Le bar à poèmes

20 août 2019

Dino Campana (1885 – 1932) : Poésie facile /Poesia facile

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Poésie facile

 

Paix je ne cherche, guerre ne supporte

Tranquille et seul vais par le monde en rêve

Empli de chants étouffés. Je désire

La brume et le silence en un grand port.

 

Un grand port empli de voiles, voiles légères

Parées à se lancer vers l’horizon azur

Doucement ondulant, tandis que le murmure

Du vent passe tramant des accords éphémères.

 

Et ces accords le vent au loin se les emporte

Au lointain par-dessus l’océan inconnu.

Rêve. La vie est triste et je suis seul

 

Oh quand oh quand en un matin ardent

Dans le soleil s’éveillera mon âme

Le soleil éternel, et libre et frémissante.

 

Traduit de l’italien par Irène Gayraud et Christophe Mileschi

In, Dino Campana : « Chants orphiques et autres poèmes »,

édition bilingue.

Editions Points, 2016

 

Du même auteur :

Gênes / Genova (20/08/2017)

La Chimère / La Chimera (20/08/2018)

 

Poesia facile

 

Pace non cerco, guerra non sopporto

Tranquillo e solo vo pel mondo in sogno

Pieno di canti soffocati. Agogno

La nebbia ed il silenzio in un gran porto.

In un gran porto pien di vele lievi

Pronte a salpar per l’orizzonte azzurro

Dolci ondulando, mentre che il sussurro

Del vento passa con accordi brevi.

E quegli accordi il vento se li porta

Llontani sopra il mare sconosciuto.

Sogno. La vita è triste ed io son solo.

O quando o quando in un mattino ardente

L’anima mia si sveglierà nel sole

Nel sole eterno, libera e fremente.

 

 

Poème précédent en italien :

Eugenio Montale : La bourrasque / La bufera (14/08/2019)

 

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19 août 2019

Kadia Molodowski (1894 – 1975) / קאַדיע מאָלאָדאָװסק : Dieu de miséricorde

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Dieu de miséricorde

 

Dieu de miséricorde,

Choisis un autre peuple

Elu.

Nous sommes las de mourir, d’être morts

Et nous n’avons plus de prières,

Choisis un autre peuple

Elu.

Nous n’avons plus assez de sang

Pour être des victimes.

Notre demeure est devenue un désert

Et la terre pour nous est avare de tombes,

Plus de Livre pour nous des Lamentations

Plus de complaintes

Dans les vieux livres saints.

 

Dieu de miséricorde,

Sanctifie un autre pays,

Un autre mont.

Nous avons dispersé notre cendre sacrée

Sur tous les champs déjà, sur chaque pierre,

Nous avons payé

Avec des vieillards,

Des jeunes gens,

Des nouveau-nés

Chaque lettre de tes Dix Commandements.

 

Dieu de miséricorde,

Que ton sourcil de feu se lève :

Contemple les peuples du monde –

Et donne-leur les jours d’effroi, les prophéties.

En chaque langue on prêche ta parole,

Apprends-leur les actes

Et les chemins de l’endurance.

 

Dieu de miséricorde,

Donne-nous l’humble vêtement

Du berger parmi ses moutons,

Du forgeron à son marteau,

De la lingère et du peaussier,

Fussent-ils les plus grossiers.

Rends-nous encore une autre grâce,

Dieu de miséricorde :

 

Délivre-nous de l’aura du génie.

 

Traduit du yiddish par Charles Dobzynski,

in « Anthologie de la poésie yiddish, Le miroir d’un peuple »,

Éditions Gallimard, 2000.

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18 août 2019

Alfred de Musset (1810 – 1857) : Rappelle-toi

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Rappelle-toi

 

Vergiss Mein Nicht

 

Paroles faites sur la musique de Mozart

 

 

          Rappelle-toi, quand l’Aurore craintive


          Ouvre au Soleil son palais enchanté ;


          Rappelle-toi, lorsque la nuit pensive


          Passe en rêvant sous son voile argenté ;


A l’appel du plaisir lorsque ton sein palpite,


Aux doux songes du soir lorsque l’ombre t’invite,


                    Ecoute au fond des bois


                    Murmurer une voix :


                         Rappelle-toi.

 



          Rappelle-toi, lorsque les destinées


          M’auront de toi pour jamais séparé,


          Quand le chagrin, l’exil et les années


          Auront flétri ce coeur désespéré ;


Songe à mon triste amour, songe à l’adieu suprême !


L’absence ni le temps ne sont rien quand on aime.


                    Tant que mon coeur battra,


                    Toujours il te dira


                    Rappelle-toi.

 



          Rappelle-toi, quand sous la froide terre


          Mon coeur brisé pour toujours dormira ;


          Rappelle-toi, quand la fleur solitaire


          Sur mon tombeau doucement s’ouvrira.


Je ne te verrai plus ; mais mon âme immortelle


Reviendra près de toi comme une soeur fidèle.


                   Ecoute, dans la nuit,


                    Une voix qui gémit :


                    Rappelle-toi.

 

 

Poésies Nouvelles, 1836 -1852

Librairie Charpentier, 1852

Du même auteur :

La nuit de Mai (11/03/2015)

Venise (11/03/2016)

Derniers vers (18/08/2017)

« Quand, par un jour de pluie... » (18/08/2018)

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17 août 2019

Luc Estang (1911 – 1992) : Marée montante

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Marée montante

 

C‘était encore marée basse en arrivant

sur le littoral de moulins et de vent.

Mais depuis toujours je sais quand la mer monte.

Déjà les coquillages laissés pour compte

muets sur un lit de glace et de varech

s’étaient remis à bruire avec

le sang contre mon oreille,

un soir d’extrême hiver et de rêve enlisé...

 

Mais ce matin de sel et de ciel irisé

la mer montait vers nous depuis la veille...

 

La laisse du temps

Editions Gallimard, 1977

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16 août 2019

Avrom Sutzkever (1913 – 2010) / אַבֿרהם סוצקעווער : Les gazelles de Yamsuf

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Les gazelles de Yamsuf

 

S’obstine le soleil couchant, astre tenace,

Demeurer à Yamsuf, quand surgissent le soir

Vers le palais des eaux les gazelles, de grâce

Et de rose innocent, pour apaiser leur soif.

 

De leurs ombres de soie se défont sur la rive

Et lèchent à Yamsuf des anneaux de fraîcheur.

Longs visages de violons. Il leur arrive

D’épouser le silence en noces de douceur.

 

A la fin elles fuient. Des taches roses sèchent

Dans le sable, un regret qui survit au reflux

Suit les gazelles du couchant, celles qui lèchent

Le silence de ceux qui déjà ne sont plus.

 

 

Traduit du yiddish par Charles Dobzynski,

in « Anthologie de la poésie yiddish, Le miroir d’un peuple »,

Éditions Gallimard, 2000.

Du même auteur :

Les juifs gelés (13/08/2014)

Paysage de fin de nuit (17/07/2016)

Dans la hutte de neige (16/08/2017)

Pelisse de feu (16/08/2018)

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15 août 2019

Georges-Emmanuel Clancier (1914 – 2018) : Le témoin

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Le témoin

A Robert Margerit

 

Je parle pour des morts qui furent bergers

D’âpres vies mais porteurs de légendes,

Dont les rêves traînaient des enfances légères,

Des miracles dans les labours émergeants,

Et dont les mains savaient tenir toute la terre

Dans une pierre, un sein, une fougère.

Je parle pour une terre bleue très ancienne

Qui bat avec mon sang, qui teinte mon regard,

Ses collines ont lié sur mon cœur leur liane

Plus fort que les bras passagers de l’amour.

Je parle pour qui viendra demain jeune et dansant

Sur les chemins où mon ombre fut jeune

Et se penchera vers ces prairies et ces villages

Comme on se penche sur une femme pour l’amour.

 

Une voix

Editions Gallimard, 1956

Du même auteur :

A mi–voix (16/11/2015)

Vocabulaire (16/11/2016)

« Je ne suis que cet enfant... » (15/08/2018)

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14 août 2019

Eugenio Montale (1896 – 1981) : La bourrasque / La bufera

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La bourrasque

 

La bourrasque qui fait ruissellement aux feuilles

Dures du magnolier les longs coups de tonnerre

Printanier et la grêle,

 

(Les sons cristallins dans ton lit nocturne

Te surprennent, d’un or

Qui s’éteignit aux acajous, aux tranches des reliures,

Il brûle un grain de sucre encor

aux coquilles de tes paupières)

 

Et l’éclair qui blancheur

Confit arbres et murs et les surprend en leur

Eternité d’instant – et le marbre et la manne

Et la destruction – ce que gravé en toi

Tu portes pour ta peine et qui te tient liée

Plus que l’amour à moi, ô mon étrange sœur, -

Et puis le rude éclatement ! et puis les sistres !

Le tremblement

Des tambourins sur une fosse accapareuse,

Piétinement du fandango, et par-dessus

Quelque mouvement qui tâtonne...

                                                        Comme

Quand tu te retournas et des mains, dégageas

Ton front de la nuée de tes cheveux,

 

Et tu me saluas – pour entrer dans le noir.

 

Traduit de l’italien par Pierre Jean Jouve

In, «Eugenio Montale, tradotto da Pierre Jean Jouve »

Scheiwiller-All'insegna del pesce d'oro, Milano, 1964

Du même auteur : « A midi faire halte …/ « Merrigiare pallido… » (10/05/2016)

 

 

La bufera

 

 

La bufera che sgronda sulle foglie

dure della magnolia i lunghi tuoni

marzolini e la grandine,

 

 

(i suoni di cristallo nel tuo nido

notturno ti sorprendono, dell'oro

che s'è spento sui mogani, sul taglio

dei libri rilegati, brucia ancora

una grana di zucchero nel guscio

delle tue palpebre)

 

 

il lampo che candisce

alberi e muro e li sorprende in quella

eternità d'istante – marmo manna

e distruzione – ch'entro te scolpita

porti per tua condanna e che ti lega

più che l'amore a me, strana sorella, –

e poi lo schianto rude, i sistri, il fremere

dei tamburelli sulla fossa fuia,

lo scalpicciare del fandango, e sopra

qualche gesto che annaspa…

Come quando

ti rivolgesti e con la mano, sgombra

la fronte dalla nube dei capelli,

 

 

mi salutasti – per entrar nel buio.

 

 

La Bufera e altro

Neri Pozza Editore, Vicenza (Italia), 1956

Poème précédent en italien :

Giuseppe Ungaretti : J’ai tout perdu / Tutto ho perduto (13/05/2019)

Poème précédent en italien :

Dino Campana : Poésie facie / Poesia facile (20/08/2019)

 

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13 août 2019

Geneviève d’Hoop (1945 -) : « je n’ai jamais cessé d’être... »

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à Vahé Godel

 

je n’ai jamais cessé d’être

cette écorce vive

qui mange ses syllabes

et aboie ses mots

 

le temps transpire jusqu’à la plage

où se défont mes rives

 

je clôture mes trois vies

j’additionne mes impatiences

je mesure l’espace déçu

 

étais-je un défaut

un intervalle

 

qui m’a couverte de ruines

pendant que je respirais

le temps

de l’aubépine

 

In, Revue » Poésie 1, N° 81-82, Novembre-Décembre 1980 »

Le Cherche Midi éditeur, 1980

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12 août 2019

Michel Butor (1926 – 2016) : Les commissures du feu

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Les commissures du feu

La herse qui suce les branches.

Tu te ris de moi, inaccessible penses-tu...

La peau du feu.

La gueule qui se plisse ricane dans les étincelles bleues jaunes bleues

Et les tourbillons de la fumée retombent.

Le souffle du feu.

Le grognement qui s’étend pousse sa bave pousse les brandons se dilate.

Tu vas jusqu’à me tendre ta main.

Le front, les tempes.

Le masque du fer noir qui souffle s’épanouit dans les galeries blanches.

 

Le sang.

La langue qui s’élargit dans les taillis du feu.

Te voilà séparée de toi-même. !

Et les épaisseurs retombent.

Les muscles.

Les oreilles noires rouges du feu rouge bleu qui jaillissent bleu violet grondent

     jaillissent

Tu te vois brûler.

Et les draps retombent.

Les tendons.

Les nervures du feu qui se tendent.

La chevelure.

Les bracelets noirs d’yeux noirs du feu orangé qui s’accrochent aux

     créneaux se crispent.

Brûle !...

Et la taie retombe.

Les boucles.

Les remparts rouges du four rouge qui déploient leurs tissus mordorés de feu.

L’échine.

La crinière noire du feu bleu qui s’enroule aux piliers jaunes se tresse dans les

     salles jaunes s’enroule.

Tu me révèles alors ton pied.

Et la paupière retombe.

 

 

 

 

Les épaules.

Le lierre du feu qui se courbe sur les tours aux brèches d’or.

Je plonge tes yeux dans mes yeux.

Les poils.

La noire échine du feu rouge qui plonge dans les manchons d’écorce qui

     s’ouvrent verts plonge dans l’arsenal d’épées de cuivre.

Et l’obscurité de la fumée retombe.

Les hanches.

L’encolure qui se hérisse le poitrail outremer les épines du feu qui se creuse

     dévale dans les cirques de moire.

Sens-tu mon enfer ?

Les charmes.

 

Le poil noir le pelage bleu noir la robe bleu blanc du feu pourpre se

     développent sur les lits de flammèches d’azur s’arrondissent dans

     des alcôves de flèches se développent azur.

L’un de nous tient un œil ouvert sur toi.

Et la nuit retombe.

Les chevilles, les talons, les jambes.

La fourrure du feu qui charme rouge pétille les sabots orangés dans leurs stalles

     de cendre qui charment pétillent se dressent dans leurs torils de sinople

     pétillent.

Au moins j’ai réussi à te rendre furieuse !

Les secrets.

Les ruades les jarrets noirs le galop la marée cramoisie des glaives qui frappent

     trépignent dans les puits noirs frappent trépignent cramoisis s’affinent dans

     les fours sang soutiennent les gaines de feu cramoisi s’affinent.

Et la croix de la fumée retombe.

 

 

La lubricité.

La course la queue du feu attisent la forge caressent les antres de charbon

     attisent caressent les éventails d’étamines rubis les couvrent d’écume les

     caressent.

Renversée...

La soif.

La hure noire du feu se déchaine règne sur le fourneau rouge règne sur le gril

     bleu engloutit les graines jaunes règne écarlate engloutit les épineux grenat

     réclame écarlate engloutit.

Et le taureau retombe.

les mains, les doigts du feu.

La fournaise hurle dévore blanche hurle corolle de stylets amarante et de

     crosses blanches dévore les bûches de feu se ferme dévore.

Il est bien temps vraiment de s’incliner vers moi ! Je gagne.

Les articulations, les ongles, les paume du feu.

 

Les plumes noires les châles de gueules les étendards noirs les flots de poudre

     du feu voilent les broches de gueules les lézardes garance chatouillent et

     voilent les nœuds les fourches de gueules.

Mais je vois bien que c’était encore pour te moquer !

Et le lion de la fumée retombe.

Les poignets, les saignées du feu.

Les palissades rouges les branchages de feu craquent griffent les noyaux vert

     rouge vert craquent les crochets griffent les arquebuses les fouets claquent

     les rochers carmin griffent vertes les lames claquent.

Et le dragon de la fumée retombe.

 

                    L’haleine

                    Le fourré

                                        qui mange.

                    Tu m’échappes !

                    Le mufle

                                        du feu noir

                    qui languit

                                        parmi les grilles.

                    Je t’ai touchée, n’est-ce pas ?

                    Les nuages retombent.

 

                    épaisseurs

                    zée boucles

bruissements

                    astres baisers veilles

bruyères bises

brasier colères calculs

                    diadèmes drapés druides drogues

                              mais du moins te voilà séparée de toi-même

 

(Dans les flammes. Chanson du moine à Madame Nhu).

 

Illustrations. II

Editions Gallimard, 1969

Du même auteur :

 « Au-delà de l’horizon… » (12/08/2015)

 Le tombeau d’Arthur Rimbaud  (12/08/2016)

Vers l’été (12/08/2017)

Lectures transatlantiques (12/08/2018)

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10 août 2019

Oscar Wilde (1854 – 1900) : Désespoir / Desespoir

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Désespoir

 

Les saisons avec elles amènent leur ruine,

Au printemps, le narcisse apparaît

Qui ne se fane avant que n’ait rougit la rose

Et, à l’automne, fleurissent les violettes

Et le frêle crocus trouble alors la blancheur de la neige ;

Puis, les arbres dénudés reverdissent,

Comme font les gris labours sous les pluies de l’été

Et renaissent les primevères qu’un enfant cueillera.

 

La belle vie ! dont le flot amer et avide

Monte à nos pieds et sombre dans la nuit

Pour revêtir des jours qui ne reviendront plus !

L’ambition, l’amour, brûlantes rêveries,

Nous les perdons trop vite, et ne trouvons plaisir

Que dans quelques fragments de souvenirs enfuis.

 

Traduit de l’anglais par Bernard Delvaille

In, Oscar Wilde : « Œuvres »

Editions Gallimard (La Pléiade), 1996

Du même auteur :

La ballade de la geôle de Reading / The ballad of Reading Gaol (11/08/2017)

Bords de l’Arno / By the Arno (11/08/2018)

 

 

Desespoir

 

The seasons send their ruin as they go,

For in the spring the narciss shows its head

Nor withers till the rose has flamed to red,

And in the autumn purple violets blow,

And the slim crocus stirs the winter snow;

Wherefore yon leafless trees will bloom again

And this grey land grow green with summer rain

And send up cowslips for some boy to mow. 

But what of life whose bitter hungry sea

Flows at our heels, and gloom of sunless night

Covers the days which never more return?

Ambition, love and all the thoughts that burn

We lose too soon, and only find delight

In withered husks of some dead memory. 

 

Poème précédent en anglais :

Emily Brontë : « Je viendrai quand ... » / « I’ll come when…» (01/07/2019)  

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