Le bar à poèmes

10 décembre 2018

Roland Dubillard (1923 – 2011) : La rencontre

711x400_dubillard_roland_c_jacques_sassier_1_

La rencontre

 

Il a fait semblant de ne pas m'avoir vue,

mais j'ai bien vu alors qu'il ne voyait plus rien ;

et quand je l'ai perdu de vue,

pendant des heures on m'a dit

qu'il a fait le tour de la ville.



Je l'ai vu revenir de très loin et tout droit,

à la façon de ceux qui savent bien mon nom ;

et il m'a dit aussi ce qu'ils me disent.

Mais je ne l'ai pas entendu.

 

Je me disais : que va-t-il devenir ?

Combien de temps demanderont ses yeux?

Car ses yeux n'étaient pas de leur couleur encore;

en sorte que ce n'est pas vraiment lui

qu'à cet instant j'ai vu venir,

mais sa main, qui venait la première.

 

Et tandis que cette main à la rencontre de la mienne

venait, pareille à des oiseaux,

j'aurais juré que je devenais pâle et trouble

comme font, lorsqu'on les approche, les nuages.

Et lui, voyant que je ne pensais plus à moi

que comme à des oiseaux qui s'éloignent,

il dit : je reviendrai.

Et il a redressé autour de moi les champs,

 

et remis le bois dans ses lignes.

Et les reflets des feuilles dans le fleuve

il les a replacés dans l'arbre avec les feuilles ;

et sous ses yeux le fleuve a retrouvé sa vraie couleur.

 

Et moi, quand il est revenu, j'étais très claire,

à cause de mes yeux qu'il regardait.

Et quand il m'a touchée, j'ai vu s'ouvrir,

à leur vraie place, et calmes,

les cailloux du jardin comme une maison blanche.

 

Je dirai que je suis tombé

Editions Gallimard, 1966

Du même auteur :

Le Peigne (18/11/2014)

C’est arrivé à moi (14/04/2016)

Si le bruit recommence (10/12/2017)

Posté par bernard22 à 00:01 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


09 décembre 2018

Jean-Pierre Schlunegger (1925 – 1964) : Retour

118394274_1_

 

Retour

à Jean-Jacques Rizzolio

 

 

Après les bois de pins, les oliviers, les vignes,

La ville dont la pierre a la douceur des corps,

Voici le pays froid, les longs murs sans lumière,

Les passants au regard de juge, sans éclat.

 

Je suis là, dispersé comme la pluie amère

Que le vent chasse dans la tristesse des rues

Où nulle image d’or, nul rêve de statue,

Ne vient récompenser la quête du regard.

 

Nous voici retombés dans ce climat sans joie

Avec un jet de feu écrasé dans nos veines ;

Partout nous rencontrons la stérile raison,

Les fenêtres n’ont plus de lumières humaines.

 

C’est un temps de brouillard, de bataille perdue,

Un lieu triste où les corps ont désappris l’amour...

Lentement le soleil traverse l’étendue

D’un ciel morne où la nuit semble mêlée au jour.

 

in, « Ressac, Anthologie jeune poésie »

Régis Dupont éditeur, Onex (Suisse), 1980

Du même auteur :

Postface (09/12/2015)

Le mur (09/12/2016)

Quand je me trouve seul (09/12/2017)

Posté par bernard22 à 00:26 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

08 décembre 2018

Mellin de Saint-Gelais (1491 – 1558) : Treizain

mellin_de_saint_gelais_CW1W9H_1_

 

Treizain

 

Par l'ample mer, loin des ports et arènes

S'en vont nageant les lascives sirènes

En déployant leurs chevelures blondes,

Et de leurs voix plaisantes et sereines,

Les plus hauts mâts et plus basses carènes

Font arrêter aux plus mobiles ondes,

Et souvent perdre en tempêtes profondes ;

Ainsi la vie, à nous si délectable,

Comme sirène affectée et muable,

En ses douceurs nous enveloppe et plonge,

Tant que la Mort rompe aviron et câble,

Et puis de nous ne reste qu'une fable,

Un moins que vent, ombre, fumée et songe.

 

Oeuvres poétiques complètes

Editions Prosper Blanchemain, 1873

Posté par bernard22 à 00:37 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

07 décembre 2018

Alain Jégou (1948 – 2013) : Lorient-Keroman

1564449_11304994_reg01_20120114_t114a_1_

 

Lorient – Keroman

 

     Espace portuaire dorloté par la nuit. L’ombre maousse pèse sur l’avenue

de La Perrière, les troquets aux quinquets fermés, les magasins de marée,

la glacière, le slip-way et ses bassins de carénage. Pas ou peu de bruit

encore, aucune agitation particulière, pas le tintouin excessif des nuits

estivales. L’air est vif et glacial.  Notre monde frémit et recroqueville

sous la botte hivernale. La vie la nuit se bourre d’étoupe, de silences

grassouillets, pour colmater ses brèches et opposer sa frêle résistance aux

vents perfides qui la pénètrent et malmènent. Halo orangé et brouillard givré

pour seules nippes, envapé et groggy, le port se cherche un rythme pour

l’éveil.

     La ville, toute proche, respire dans d’autres rêves, d’autres climats,

d’autres pensées. Ici, les êtres sont trop barges, trop entiers et déphasés du

bulbe, pour se satisfaire de ces rêves, climats et pensées-là. 

     Déserte, désuète et mal fardée, encalminée dans son suaire cradingue, la

criée 4 s’encroûte, se détériore et laisse périr à petit feu. Elle crève du

manque d’activité. Quelques goélands faméliques cherchent désespérément

pitance dans les rigoles d’écoulement où s’allaient autrefois échouer les

merlans, merlus, lottes, lingues ou lieus noirs, tombés des caisses ou des

tables de triage.  Les pinasses et chalutiers qui, de retour de marée,

l’inondaient de leurs innombrables paniérées, ont été sacrifiés sur l’autel de

la grande faisanderie européenne, victimes des tronçonneuses et des

chalumeaux du sournoisement bradés à quelques extra-communautaires,

exploiteurs fous de ressources maritimes et de main-d’oeuvre miséreuse.

     Il est trois heures. Le port s’ébroue de son silence et nippe ses néons de

ses premières écailles. Sous la criée 3, les côtiers débarquent et étalent leurs

caisses de poissons brillants et de langoustines excitées par le remue-

ménage naissant.

     Au ponton, les équipages gagnent leur bord. Les lampes des passerelles

et les projecteurs de pont s’allument successivement. Les moteurs sont

lancés, ronronnent et fument paresseusement. L’heure d’une nouvelle

partance a sonné...

 

Passe Ouest suivi de Ikaria LO 686070

Editions Apogée, 35000 Rennes, 2007

Du même auteur :

« Sans forfanterie aucune… » (29/09/2014)

« Coincées entre la coque et le vivier … » (07/12/2015)

Toull Lech’id (07/12/2016)

« marcher sur des chemins provisoires… » (07/12/2017)

Posté par bernard22 à 00:02 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

06 décembre 2018

Maurice Roche (1924 – 1997) : « La douleur qui, peut-être... »

  

50_maurice_roche_content_226_446_1_

 

 

   La douleur qui, peut-être,        la bosse humide à cet endroit

a provoqué le cauchemar em-       du plan correspond dans la

pêche que l’on se rendorme.         réalité à un tertre – les ser –

On ne sait plus. On a la joue         vices topographiques qui ont

droite enflée par un abcès qui       dressé cette carte ont indiqué

mûrit lentement ; on y porte          un léger relief par quelques

la main. On évalue le poids de      stries en rayons –

l’enflure,

on contourne ce tumulus avec beaucoup de précautions, du bout

des doigts. On tâte timidement tandis que la douleur manifeste

se présente par à-coups. C’est une douleur de type simple. On la

sent venir de très loin « elle n’arrivera pas elle est trop faible »,

et puis elle se renforce peu à peu s’enveloppe d’elle-même,

augmente par entrées successives et imperceptibles – subtil

canon rythmique d’une onde hurlante. A son point culminant

(on retient le souffle on ferme les yeux, on savoure !) l’on a

envie de crier. Mais le cri est – enfoncé profondément – vissé ;

toutes les fibres d’une velléité de cri se resserrent et se referment

avec force, et rien n’existe plus que le désir de cri coincé de cri

étranglé par lui-même. On ne bouge pas.La bouche entr’ouverte,

on écoute cette douleur dont on saisit maintenant chaque batte-

ment.

On la suit avec attention presque prudemment.

Elle décline avant que l’on en sache assez sur elle.

Ténue – pianissimo – maintenant psalmodie en valeurs brèves

égales.

Puis brusquement jusqu’à un fff. On amorce, à l’intérieur de la

douleur, un mouvement chromatique ascendant par augmenta-

tions progressives, cependant que décroît l’intensité.

 

A une fréquence limite, on tient presque cette douleur...

 

 

 

aiguë pointue nerveuse... elle casse... : une courte césure...

et reprend sur un mètre d’anapeste.

                                                          Peu à peu elle s’enfle

d’une succession de « sforzandi » d’elle toujours.

 

On s’y accroche.

 

 

(mais bientôt elle s’effiloche.

 

Plus rien – sinon, à la place, une lourdeur – On dégringole seul.)

 

 

 

 

On est bien. On est fatigué. On croit sortir d’un mauvais rêve

(le cauchemar continuant ailleurs, qu’on retrouve au premier

sommeil ; mais on est éveillé) et la douleur revient.

 

 

 

 

On essaye quelques calembours OU BIEN

 

 

 

                                                                           pour l’amadouer

« doux leurre » IL N’Y AVAIT PERSONNE OU BIEN pour faire

dévier son parcour « d’où l’heure ? » IL N’Y AVAIT PAS D’ISSUE.

ETENDRE LE BRAS, Ta main s’appliquera à appuyer – pression

légère ; (éprouveras-tu ?) dans le gras des doigts, le pré-écho

d’un bruit (plainte striduleuse contenue dans la matière même

de la vitre, vitre d’ un « jour de souffrance » te séparant – de

qui ? -) IL SUFFISAIT PEUT-ÊTRE D’ETENDRE LE BRAS :

 

  SUR LA TABLETTE EN DEMI-CERCLE SURPLOMBANT UN TOKO –

NOMA DE POUPEE, PRES DU LIT, UNE PENDULE IMHOF (ARTHUR

IMHOF S. A. MANUFACTURE DE PENDULETTES D’ART A LA CHAUX -

DE-FOND – U.S. PATENT – MADE IN JAPAN) 107MM DE DIAMETRE :

INUTILE DE MESURER , C’EST GRAVE SUR LE SOCLE. (HEURE UNI -

- VERSELLE). On est la somme de tout cela SELON UN TEMPO DE

LECTURE, AU MÊME INSTANT MAIS A DES HEURES DIFFERENTES, A

LA MÊME HEURE MAIS PAS AU MÊME MOMENT, SE DEROULENT

DES EVENEMENTS qu’on ignore ou dont on ne se souvient plus.

     Aussi les douleurs que l’on a connues les a-t-on soigneuse-

ment décrites et classées dans un dossier pour les conserver. On

imagine parfois de les mettre en fiches perforées dans un distri-

buteur : on n’a plus qu’à appuyer sur un bouton, et la douleur

choisie revient, mais cette fois dans son emballage : miniaturi-

sée, embaumée, portative et aplatie.

 

Compact,

Editions du Seuil, 1966

Du même auteur :

 « Je vis la mort à chaque instant… » (06/12/2014)

 « Tu perdras le sommeil… » (06/12/2015)

  « J’ai tellement eu faim… » (06/12/2016)

« Je    suis   un   malade, … (06/12/2017)

Posté par bernard22 à 00:19 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


05 décembre 2018

Jacques Roubaud (1932) : « nuit ... »

260px_Jacques_Roubaud_Salon_du_Livre_2010__1__1_

 

nuit                                                            [GO 15]

 

les raisins s’écrasaient sur la route bleue

grappes guêpes et froissées sous les pieds nus

contre le soir de groseille qui venue

qui ? la nuit jaillissant et son bec de freux

m’attendait sous les cyprès de la colline

éclaboussée de sang violet aux genoux

qui ? la nuit de côté rouge dans le cou

la nuit salivait à la hanche des vignes

elle me couchait sur son cœur battant noir

moi la bouche emportée du piment des courses

elle m’allongeait jonc sur ses reins de nard

et me griffait de ses givres de ses ourses

les lumières montaient avec mille points

rouges dans mes yeux vert insoluble loin !

 

,

Editions Gallimard, 1967

Du même auteur :

  « Puisque je pense… »  (05/12/2014)  

 « Lettre à Maria Gisborne » (05/12/2015)

 « église des pins… » (05/12/2016)

Un jour de juin (05/12/2017)

Posté par bernard22 à 00:01 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

04 décembre 2018

Antonio Gamoneda (1931 -) : « Il existait tes mains... » / « Existían tus manos... »

1231607_1_1_

 

Il existait tes mains.

 

Un jour le monde devint silencieux ;

les arbres, là-haut, étaient profonds et majestueux,

et nous sentions sous notre peau

le mouvement de la terre.

 

Tes main furent douces dans les miennes

et j’ai senti en même temps la gravité et la lumière,

et que tu vivais dans mon cœur.

 

Tout était vérité sous les arbres,

tout était vérité. Je comprenais

toutes choses comme on comprend

un fruit avec la bouche, une lumière avec les yeux.

 

Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet

« Poésie espagnole. Anthologie 1945 – 1990 »

Acte sud / Editions Unesco, 1995

Du même auteur :

« Je sais que l’unique chant… » (04/12/2016)

« Vois / la fugacité sylvestre… » (04/1/2017)

Existían tus manos.

Un día el mundo se quedó en silencio;

los árboles, arriba, eran hondos y majestuosos,

y nosotros sentíamos bajo nuestra piel

el movimiento de la tierra.

 

Tus manos fueron suaves en las mías

y yo sentí la gravedad y la luz

y que vivías en mi corazón.

 

Todo era verdad bajo los árboles,

todo era verdad. Yo comprendía

todas las cosas como se comprende

un fruto con la boca, una luz con los ojos

 

(Exentos, I)

 

Edad (Poesia 1947-1986)

Ediciones Cátedra, Madrid, 1987 

Poème précédent en espagnol :

Pablo Neruda : « Que ne t’atteigne pas l’air... » / « No te toque la noche... » (02/11/2018)

Posté par bernard22 à 01:12 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

03 décembre 2018

Jacques Lacarrière (1925 – 2005) : Mémoire fourragère

 

 

J

Mémoire fourragère

 

 

Fétu d'abord dans la grossesse des vents. Puis les jeux d'une enfance

herbagère. Je grandis à l'école des pailles et j'eus le premier Prix de

fenaison. Après quoi, je quittai l'été.

 

Je me souviens de deux ou trois orages sur ma tige. Des envolées de la

poussière soulevée par l'Impondérable. De nos fous rires avec l'ivraie.

 

Je me souviens d'un trèfle à quatre feuilles écartelé dans le printemps.

De l'affolement des luzernes apprenant l'arrivée de l'automne.

 

Puis vint le temps des engrangeurs.

 

Je me souviens de l'ennui des silos, des cryptes endormies où veillait

l'invisible encens de l'été.

 

Je me souviens, penché sur moi, du mufle de l'hiver. Je me souviens

de la nuit ruminante.

 

In, « L’Année poétique 2005 »

Editions Seghers, 2006

 

Posté par bernard22 à 00:01 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

02 décembre 2018

Virginia Pésémapéo – Bordeleau (1951 -) : « Je suis de promiscuité... »

655477_inspiree_vie_pere_virginia_pesemapeo_1_

 

Je suis de promiscuité,

de trois enfants par lit.

Je suis de fierté farouche,

de confort et d’indifférence.

 

Je suis de demi-frères suicidés

dans leur silence des réserves.

Je suis de demi-frères criards

qui veulent et la chèvre et le chou.

Je suis de deux races en mal de vivre,

de leur incapacité à se rejoindre.

 

Je suis le pont entre deux peuples

qu’un accident de parcours

a tendu au-dessus d’un précipice.

 

Je suis riche de différences,

marquée au fer du paradoxe.

Je suis de blanche et de rouge lignée.

 

 

De rouge et de blanc

Editions Mémoire d’encrier, Montréal, 2012

Posté par bernard22 à 00:02 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

01 décembre 2018

Paul Celan (1920 – 1970) : « Voix... / Stimmen... »

220px_Celan__1_

 

Voix , rayures gravées

sur la face verte de l'eau.

quand le martin-pêcheur plonge,

la seconde grésille

 

ce qui était avec toi

sur chacune des rives,

pénètre

fauché dans une autre image.

*

Voix  venues du chemin d'orties: 

 

viens sur les mains jusqu'à nous.

Quand on est seul avec la lampe,

on n'a que la main pour y lire.

 *

Voix, envahies de nuit, cordes

auxquelles tu pends la cloche.

Arque-toi, monde :

quand le coquillage des morts s'approchera de la rive

les cloches vont sonner ici.

*

Voix  devant qui ton cœur reflue

jusque dans le cœur de ta mère.

Voix venues de l'arbre gibet,

où bois dur et bois jeune échangent,

sans cesse échangent leurs anneaux.

*

Voix, rauques, dans le gravillon,

où pelle aussi de l'infini,

rigole de

mucosité.

 

Mets à l'eau ici, enfant, les barques

que j'ai munies d'hommes d'équipage: 


quand à mi-coque la bourrasque vient se mettre dans son droit

les serres se réunissent.

*

Voix  de Jacob:

 

Les larmes.

Les larmes dans l'œil frère.

L'une d'elles est restée suspendue, a grossi.

 Nous habitons dedans.

Respire, pour

qu' elle se détache.

*

Voix  dans l'intérieur de l'arche:

 

 n'ont été

sauvées que les

bouches. Vous

qui sombrez, écoutez-

nous aussi.

*

Pas une

voix - un

bruit de la fin, étranger aux heures, offert

à tes pensées, ici, enfin porté

jusqu'ici à force de veille : un

pistil, gros comme un œil, avec une profonde

rayure, il

bave de la résine, il ne veut pas

cicatriser.

 

Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre

in, Paul Celan : « Choix de poèmes, réunis par l’auteur »

Editions Gallimard (Poésie), 1998

Du même auteur :

Fugue de mort / Todesfuge (01/12/2014)

Strette / Engfürhrung (01/12/2015)

 Matière de Bretagne (01/12/2016)

Le Menhir (01/12/2017)

 

  

Stimmen, ins Grün

der Wasserfläche geritzt.

Wenn der Eisvogel taucht,

sirrt die Sekunde:

 

Was zu dir stand

an jedem der Ufer,

es tritt

gemäht in ein anderes Bild.

*

Stimmen vom Nesselweg her :

Komm auf den Händen zu uns.

Wer mit der Lampe allein ist,

hat nur die Hand, draus zu lesen.

  * 

Stimmennachtdurchwachsen, Stränge,

an die du die Glocke hängst.

Wölbe dich, Welt :

Wenn die Totenmuschel heranschwimmt,

will es hier läuten. 

*

Stimmenvor denen dein Herz

ins Herz deiner Mutter zurückweicht.

Stimmen vom Galgenbaum her,

wo Spätholz und Frühholz die Ringe

tauschen und tauschen.

                        *

Stimmenkehlig, im Grus,

darin auch Unendliches schaufelt,

(herz-)

schleimiges Rinnsal.

 

Setz hier die Boote aus, Kind,

die ich bemannte :

 

Wenn mittschiffs die Bö sich ins Recht setzt,

treten die Klammern zusammen. 

                       *

 Jakobsstimme :

 

Die Tränen.

Die Tränen im Bruderaug.

Eine blieb hängen, wuchs.

Wir wohnen darin.

Atme, dass

sie sich löse.

*

 Stimmen im Innern der Arche :

 

Es sind

nur die Münder

geborgen. Ihr

Sinkenden, hört

auch uns.

*

Keine

Stimmeein

 

Spätgeräusch, stundenfremd, deinen

Gedanken geschenkt, hier, endlich

 

herbeigewacht : ein

Fruchtblatt, augengross, tief

geritzt; es

harzt, will nicht

vernarben.

 

Sprachgitter,

Fischer Verlag, Frankfurt, 1959

 

Poème précédent en allemand :

WolfdietrichSchnurre : Harangue du policier de banlieue pendant sa ronde du matin /Ansprache des vorortpolizisten waehrend der morgenrunde (28/11/2018)

Posté par bernard22 à 00:24 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :