur, 1997

 

Du même auteur :

30 cents, deux tickets, amour / 30 cents, two transfers, love (17/09/2014)

On ne me l’a jamais fait aussi gentiment / I’ve never had it done so gently before (27/09/2018)

Trou d’étoile / Star hole (27/09/2019)

Tous surveillés par de machines d’amour et de grâce /All Watched Over by Machines of Loving Grace (27/09/2020)

 

Love Poem

 

          It’s so nice

to wake up in the morning

          all alone

and not have to tell somebody

          you love them

when you don’t love them

          any more.

Poème précédent en anglais :

William Shakespeare : « Quand je compte les coups du balancier... » / « When I do count the clock... » (09/09/2021)

 

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26 septembre 2021

Marina Tsvétaïeva / Марина Ивановна Цветаева (1892 - 1941) : « Après une nuit sans sommeil... » / « После бессонной ночи... »

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Après une nuit sans sommeil, le corps faiblit

devient doux et autre – il n’est à personne.

Dans les veines ralenties des traits font encore mal

et on sourit aux gens comme un ange.

 

Après une nuit sans sommeil, les mains faiblissent,

l’indifférence est profonde : ami ? ennemi ?

Chaque son fortuit recèle un plein arc-en-ciel,

l’odeur de Florence flotte soudain sur le gel.

 

Les lèvres s’éclaircissent tendrement, l’ombre est plus dorée

autour des yeux creusés. C’est la nuit qui a allumé

ce visage si éclatant – et de la nuit sombre

en nous, les yeux seuls – restent sombres.

 

 

19 juillet 1916

 

Traduit du russe par Christian Riguet

In, Revue « Alidades, N° 1,décembre 1982 »

De la même autrice :

« Il me plaît que vous ne soyez pas fou de moi… » / Мне нравится, что вы больны не мной (11/01/2015)

Tentative de jalousie / Попытка ревности (26/07/2016)

« Une fleur est accrochée à ma poitrine… » / « Кто приколол - не помню... » (26/07/2017)

« De pierre sont les uns... / « Кто создан из камня... » (26/07/2018)

« Ah ! les vains regrets de ma terre ... » (26/092020)

 

 

После бессонной ночи слабеет тело,

Милым становится и не своим, — ничьим.

В медленных жилах еще занывают стрелы —

И улыбаешься людям — как серафим.

 


После бессонной ночи слабеют руки,

И глубоко̀ равнодушен и враг и друг.

Целая радуга — в каждом случайном звуке,

И на морозе Флоренцией пахнет вдруг.

 

Нежно светлеют губы, и тень золоче

Возле запавших глаз. Это ночь зажгла

Этот светлейший лик, — и от темной ночи

Только одно темнеет у нас — глаза.


19 июля 1916

 

Poème précédent en russe :

Iliazd / Ильязд : « A l’automne... » / « Осенью... » (04/09/2021)

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25 septembre 2021

Vlada Urosevic / Влада Урошевиќ (1934 -) : Frissons

Vlada-Urosevic[1]

 

Frissons

 

Elle se rêve au milieu d’une salle vide,

Fenêtres obscurcies par des étoffes noires.

Des tubes au néon s’allument tout autour

Leur lumière est blanchâtre et trouble.

 

Elle s’aperçoit qu’elle n’a pas de vêtement.

Des papillons de nuit l’effleurent de leurs antennes.

Soudain l’étreinte de deux mains de pierre l’emprisonne

Des doigts de marbre commencent à la caresser.

 

Un cri, alors, de ses lèvres jaillit.

A cet instant, très loin, regard fixe, muettes,

Frissonnent de passions, sans que nul ne les voie,

Les statues d’hommes dans les musées obscurs.

 

Traduit du macédonien par Jeanne Angélowski et Jacques Gaucheron

Revue « Europe », Mars 1993

Du même auteur :

Dei otiosi (12/09/2014)

« Enferme cet été... » (25/09/2019)

Vergers sidéraux (25/09/2020)

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24 septembre 2021

Carlos Edmundo de Ory (1923 – 2010) : Machine de douleur / Máquina de dolor

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Machine de douleur

 

Mon être est une machine de douleur

qui fonctionne depuis un long temps

j’ai un moteur moderne dans mes entrailles

que personne ne peut entendre ni voir

 

Je fais un bruit énorme en me réveillant

et tout le jour je rejette une horrible fumée

comme un train sans freins sur une voie

cachée dans un long tunnel sous la mer

 

Je purge ma peine d’être humain

et mon destin est une locomotive

qui n’épuise pas sa charge de charbon

 

La nuit venue je suis une baleine

dans un rêve grandiose et sous-marin

où mon cœur nage en toute félicité

 

Paris, 20 janvier 1962

 

Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet

In, " Poésie espagnole, anthologie 1945 – 1990 "

Actes Sud / Edition Unesco,1995

 

Máquina de dolor

 

 

Máquina de dolor es ya mi ser

y mucho tiempo hace que funciona

tengo un motor moderno en mi persona

que nadie puede oír ni puede ver

 

Hago un ruido enorme al despertar

y echo un humo espantoso todo el día

igual que un tren sin freno en una vía

oculta en largo túnel bajo el mar

 

Humanamente cumplo una condena

y una locomotora es mi destino

que no agota su carga de carbón

 

Sólo de noche soy una ballena

en un grandioso sueño submarino

donde nada feliz mi corazón

 

Los sonetos

Editorial Taurus, Madrid, 1963

 

Poème précédent en espagnol :

Miguel de Unamuno : Pour après ma mort / Para después de mi muerte (23/07/2021)

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23 septembre 2021

Fadwa Touqâne (1917 – 2003) /فدوى طوقان : Avec les prairies

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Avec les prairies

 

Voici votre fille, ô prairies. Avez-vous

     reconnu le bruit de ses pas ?

Elle est revenue vers vous avec le printemps

     à la saveur douce, vers vous,

     la maison de sa jeunesse.

Elle est revenue vers vous !

     Pas de compagnon pour elle

     sur les chemins, sinon celui

     dont elle porte l’image,

hier comme demain abreuvée de désirs,

     sa passion ayant mûri.

 

Ô prairies déployées au pied des monts,

     elle est leur fille comme vous.

Les eaux du Djarzoûm ont abreuvé son cœur,

     ont étanché sa soif

     avec le vin des images conçues.

Elle a construit sur le vert de la plaine

     près des sources

     à l’ombre des bosquets,

les étages d’un âme qui s’est ouverte

     à tout ce que Nature offre

     de libre et de beau.

 

Une âme délicate que la subtilité salubre

     de l’air a affinée,

de concert avec les séductions

     des riches coteaux et du feuillage

     au creux du val.

Une âme aux sens aiguisés, aux perceptions vives,

     aux sentiments brûlés,

passionnée de la beauté, et qui boit d’un trait

     le vin des sensations

issu de la vaste source du monde

     - tout en restant assoiffée.

 

Me voici, ô prairies. Je suis venue :

     ouvrez-moi un cœur accueillant

     embrassez-moi !

Je suis venue appuyer ici ma tête

     contre la poitrine compatissante,

prête à me désaltérer sans fin

     de cette eau pure du silence

     bue à la source de paix.

Là, dans votre giron, je me reposerai,

     et soustraite aux regards,

     je me noie dans l’onde

     de votre immense tendresse !

 

Là, oui, là, dans l’air ensorcelé

     que vous respirez, cet air

     favorable aux poètes,

combien de fois ai-je demandé

     à la limpidité

     de m’accorder la vision

     de fantômes purifiés !

Alors, dans l’engourdissement

     de l’inspiration,

m’enlaçaient des ailes secrètes qui élevaient mon âme

     au-dessus de l’univers des hommes,

     au-dessus de toute humanité.

 

Combien de fois, emportée dans mon élan,

     ai-je guetté l’apparition première

     de la fine lame de lune,

astre solitaire, sur lequel les nuages tiraient

     leurs rideaux transparents !

Ses rêves argentés s’épandaient sur l’horizon ténu

     en nappes blanches, pures,

     à l’unisson de mes rêves,

     fantômes volatils !

 

Combien de fois mon cœur, ô prairies,

     a pris soin de l’Etoile

     tremblotante du Berger,

annonciatrice au ciel de ses compagnes et dirigeant

     ses pas vers l’horizon lointain !

Comme vous avec moi elle se penchait pour saisir

     le silence profond.

Et nous nous fondions ensemble, en le pénétrant,

     dans un flux de vie sereine,

     nous unifiant en lui.

 

Ô que je souhaiterais m’anéantir là,

     dans la plaine,

     cette plaine qui vient toucher

     le pied de la montagne...

 

 

là, dans l’herbe verte, entre ces blancs rochers,

     sur la plage lointaine...

dans l’Etoile du matin qui scintille là-bas,

     dans la lune solitaire...

Ô que je souhaiterais m’anéantir,

     selon mon désir,

     en tout ce qui existe !

 

Traduit de l’arabe par René R. Khawam

in, « La poésie arabe des origines à nos jours »

Editions Phébus, 1995

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22 septembre 2021

Serge Sautreau (1943 - 2010) : Révélation

moton497[1]© Marie-José Lamothe

 

Révélation

 

A l’éblouie.

Douceur sans bornes à l’éblouie.

 

Infinie, infinie félicité de l’infime, du presque rien, à l’éblouie.

 

Hauteur.

Gouffre d’en haut.

Sans plafond, sans parois.

Velours plein ciel.

 

Harmonie, tout d’un coup.

Communauté souriante, tout d’un coup.

Le sel de la terre accède.

Le sel de la terre voit le miel.

Le sel de la terre

                            enfin

                                      goûte

                                                le miel.

Enfin touche le ciel.

Enfin se sait ciel.

 

Plus personne, en félicité,

personne.

 

Rien que le coeur

le vaste cœur

qui voit plus ample,

qui bat plus souple,

qui brûle-pleure,

qui part en joie, joie, joie.

 

Rien que le cœur,

rien qu’une aile qui va.

 

Et il s’en va, Tchaboudouradj, il s’évapore

dans l’infime infini, dans l’inentrevu.

Son verbe, son épée à concepts – plus besoin, plus besoin dans la hauteur,

dans la hauteur hors plafond,

la hauteur sans parois où erre librement,

non cloué à la sensation,

aux pseudo-socles,

aux lubies de la faim,

le sel de la terre qui vient goûter au ciel.

 

Qu’a-t-il à faire, Tchaboudouradj, dans cet envers,

dans ces coursives,

dans ce repli de soi où l’univers accomplit des féeries

qu’un dieu comme lui évite de regarder en face,  histoire

de ne pas aller se distraire,

de ne pas aller s’abstraire de l’histoire ?

 

La liberté, l’harmonie dénouant les extases, lui, Tchaboudour, n’en vient-il pas,

n’en revient-il pas depuis sans cesse,

depuis toujours ?

 

Il s’en va, Tchabou,

il disparaît au revers de la transe,

sur l’autre versant,

dans le tunnel-histoire,

là où il faut chercher, chercher sans fin la fin,

la fin des temps plombés,

des temps qui ploient, qui chutent, qui creusent.

 

Au-delà, du côté du soleil, du côté d’avant le soleil,

où la lumière crée le soleil :

Plein velours de l’instant.

Infinie, infinie félicité de l’infime.

Eclaircie hors mirage.

A jamais désormais, à jamais.

 

Jusqu’au sommet central de l’intérieur de tout. *

 

Fluide ébène, cette cascade,

et le courant

et l’onde de choc :

tout est dedans, même le dedans, même le non-lieu –

dedans, même l’histoire qui tombe au dehors

comme la neige.**

 

Hauteur, hauteur sans socle.

Flèches de feu. Météores. Etoiles filantes.

Comètes en ubiquité.

Spirales simultanées du cri et du lasso.

Criquets, grillons au bord des braises, grésillements.

Quelle beauté, chuchote-t-il,

que ces fusées dans les coulisses du son !

Quelle beauté, ces torpilles !

 

Et sel, sel à crier soleil, sel à se taire au pied de l’arbre.

Sel pour eden à ciel ouvert.

 

*Roger Gilbert-Lecomte.

**André Breton.

 

Le sel de l’Eden

Editions La Passe du vent, 69200 Vénissieux 2002

Du même auteur : A l'intérieur on songe (14/02/2020)

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21 septembre 2021

Joseph-Paul Schneider (1940- 1998) : Tu dis

joseph-paul-schneider[1]

 

Tu dis

 

Tu dis sable

et déjà

la mer est à tes pieds

 

Tu dis forêt

et déjà

les arbres te tendent les bras

 

Tu dis colline

et déjà

le sentier court avec toi vers le sommet

 

Tu dis nuages

et déjà

un cumulus t’offre la promesse du voyage

 

Tu dis poème

et déjà

les mots volent et dansent

          comme étincelles dans ta cheminée

 

in, Jean Orizet : « Les plus beaux poèmes pour les enfants »

Le cherche midi éditeur,1997

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20 septembre 2021

Ibrahim Jabra Jabra (1919 – 1994) / جَبرا إبراهيم جَبرا : Murailles

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Murailles

 

Au-dessous des murailles

D’autres murailles

Et puis, plus bas, d’autres murailles encore.

 

Ur et Jéricho, Ninive et Nemrod

Sur les ruines où s’évanouirent

Les derniers soupirs des amants

Et les grincements des dents

Des esclaves dénudés

Des collines que hantent fourmis et grillons

Verdissent au printemps

 

Le berger vient s’y réfugier à l’ombre,

Livrant son corps moitié nu

A la fraîche rosée du matin :

Il foule une tête

Devant laquelle des millions de genoux ont fléchi

Et que parfumèrent les mains des belles.

 

Malheur, O malheur,

Cache les lamentations de ton cœur en chantant

Ton fils est descendu dans la vallée

Parcourir les ruines

Où de belles, drapées de poussière

Marchent sur des murailles

Qui cachent d’autres murailles

 

O nuit, O malheur, les chanteurs ont disparu

Derrière les collines qui hantent fourmis et grillons

Et les Rois de marbre attendent sans espoir,

Et le crottin des mules couvre

L’histoire des géants,

Et le souvenir des conquérants, et l’effusion du sang.

 

Ur et Nemrod, et les prostituées sacrées,

Dans les temples de Babel et de Byblos

Offrent leurs corps aux étrangers

Pour que fleurissent les collines

(sur les enceintes des villes)

Pour que les épis d’or et les coquelicots tremblent

Sous la dent du corbeau et du milan

Les lèvres des vierges et des adolescentes ont soif.

(Cache ta faim, cache là)

La nuit sera longue sur les murailles,

Au-dessous d’elles d’autres murailles,

Et plus bas, d’autres murailles encore.

 

Traduit de l’arabe par Simon Jargy

In, Revue « Vagabondages, N°13, Juin 1981 »

Association Paris-Poète,1981

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19 septembre 2021

Guillaume, duc d’Aquitaine, comte de Poitiers (1071 – 1127) : « Puisque j’ai le désir de chanter... » / Pos de chantar m’es p

02guillaume9daquitaine[1]

 

Puisque j’ai le désir de chanter    

je chanterai ce qui m’attriste

je ne servirai plus l’amour

en Poitou ou en Limousin

 

Je vais m’en aller en exil

en grande peur en grand péril

en guerre je laisse mon fils

lui feront du mal ses voisins

 

La séparation m’est dure

de la seigneurie de Poitiers

je laisse à la garde de Folcon d’Anjou

toute la terre de son cousin

 

Si Folcon d’Anjou ne le secourt

et le roi de qui je tiens mon honneur

ils lui feront tous du mal

félons gascons et angevins

 

S’il n’est ni sage ni courageux

quand je vous aurai quitté

ils l’auront vite mis à bas

en le voyant jeune et petit

 

Je prie pitié à mes compagnons

si j’ai eu tort qu’ils me pardonnent

et je prie Jésus sur son trône

et en roman et en latin

 

De prouesse et de joie je fus

mais je quitte l’un et l’autre

et je m’en irai vers celui

où tous les pécheurs trouvent aide

 

J’ai été allègre et gai

mais le Seigneur ne le veut plus

je ne peux plus supporter le poids

tant je suis proche de la fin

 

J’ai laissé tout ce que j’aimais

la chevalerie et l’orgueil

et si Dieu veut j’accepte tout

et le prie qu’il me garde avec lui

 

Je prie tout mes amis qu’à ma mort

ils viennent tous m’honorent fort

car j’ai eu joie et plaisir

loin et près et dans ma maison

 

Ainsi je laisse joie et plaisir

vair petit gris et zibeline

 

Adapté de l’occitan par jacques Roubaud

in, « Les Troubadours. Anthologie bilingue »

Seghers éditeur, 1980

Du même auteur : Chanson / Canso (19/09/2020)

 

Pos de chantar m’es pres talenz,

Farai un vers, don sui dolenz :

Mais non serai obedienz

En Peitau ni en Lemozi.

 

Qu’era m’en irai en eisil :

En gran paor, en gran péril,

En guerra laissarai mon fil,

E faran li mal siei vezin.



Lo départirs m’es aitan grieus

Del seignoratge de Peitieus !

En garda lais Folcon d’Angieus

Tota la terra e son cozi,



Si Folcos d’Angieus no.l socor,

E · l reis de cui ieu tenc m’onor,

Faran li mal tut li plusor,

Felon Gascon et Angevi.



Si ben nos es savis ni pros,

Cant ieu serai partiz de vos,

Vias l’auran tornat en jos,

Car lo veiran jov’ e mesqui.



Merce quiera mon compaignon,

S’anc li fi tort qu’il mo perdon ;

Et ieu prec en Jesu del tron

Et en romans et en lati.



De proeza e de joi fui,

Mais ara partem ambedui ;

Et eu irai m’en a scellui

On tut peccador troban fi.



Moût ai estat cuendes e gais,

Mas nostre Seigner no.l vol mais ;

Ar non puesc plus soffrir lo fais,

Tant soi aprochatz de la fi.



Tot ai guerpit cant amar sueill,

avalaria et orgueill ;

E pos Dieu platz, tot o acueill,

E prec li que.m reteng’  am si.



Toz mos amies prec a la mort

Que vengam tut e m’onren fort,

 Qu’eu ai avut joi e déport

Loing e près et e mon aizi.


 
Aissi guerpisc joi e déport

E vair e gris e sembeli.

Poème précédent en occitan :

Marcela Delpastre : « Comme l’eau va un jour... » / « Coma l’aiga que vai, un jorn... » (01/04/2021)

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18 septembre 2021

Déwé Gorodey (1949 -) : Nuits taboues

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Nuits taboues

à toi, sorcier ou devin de la tribu

 

 

                         Nuits floues

                         Noir tabou

                         Vol dans le sommeil

                         Dieu rouge qui se lève

                         Morts

                         Feu et sagaies

                         dans les nuits floues

 

Quand le feu s’endort sur sa natte de cendre le clan se réfugie dans le noir

le pilou de la flamme d’angoisse commence sur la cime

de l’araucaria envoûté par la puissance magique de puissance du doki

 

La Parole des Anciens s’est tue

et la Pensée du fils de la tribu

s’égare sur les chemins qui mènent au tertre

quand là-haut le bambou est rythme des feux follets

 

Ainsi mourra le clan du chef aux palabres douces à l’oreille du sorcier rouge

qui hante la case ou proies et victimes nourrissent la vie

de ce dieu tabou dont il est le serviteur depuis le don hérité

les nuits sans Parole et Pensée

où le feu consume le fils de la Terre

où les sorciers guerriers et chefs sentent venir la mort

par les cris du vent dans les palmes des cocotiers

 

Je m’évaderai dans la nudité vieille telle la Terre où je ne suis plus

Prenez-moi prenez-moi bambous sur l’araucaria

Que je sois flamme dansante tourbillonnante au-dessus des eaux

     jusqu’à l’aurore

dernière de ce fils de la Terre

qui n’est plus moi quand l’unique magie tient

tout ce que je suis dans ses mains qi me déchirent

le corps l’âme la vie pour vous Tabou et Doki

 

                         Maux vagues

                         de la nuit

                         Secrets dévoilés

                         vus

                         par l’œil qui veille

                         Dans les maux vagues

 

(Montpellier, 8 Février 1972)

 

Revue « Poésie 1, N° 116, Mars-Avril 1984 »

Le Cherche-Midi éditeur, 1984

De la même autrice :

Fille perdue (23/09/2017)

Et les prospectus (22/09/2018)

Nuits nues (22/09/2019)

Nuits blanches (18/09/2020)

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