Le bar à poèmes

19 septembre 2020

Guillaume, duc d’Aquitaine, comte de Poitiers (1071 – 1127) : Chanson / Canso

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Chanson

 

Tout éjoui je ressens en amour

Une joie que je veux éprouver plus vive,

Et puisque à cette joie je veux m’en tenir

Je dois faire tout mon possible

Auprès de la plus belle entre les dames

Que l’on peut voir et entendre.

 

Vous le savez, je n’ai de quoi me faire valoir

Et je ne sais m’envelopper de grands éloges.

Mais si jamais une joie peut fleurir,

Par-dessus toutes celle-là doit donner grain

Et sur les autres l’emporter en éclat

Comme le soleil éclaire un sombre jour.

 

Jamais homme ne put en imaginer

Une telle, ni en vouloir ni en désir,

Ni en pensée ni en songe ;

Une telle joie ne peut trouver son égale

Et qui s’aviserait de la louer

N’aurait trop d’un an pour y parvenir.

 

Toute joie lui doit soumission,

Et tout pouvoir obéissance

A ma dame, pour son bel accueil

Et pour son égard si plaisant ;

Et il gagne plus de cent ans de vie

L’homme dont s’empare cette joie d’amour.

 

Par sa joie peut guérir les malades,

Par sa colère les bien-portants faire mourir,

D’un homme sage faire un fou,

D’un homme beau la beauté changer,

Le plus noble rendre vilain

Et du plus vilain faire un noble.

 

Puisque plus gente on ne peut trouver

Ni voir de ses yeux ni dire de sa bouche,

Près de moi je la veux retenir,

Pour rafraîchir l’intérieur de mon cœur,

Pour rendre jeunesse à ma chair

Et l’empêcher de s’envieillir.

 

Si ma dame veut m’accorder son amour,

Je suis prêt à le prendre avec reconnaissance,

A le tenir secret et à le choyer,

A ne dire et faire que pour son plaisir,

A tenir grand cas de ce qu’il vaut

Et ses louanges faire retentir.

 

Je ne lui ai rien fait savoir par autrui

Tant j’ai peur qu’aussitôt elle se fâche,

Et pour moi non plus, tant je crains de faillir,

Je n’ose lui déclarer mon amour ;

Mais c’est elle qui doit choisir au mieux pour moi,

Puisque je sais qu’elle seule me peut guérir.

 

Traduit de l’occitan par Suzanne Julliard

In, « Anthologie de la poésie française »

Editions de Fallois, 2002

 

Canso

 

Mout jauzens me prenc en amar

Un joy don plus mi vuelh aizir,

E pus en joy vuelh revertir

Ben dey, si puesc, al mielhs anar,

Quar mielhs onr’am, estiers cujar,

Qu’om puesca vezer ni auzir.

 

Ieu, so sabetz, no’m dey gabar

Ni de grans laus no’m say formir,

Mas si anc nulhs joys poc florir,

Aquest deu sobre totz granar

E part los autres esmerar,

Si cum sol brus jorns esclarzir.

 

Anc mais no poc hom faissonar

Co’s, en voler ni en dezir

Ni en pensar ni en cossir ;

Aitals joys no pot par trobar,

E qui be I volria lauzar

D’un an no y poiri’avenir.

 

Totz joys li deu humiliar,

Et tota ricors obezir

Mi dons, per son belh aculhir

E per son belh  plazent esguar ;

E deu hom mais cent ans durar

Qui’l joy de s’amor pot sazir.

 

Per son joy pot malautz sanar,

E per sa ira sas morir

E savis hom enfolezir

E belhs hom sa beutat mudar

E’l plus cortes vilanejar

E totz vilas encortezir.

 

Pus hom gensor no’n pot trobar

Ni huelhs vezer ni boca dir,

A mos ops la vuelh retenir,

Per lo cor dedins refrescar

E per la carn renovellar

Que no puesca envellezir.

 

Si’m vol mi dons s’amor donar,

Pres suy del penr’e del grazir

E del celar e del blandir

E de sos plazers dir e far

E de sos pretz tener en car

E de son laus enavantir.

 

Ren per autruy non l’aus mandar,

Tal paor ay qu’ades s’azir,

Ni ieu mezeys, tan tem falhir,

No l’aus m’amor fort assemblar ;

Mas elha’m deu mo mielhs triar,

Pus sap qu’ab lieys ai a guerir.

 

Poème précédent en occitan :

Marcela Delpastre : « Entre toutes choses... » / « Entre tot... » (01/04/2020)

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18 septembre 2020

Déwé Gorodey (1949 -) : Nuits blanches

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Nuits blanches

                                                                                       à la mémoire de mon grand-père

                                                                                          et au souvenir de ma mère

 

                              Nuits pures

                              Filles si libres

                              Brillants réverbères

                              de l’ivresse sans mal

                              Pâle

                              subite lumière

                              dans les nuits pures

 

Les grains de sable en bas du tertre ancestral où s’écoulent et demeurent   

     parfois

les eaux de la bouche de rivière des requins lézards

les grains de sable n’entendent plus les cris des pleureuses endeuillées quand

     meurt le chef

et le caméléon des bambous

dès lors ne gémit plus et a disparu

Elle s’en est allée à jamais la femme qui crée

la vie et le sang du clan se sont éteints

 

La femme source de vie suivit l’idole dans les tortueux dédales de la ville

fut chouette et roussettes nocturnes chantant et chuintant

l’espérance de la divinité si enviée à l’idole plus puissante

que les totems de tous les clans

Lumière de ce dieu qui te fascina

alors que tu cherchais ta sœur qu’il a déjà

Tu désirais être à ce lumineux soleil

 

Elle ne se soucie plus des caresses passées des souffles du récif coralien

Elle n’offrira plus son visage aux vagues des marées

qui submergeaient une enfance salée d’illusions criardes et d’étoiles nacrées

Toutes les nuits ma sœur ne dort plus

Il est mort le temps du feu dans la case

du profond sommeil qui nous unit aux totems

Et depuis ma sœur ne connaît que des nuits blanches

 

                              Songes fous

                              lèvres sans mots

                              tu revois l’idole

                              le sommeil te fuit

                              Rêve

                              Intense instant

                              dans les songes fous

 

(Montpellier, 27 Février 1972)

 

Revue « Poésie 1, N° 116, Mars-Avril 1984 »

Le Cherche-Midi éditeur, 1984

De la même autrice :

Fille perdue (23/09/2017)

Et les prospectus (22/09/2018)

Nuits nues (22/09/2019)

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17 septembre 2020

Jean Lavoué (1955 -) : "Si tu veux écrire..."

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Si tu veux écrire

Pars !Quitte tes habitudes

Tes ferveurs routinières

Prends ton bâton de pèlerin

Trouve ta solitude

Adresse-toi au vent

A la pluie

Aux grands espaces

Au soleil

 

Rends ton pas plus léger

Franchis avec ta soif les sentiers de l’aube

Accorde toi au courant qui t’emporte, te traverse

Que ton sang soit vibrant

Que ton souffle soit vif

Avec ou sans crayon

Tu traceras des signes sur les carnets du cœur

Avec ou sans parole

Tu donneras du rythme au chant qui te précède.

 

Ce rien qui nous éclaire

L’enfance des arbres éditeur, 56700 Hennebont, 2017

Du même auteur : 

« S’avancer sans craindre l’obscur ... » (22/09/2017)

« Nous marcherons ... » (22/09/2018)

« Oh ! Pays de naissance... » (21/09/2019)

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15 septembre 2020

Nelly Sachs (1891 – 1970) : « C’est l’heure planétaire des fugitifs... « / « Das ist der Flüchtlinge Planetenstunde... »

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C’est l’heure planétaire des fugitifs.

C’est la fuite arracheuse des fugitifs

vers le haut mal, vers la mort !

 

C’est la chute astrale hors de l’arrestation magique

du seuil, du foyer, du pain.

 

C’est la pomme noire de la connaissance,

la peur ! Soleil d’amour éteint

qui fume ! C’est la fleur de la hâte,

aspergée de sueur ! Ce sont les chasseurs

issus de rien, rien que de fuite.

 

Ce sont des pourchassés, qui portent dans les tombes

leurs cachettes mortelles.

 

C’est le sable, effrayé

de guirlandes d’adieu.

C’est la percée de la terre vers l’espace libre,

son souffle court,

dans l’humidité de l’air.

 

Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre

In, « Anthologie bilingue de la poésie allemande »

Editions Gallimard (La Pléiade), 1995

De la même autrice:

« Ici où dans le sel… » (16/09/2015)

« Des langues de mer salées… » (16/09/2016)

« Rêve surcroît du dormeur… / « Traum der den Schlafenden… » (16/09/2017)

« Vous mes morts... » / « Ihr meine Toten... » (16/09/2018)

Papillon / Schmetterling (16/09/1209)

 

Das ist der Flüchtlinge Planetenstunde.

Das ist der Flüchtlinge reißende Flucht

In die Fallsucht, den Tod !

 

Das ist der Sternfall aus magister Verhaftung

Der Schwelle, der Herdes, des Brots.

 

Das it der schwarze Apfel der Erkenntnis,

die Angst ! Erloschene Liebessonne

die raucht ! Das ist die Blume der Eile,

schweißbetropft ! Das sind die Jäger

aus Nichts, nur aus Flucht.

 

Das sind Gejagte, die ihre tödlichen Verstecke

in die Gräber tragen.

 

Das ist der Sand, erschrocken

mit Girlanden des Abschieds.

Das ist der Erde Vorstoß ins Freie,

ihr stockender Atem

in der Demut der Luft.

 

Und niemand weiß weiter,

Ellerman verlag, Hambourg-Munich, 1957

 

Poème précédent en allemand :

Johann Wolfgang von Goethe : Navigation / Seefahrt (23/06/2020)

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Walther von Der Vogelweide (vers 1170 – vers 1230) : « Une attente pleine de joie... » / « Mich hât ein wünneclîcher wân... »

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16. II

 

Une attente pleine de joie

et le doux réconfort d’une amie

m’ont frappé du mal d’amour.

S’il doit se dissiper en moi dans la joie,

je ne serai délivré

que si sa personne si adorable

exauce mes désirs,

elle qui me rend indifférente toutes les autres femmes,

à ceci près qu’il me faut par égard pour elle leur rendre honneur.

Vraiment, je ne désire d’aucune d’elles autre salaire que leur salut.

 

« Il est un homme sans nulle fausseté et paré de hautes qualités

qui peut aisément en tout bien et tout honneur

exiger à jamais de moi ce qu’il veut.

Sa constance me procure de la joie,

car je me suis consacrée à lui de mon mieux.

Cela vient d’une vive inclination.

Grâce à lui, je dois le reconnaître,

j’ai connu un grand bonheur de femme.

Ce bonheur nous échoit à tous les deux en partage.

C’est grâce à ses hautes qualités qu’il a gagné la première place dans mon

     cœur. »

 

Une femme a rendu ma joie

durable et elle m’a pour de bonnes raisons

rempli de félicité tout le temps que je vivrai.

Je recherche ses bonnes grâces :

si j’obtiens un délicieux réconfort,

on peut bien le nommer le cadeau d’un ami.

J’ai connu le bonheur d’un homme

quand elle a reconnu en toute sincérité

que je devais être proche de son cœur.

Aussi  ne doit-on pas s’étonner, si le mien est maintenant délivré de tout souci.

 

Traduit du moyen-haut allemand par

Danielle Buschinger, Marie-Renée Diot et Wolfgang Spiewok

In, « Poésie d’amour du Moyen Age allemand »

Union Générale d’Editions (10/18), 1993

Du même auteur : « Quand les fleurs... » / « Sô die bluomen ... » (15/09/2019)

 

16. II

Mich hât ein wünneclîcher wân

und ouch ein lieber friundes trôst

in senelîchen kumber brâht :

sol der mit fröide an mir zergân,

so enwirde ichs anders niht erlôst,

ezn kome als ich mirz hân gedâht

umb ir vil minneclîchen lîp,

diu mir enfremedet alliu wip,

wan daz ichs dur si êren muoz,

jo enger ich anders lônes niht

von ir dekeiner, wan ir gruoz.

 

Mit valschelôser güete lebt

ein man der mir wol iemer mac

gebieten swaz er ête wil.

sîn staete mir mit fröide gebt,

wan ich ouch sîn vil schône pflac :

daz kumt von grôzer liebe vil.

mir ist an ime, des muoz ich jehen,

ein schoenez wîbes heil geschehen.

diu saelde wirt uns beiden schîn.

sin tugent hât ime die besten stat

erworben in dem herzen min.

 

Die mîne fröide hât ein wîp

gemachet staete und mich erlôst

von schulden al die wîle ich lebe.

genâde suoch ich an ir lîp :

enpfâhe ich wünneclîchen trôst,

der mac wol heizen friundes gebe.

ein mannes heil mir dâ geschach,

dâ si mit rehten triuwen jach,

ich müese ir herzen nâhe sîn.

sus darf es nieman wunder nemen,

ob âne sorge lebt daz mîn.

 

Des Minnesangs Frühling.I

Nouvelle édition revue par H.Moser et H. Tervooren.

37ème édition, Stuggart, 1982

Poème précédent en moyen haut – allemand :

Heinrich Von Morungen: « Il arrive qu’un homme... » / Von del elben wirt entsehen (11/04/2020)

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14 septembre 2020

Annie Salager (1965-) : « Courants d’amour par temps de paix »

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Courants d’amour                             Courants de paix par

par temps de paix                               temps de guerre

 

Parfois une épée traverse la                   Non, il ne voulait plus de lui-

nuit depuis les étoiles, son                     même. Son corps était

trait éblouit le fond du ciel,                   obscur, trop de nuit

les tours dressées dans le                       l’habitait. Il marchait dans le

vide, les jardins de cendre.                    froid et la chaleur, aveuglé

Miracle sur la terre.                               par le désert, en remâchant                           

Autour des mégapoles, les                    une salive de cendre. Toute

dépôts d’ordure accroissent                  violence venait de le

leur force magnétique, le blé                déserter. On appelait çà la

en herbe ondule aux collines                guerre du Golfe, allait-il

de détritus.                                            mourir, ce n’était plus une

La rose a beau répandre ses                 question.

pétales sur le sol, ses graines               Pressé par une généalogie

maturent dans les boîtes de                  humiliée, il avait mené trop

conserve.                                              de batailles avec son bâton

Miracle sur la terre.                              pèlerin ; quelques-unes

Un vent de choses par                          contre lui. Il les revoyait                     

chacun méconnues modifie                 maintenant, lentes, difficiles.  

les patries, déplace les                         Lui avaient-elles mis un peu

chemins, les prisonniers                       de jour au cœur, comme un

désertent leurs prisons, leurs                bol de lait de chamelle pour

voix se cassent puis chantent,              la soif ?

reflets tremblés dans la                        Le ciel vibrait d’étoiles au-

chaleur.                                                dessus de sa tête. Il chercha

Une épée traverse nuit.                        en grelottant une trace

La gazelle est au point d’eau,              d’aurore, tout était sombre.

invisible à l’œil du chasseur,               Il crut comprendre le Coran

dans les cultures qui vont                    pour la première fois. Et au

disparaître, dans les mots                   bout de jardins qui lui   

anciens, elle appelle l’avenir.             apparaissaient, des puits

                                                           l’appelaient. Il se désaltérait

                                                           à leur eau fraîche parcourue

                                                          de lumière

 

 

In, « Les plus beaux poèmes pour la Paix »

Le cherche midi éditeur, 2005

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13 septembre 2020

Rabah Belamri (1946 – 1995) : « de l’autre côté de la vitre... »

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de l’autre côté de la vitre...

 

 

de l’autre côté de la vitre

la pluie tisse une annonce

rire en tremblement de lumière

où se prend l’hirondelle

le vertige roule sous la peau

une révolte de houris

 

la cicatrice s’ouvre

le corps retient ses secrets

 

c’est la fracture qui chante

sous l’immobilité du jour

une rumeur de printemps perdue

sur la terre qui n’a pas bu

 

de nouveau pensée et douleur se condensent

une pointe de silex dans la pupille

 

In, « Il fait un temps de poèmes.

Textes rassemblés er présentés par Yvon Le Men

Filigranes Editions 22140 Trézélan, 1996

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11 septembre 2020

Charles Dobzynski (1929 – 2014) : Se délester

 

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Se délester

 

Trop empêtré d’un corps

en mal d’apesanteur

tu te délestes peu à peu     tu te délestes

de tes os qui trahirent leur maquette

de ta face effacée

de tes arrières-idées moulues jusqu’à

l’ultime farine de l’avant

de tes pensées processionnaires

de tes étés sans souvenir

qui te coincent dans leurs étau

tu te délestes de ton âge

de ta mâchoire

qui ne sert plus qu’à mordre la poussière

tu te délestes de tes peaux de serpent

de tes peaux de serment

de tes oreilles barbelées

qui écorchent les sons

tu te délestes de tous les livres jamais lus

qui pèsent si lourds sur ta mémoire

Tu te délestes de tes tabous     de tes tags mentaux

de tant d’histoires inachevées en quête

dans tes fantasmes d’un dénouement plausible

Tu te délestes de ta rançon de déracinement

de l’hypothèque jamais levée de ton ignorance

Tu te délestes de tes jours comme si tu défaisais

lentement du gant élimé de ta vie

qui garde ses empreintes

et sème ta semblance.

 

Corps à réinventer

Editions de La Différence, 2005

Du même auteur :

Mère (12/08/2014)

Hors-saison (12/09/2015)

Je dois réponse à tout (12/09/2016)

Mais si… (12/09/2017)

Aimer Mourir (12/09/2018)

Dialogue à Jérusalem (12/09/2019)

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Edmond Jabès (1912 – 1991) : Il m’a dit...

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Il m’a dit...

 

 Il m’a dit :

Ma race est la race jaune.

J’ai répondu :

Je suis de ta race.

 

Il m’a dit :

Ma race est la race noire.

J’ai répondu :

Je suis de ta race.

 

Il m’a dit :

Ma race est la race blanche.

J’ai répondu :

Je suis de ta race ;

 

car mon soleil fut l’étoile jaune

car je suis enveloppé de nuit ;

car mon âme, comme la pierre de la loi

est blanche.

 

 

Le livre de Yukel

Editions Gallimard, 1964

Du même auteur :

Je vous écrit d’un pays pesant (03/08/2017)

« Tu marches vers la mort... » (03/08/2018)

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10 septembre 2020

Stratis Pascalis / Στρατής Πασχάλης (1958 -) : Tressaillement

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 Tressaillement

 

A l’heure où la foule tourbillonne

je me suis retrouvé marchant

dans l’avenue entre saules et peupliers

entraîné

par le vent matinal.

 

Et soudain,

mes yeux s’enivrant

des jeux d’ombres mauves lancées

par les arbres au visage des passants,

là-haut le ciel était bleu sombre

et un soleil pur montrait les choses

exactement comme elles sont,

j’ai senti que j’ avais cessé d’être

un vague détail dans la cohue d’une ville

mais que je traversais un triomphe

autour de moi qui m’acclamait, remuait

tandis que je passais vainqueur entre peupliers et saules

pour aller conquérir l’amour.

 

Traduit du grec par Michel Volkovitch

In « Les poètes de la Méditerranée. Anthologie"

Editions Gallimard / Cultures France (Poésie), 2010

Du même auteur :

Préhistoire (10/07/2014)

« Hauts paysages de l’ascension… »  (10/09/2015)

Première pluie 10/09/2016)

Cartographie de la lumière (10/09/2017)

L’ogre / Ο δράκος (10/09/2018)

Le chèvrefeuille (10/09/2019)

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