Le bar à poèmes

09 août 2020

Joachim Du Bellay (1522 – 1560) : La complainte du désespéré

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La complainte du désespéré

 

Qui prêtera la parole

     A la douleur qui m’affole ?

     Qui donnera les accents

     A la plainte qui me guide :

     Et qui lâchera la bride

     A la fureur que je sens ?

 

 

 

Qui baillera double force

     A mon âme, qui s’efforce

     De soupirer mes douleurs ?

     Et qui fera sur ma face

     D’une larmoyante trace

     Couler deux ruisseaux de pleurs ?…

 

 

 

Et vous mes vers, dont la course

     A de sa première source

     Les sentiers abandonnés,

     Fuyez à bride avalée.

     Et la prochaine vallée

     De votre bruit étonnez.

 

 

Votre eau, qui fut claire et lente,

     Ores trouble et violente,
 

     Semblable à ma douleur soit,

     Et plus ne mêlez votre onde

     A l’or de l’arène blonde,

     Dont votre fond jaunissoit…

 

 

 

Chacune chose décline

     Au lieu de son origine :

     Et l’an, qui est coutumier

     De faire mourir et naître,

     Ce qui fut rien, avant qu’être,

     Réduit à son rien premier.

 

 

 

Mais la tristesse profonde,

     Qui d’un pied ferme se fonde

     Au plus secret de mon coeur,

     Seule immuable demeure,

     Et contre moi d’heure en heure

     Acquiert nouvelle vigueur…

 

 

 

Quelque part que je me tourne,

     Le long silence y séjourne

     Comme en ces temples dévots,

     Et comme si toutes choses

     Pêle-mêle étaient r’encloses

     Dedans leur premier Chaos…

 

 

Maudite donc la lumière

     Qui m’éclaira la première,

     Puisque le ciel rigoureux

     Assujettit ma naissance

     A l’indomptable puissance

     D’un astre si malheureux…

 

 

 

Heureuse la créature

     Qui a fait sa sépulture

     Dans le ventre maternel !

     Heureux celui dont la vie

     En sortant s’est vue ravie

     Par un sommeil éternel !…

 

 

 

Sus, mon âme, tourne arrière,

     Et borne ici la carrière

     De tes ingrates douleurs.

     Il est temps de faire épreuve,

     Si après la mort on treuve

     La fin de tant de malheurs.

 

 

Œuvres de l’Invention de l’auteur,

1552

Du même auteur :

« Heureux qui comme Ulysse… » (09/08/2014)

« Déjà la nuit en son parc… » (09/08/2015)

« Las où est maintenant ce mépris de Fortune ? » (09/08/2016)

« J'aime la liberté… » (09/08/2017)

D’un vanneur de blé aux vents (09/08/2018)

« Comme on passe en été... » (09/08/2019)

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08 août 2020

Roger Gilbert-Lecomte (1907 – 1943) : Les quatre éléments

3y09560_m[1]Portrait par Maurice Henry

Les quatre éléments

à Rolland de Renéville

 

Si je dis Feu mon corps est entouré de flammes

Je dis Eau l’Océan vient mourir à mes pieds

 

Vaisseau vide immergé dans un cristal solide

Creuse momie aux glaces prises et je dis Air

 

Terre et le naufragé prend racine et s’endort

Sous les feuilles au vent de l’arbre de son corps

 

De sa bouche le songe engendre un rameau d’or

De sa bouche terreuse expirant ses poumons

Retournés vers le ciel tonnante frondaison

 

Moisson rouge au soleil de minuit et de mort

 

Oeuvres complètes, T.2, Poésies

Editions Gallimard, 1977

Du même auteur :

Je n’ai pas peur du vent (08/08/2014)

Sacre et massacre de l’amour (08/08/20/15) 

Le vent d’après / le vent d’avant (08/08/2016)

Chassé – croisé du coma (08/08/2017)

Le fils de l’os parle (08/08/2018

Illusion (08/08/2019))

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07 août 2020

Avrom Sutzkever (1913 – 2010) / אַבֿרהם סוצקעווער : Prière à soi-même

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Prière à soi-même

 

A moi-même ainsi qu’à un étranger je colle mon oreille,

Et mes yeux débordants de visions chantantes,

Je me ramifie dans tes profondeurs comme les veines dans le marbre :

Par qui tous tes secrets furent-ils ensevelis ?

Pour qui la musique de tes secrets non révélés ?

Musique de mains et de lèvres. Sons-symboles dans les ténèbres.

Musique de pluie, d’arc-en-ciel. Plus loin, plus loin, plus loin...

 

Tu es ruche que le feu cerne et je ne puis m’en approcher.

Tu me nourris du bruit brisé de tes abeilles.

Parfois une abeille s’égare, elle vole vers le désert,

Cherche une brindille de chair et la beauté la rend aveugle,

Une autre voudrait embrasser la fleur venimeuse et mourir.

 

J’écoute et je vois, tous les sons-symboles me sont des aiguilles

Pour recoudre les plaies sur les muscles blancs du papier.

Mais tout cela que j’ai chanté jusqu’à présent me semble pauvre

Comparé aux trésors qu’en moi tu as éparpillés.

Et chaque son est un écho du mystère des profondeurs,

La ruche s’éloigne et se voile encore plus à chaque pas.

 

Le temps est fait de cire bleue. Elle va fondre goutte à goutte,

Ô silence déshabillé du temps ! Voici que les abeilles

Reviennent déjà de leur long voyage ensoleillé.

Une fois au moins laisse-moi rentrer en moi-même ainsi que le sang dans le

     sang.

J’attends le coup de dard de leur reine sauvage.

 

Traduit du yiddish par Charles Dobzynski,

in « Anthologie de la poésie yiddish, Le miroir d’un peuple »,

Éditions Gallimard, 2000.

Du même auteur :

Les juifs gelés (13/08/2014)

Paysage de fin de nuit (17/07/2016)

Dans la hutte de neige (16/08/2017)

Pelisse de feu (16/08/2018)

Les gazelles de Yamsuf (16/08/2019)

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06 août 2020

Robert Desnos (1900 -1945) : « Hors du manteau, la lumière... »

 

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Hors du manteau, la lumière

De ta chair, nymphe Calixto,

En pleine étoile se libère

Du clair du jour et nous éclaire

Tard ou, suivant la saison, tôt.

Mais qu’importe si l’on préfère,

Jailli du manteau de ta chair,

Ton cœur lui-même sombre et clair.

 

Que l’éclat sombre sur les rives

Où ta chair décline un couchant

Erotique au ciel où s’inscrivent

Nord, Sud, Est, Ouest et leurs dérives

Et les ourses qui dans ce champ

Vont brouter des herbes cursives,

Aurores, nuages, lueurs

Et boire aux rêves les sueurs.

 

C’est l’heure où les robes s’écroulent,

Où les cuisses, le ventre rond,

Un sourire sous la cagoule,

Les hanches, la croupe qui roule

Vigne promise au vigneron,

Au bain de la nuit qui s’écoule

S’abandonnent dans les baisers

Et s’irritent pour s’apaiser.

 

Avec des femmes que j’ignore,

Ô mes amis d’Outre-Océan,

Sous un plafond de météores

Vous déterrez la mandragore.

Je suis toujours du même clan,

Je guette au même sémaphore,

Nymphe prétexte, Calixto,

Le prochain signal de morte-eau.

 

Que ton chariot, avec ses roues,

Ne puisse franchir l’horizon,

Ou qu’Artémis, le vent en proue,

Te rencontre en ours garoue

Et t’ajoute à ses venaisons,

Que ton sang colore la boue

Avec celui, ô libation,

Du fruit de ta parturition.

 

Au ciel des couches solitaires

Enfantant des rêves de feu

Ou de glace ou sentant la terre.

Sur les étreintes adultères,

Sur l’équivoque et sur le jeu

Dessinant ton quadrilatère,

Tu es froide comme le Nord,

Nymphe en peine, vaisseau sans port.

 

Depuis longtemps tu fais la bête

Mais la belle est sous le manteau,

Ainsi dans le poisson l’arête,

Ainsi sous ta chair le squelette

Sur quoi se brise le couteau,

Ainsi la pensée en tête,

Le souvenir, le voeu, l’espoir,

La lumière pour mieux voir.

 

Et de même sous le langage

Se dissimulent maints secrets.

La toute belle en ses bagages

Cache l’étoile aux bons présages

Et le prisonnier aux aguets,

Rêve de belle et de voyages

Comme aux jours de la nef Argo

Dont les marins parlaient argot.

 

Calixto

Editions Gallimard, 1962

Du même auteur :

J’ai tant rêvé de toi (06/08/2014)

Les espaces du sommeil (06/08/2015)  

Ô douleurs de l’amour ! (06/08//2016)

Infinitif (06/08/2017)

Baignade (06/08/2018)

De la rose de marbre à la rose de fer (06/08/2019)

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05 août 2020

Luis Mizón (1942 -) : Fantôme / Fantasmas

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Fantômes

 

1

Nous avons mangé des anguilles frites

des cervelles d’agneau

du riz

des testicules de taureau

des gâteaux au gingembre et bu du vin.

 

Que l’on amène à table les fous incurables

qui caressent un cheval fantôme.

Ceux qui marchent la nuit

parmi les cris et les tambours

dans les couloirs des hôpitaux

et les villes inconnues.

Ceux qui dorment sur un dessin de fleurs

en tremblant comme bêtes pures

dans leur labyrinthe de sable.

Ceux qui regardent le feu de loin

sans oser s’approcher.

Que sortent de leurs tranchées de béton

les soldats en haillons

comédiens du  brouillard.

La femme que nous n’avons jamais connue

nous conduira sous l’arbre en nous tenant la main

elle nous montrera son sexe

en souriant

sous l’arbre.

 

2

Une vierge métisse

au sexe serré comme un poing d’enfant

me guide entre les affiches du vent du Sud

les briques les papiers déchirés.

Les artistes de cinéma me sourient

dans la brume aigrelette de la mer

et le joueur d’échecs

celui qui a perdu toutes ses dents au jeu

laisse le rire dégrafé

s’envoler de ses gencives.

 

Je me rappelle cet endroit où je ne suis jamais allé.

 

3

Les ancêtres s’assoient

pour décider de la dispute des choses invisibles

écoutant à la fois

la voix du puits et celle de la cascade

et le fleuve qui charrie en morceaux

l’histoire de ta vie

tu pourras t’approcher de la table de lave

quand il n’y aura personne

à l’exception de l’échiquier

personne à l’exception de la respiration

du puits et de la cascade

sous l’ombre de l’incendie vert

personne à l’exception du fleuve

qui raconte en morceaux

l’histoire de ta vie.

 

4

Portraits de famille :

luxe triste de la dentelle

calligraphie des morts

toucher et odeur de soies invisibles

le violon de ma mère

l’épée de mon père

le crâne de mon grand-père :

buste de plâtre illuminé :

coffre-fort.

Une explosion de lumière sur les carreaux

des taches de lumière sur le ciment

et le désert qui apparaît dans les rêves

des voix errantes et un chemin.

Ombre rouille et cendre.

 

5

Le feu attire les fantômes

l’étoile verte pourrit en mer

les sirènes viendront à travers ces rues :

celle qui a taché la lune avec ses lèvres rouges

celle qui est tombée dans les escaliers

avec le premier adolescent ivre

et la sirène fatiguée

qui meurt et ressuscite

dans les bras du vent

 

6

Autour du phare ou de la bougie

tournent des voix amoureuses :

squelettes cristallins

visages timides

habitant l’ombre

phosphorescents et murmurants

se dénudant disparaissant

 

7

Eloigne-toi de la terre aride du Sud

quand le démon s’éloignera

concentré dans son propre cœur

quand le vent ivre

bouche ouverte dormira

en ronflant parmi ses mouches !

Eloigne-toi des femmes du sud

qui avec des craies de couleur maquillent leur visage

et se laissent habiter par des fantômes !

Eloigne-toi des puits taris

et des cheminées éteintes

pleines de voix d’enfants !

Eloigne-toi de la haine

soleil de ronces

qui brûle dans les ruines !

 

8

Que dire à l’enfant abandonné

entre des chaînes rouillées ?

A l’ami qui marche

sous le ciel en ruine

dans une toile d’araignée fil de clarté ?

Que dire quand la ville

semble détruite

par une bataille de fleurs pourries ?

 

9

Ne demande à personne

de te rendre tes mots

ni ta voix.

Tes mots ne partent pas

ils ne meurent pas dans le vent noir.

Une mémoire les recueille

gardant l’horizon

dans sa tour de poussière

 

10

Souviens-toi du peintre d’assiettes

qui dessinait un bateau

entouré de dauphins

et dont le mât tordu

était une treille

chargée de raisin. ;

 

11

Il léchait le sel des choses naufragées

les tatouages de la mer

l’écorce de métal des corps endormis

l’écriture de poussière

que laissent les saints

entourés d’oiseaux et d’enfants.

Il léchait la main et l’écriture

de l’ouragan de pierre

la boue qui couvre les miroirs

où pleurent les fantômes en leur ivresse.

 

12

Il aimait dormir sous les arbres

qui déchirent le ciel avec leurs mots

ou bien chez le vigneron

sur la chaleur des jarres enterrées

que les tremblements de terre ont brisées

pour que le fleuve puisse boire.

 

13

Entre pressoirs et futaille

en offrant des sardines et des coings

le vigneron parle

de la grotte où vit à jamais

la pierre de l’amour inhabitable

la pierre à jamais implacable

la pierre incalculable

à jamais entourée

d’anneaux silencieux de fumée.

 

14

Il était séduit par les miroirs qui reflètent

de faux paysages

par les portes du vent que l’écho traverse

les prisons et les mines de charbon

les meubles pleins de papillons

la perspective implacable du cadran solaire.

 

15

Miroir fugitif de l’eau

mots qui se désagrègent

le philosophe en son ivresse

discute avec la lumière minérale des feuilles vertes

avec la colombe incandescente

et l’arbre de cendres.

Qui à voix basse se confesse dans la maison de bois ?

L’arbre a sombré dans la mer

laissant flotter ses voix.

Qui parle de fenêtres et de chemins

éveillant la fête endormie

dans les jardins pleins de poussière ?

Qui lit à voix basse

un vieux livre de cérémonies

dans la ville assiégée

par des infidèles armés ?

 

16

Le philosophe ivre se baigne

dans une eau plus noirâtre que le rêve

il entend la respiration du cheval

et la respiration de l’étoile

une fine poussière entre les doigts

les pas absents dans la maison de bois.

 

La voix presque inaudible des courtisans du vent

raconte

les secrets innocents de morts.

 

17

Des voix qui brisent l’eau.

Il y a un instant

la lune était à la fenêtre.

Le mendiant aux mains coupées

attache des pinceaux à ses moignons

et peint des scènes arides

des rochers blancs et bleus.

L’étoile brûle dans l’alcool.

Chez la vierge métisse

la radio s’égosille.

Et les vieillards chauffent leurs mains

à l’éclat des nouveau-nés.

 

18

Fantôme du marchand de poisson

avec ses cheveux pleins d’écailles

avec sa balance de bronze.

Fantôme du marchand de glaces

avec sa corne appelant dans le lointain.

Fantôme des marchands de tortues orphelines

de billets de loterie d’aiguilles et d’épingles.

Fantôme des négociants en bouteilles vides.

Fantômes tutélaires

d’association sportives

et de pompiers à la retraite.

Fantôme des ouvriers du port

renversés par les trains

perdus dans la nuit carnivores du Sud

perdus dans la poussière des autos qui passent.

 

19

Où trouver la rage des couleurs brisées ?

Dans ce square de pierre

sous l’arbre jaune ?

Dans un miroir salé ?

Parmi des devinettes des épitaphes populaires ?

Dans le regard de l’asthme et de l’épilepsie ?

En approchant de mon oreille des coquillages ou des volcans ?

 

20

Nous descendrons dans la fosse

des vieux théâtres

pour marcher parmi les tombeaux des musiciens :

on les enterre avec leurs violons

comme les comédiens avec leurs voix

comme les marins avec leurs bateaux.

 

21

Traces effacées de sueur et de sang

sentiers humides de la mémoire.

Où sont-ils les mots qui brisent la peur

dans les labyrinthes vides

la voix de la conque marine

le miroir brisé des heures

et les feuilles mortes qui imitent la pluie ?

 

22

Labyrinthes de brouillard

chambres défaites et cuisines

villes prononcées par le vent

pas absents

l’avocat et le scribe pleurent

racontant l’histoire de leurs vies

le soleil éclate dans le ventre d’un cheval

les gladiateurs retraités sont partis

ce matin

vers leurs terres nouvelles

dans les limites incertaines du poème.

 

23

Ne doute pas des monstres du Sud

du spectre qui demande des cigarettes ou du chocolat

écoute rire la sirène

qui se confond avec la lune

sur la côte irréelle des orages.

Ne doute pas des monstres du Sud

si devant la fenêtre passent

le visage fugitif de la prostituée lépreuse

et son crâne hérissé de cheveux gris.

Ni si le taureau solitaire

traverse la frontière de son labyrinthe

de sable.

Ne doute pas des monstres du Sud

en écoutant le rire du profanateur de tombes

et les marchands d’objets sacrés

entourés de mouettes amnésiques.

Le garçon de salle aux gestes de prêtre

sans te regarder dans les yeux

en passant un chiffon sur la table

te dira qu’il n’y a rien là-bas

rien que le rire aphone

d’une grande sécheresse.

 

24

Archiviste de la pierre

gardien des limites

scribe de la transparence

juge des petits délits

chef du protocole et maître de cérémonies

complice vulnérable :

lucide pendant le jour

ivre la nuit

 

25

Dans sa province perdue

le jardinier dispose écho et vagues

pierres et écumes

ailes d’abeilles mortes

parfums obscurs et sauvages.

Les héros oubliés

se transforment en enfants ou en cascades

l’avocat rit en pyjama

celui de son heureuse décadence

il fait apporter au poète

une bouteille de vin frais

des pêches et des fraises des bois

dans sa bibliothèque de mousse

son grenier à la belle étoile

où il dort

et soigne ses douleurs.

 

26

 Des cérémonies du marché

il ne reste que des papiers

et à défaut de nourriture

les chiens lèchent les blessures infectées de la lune.

Il y a des balayeurs fantômes

dans les escaliers et les cours des usines.

Les bossus font l’amour

avec des statues aveugles.

La brume de la mer illumine

les bancs où dorment les sirènes.

Je me souviens de l’éclat du soleil

des feuilles de l’arbre de cuivre.

Nous marchons en tâtonnant

parmi les échos de la pierre amoureuse.

 

 

Traduit de l’espagnol par Claude Couffon

In, « Luis Mizón. Poèmes du Sud et autres poèmes

Poema del Sur. Edition bilingue »

Editions Gallimard (Du monde entier), 1982

Du même auteur :

 Prisons / Prisiones (05/08/2014)

L’arbre / El árbol (05/08/2015)

Terre prochaine / Tierra próxima (05/08/2016)

Vent du Sud / Viento Sur (05/08/2017)

Retour / Retorno (05/08/2018)

Arbre /Árbol (05/08/2019)

 

1

Hemos comido anguilas fritas

sesos de cordero

y arroz

testículos de toro

dulce de gengibre

y vino.

 

Que traigan a la mesa los locos incurables

que acarician un caballo fantasma.

Los que se pasean de noche

entre gritos y tambores

por pasillos de hospitales

y ciudades desconocidas.

Los que duermen sobre un dibujo de flores

temblando como una bestia pura

en su laberinto de arena.

Los que ven el fuego desde lejos

y no se atreven  a acercarse.

Que salgan de sus trincheras de cemento

los soldados harapientos

actores de la niebla.

La mujer que nunca conocimos

nos llevará de la mano

bajo el árbol

y nos mostrará su sexo

sonriendo

bajo el árbol.

 

2

Una virgen mestiza

con el sexo apretado como el puño de un niño

me guía entre los afiches del viento Sur

ladrillos y papeles desgarrados.

Los actores de cine me sonríen

en la bruma ácida del mar

y el ajedrecista

que perdió todos sus dientes en el juego

deja la risa desatada

volar de sus encías.

 

Recuerdo ese lugar donde nunca estuve.

 

3

Los antepasados se sientan

a decidir disputas de cosas invisibles

escuchando al mismo tiempo

la voz del pozo y la cascada

y el río que arrastra hecha pedazos

la historia de tu vida

puedes acercarte a la mesa de lava

cuando no haya nadie

salvo el tablero de ajedrez

nadie salvo la respiración

del pozo y la cascada

bajo la sombra del incendio verde

nadie salvo el río

que cuenta hecha pedazos

la historia de tu vida

 

4

Retratos de familia :

lujo triste del encaje

caligrafía de los muertos

tacto y olor de sedas invisibles

el violín de mi madre

el cráneo de mi abuelo :

busto de yeso iluminado :

caja fuerte.

Explosión de luz en los cristales

mancha de luz en el cemento

y el desertio que aparece en los sueños

voces errantes y un camino.

Sombra óxido y ceniza

 

5

El fuego atrae los fantasmas

la estrella verde se pudre en el mar

las sirenas vendrán por esas calles :

la que pintó la luna con sus labios rojos

la que rodó por las escalas

con el primer borracho adolescente

la sirena fatigada

que muere y resucita

en los brazos del aire

 

6

Alrededor del faro o de la vela

giran voces enamoradas :

esqueletos cristalinos

tímidos rostros

que viven en la sombra

fosforeciendo y susurrando

desnudándose y desapareciendo

 

7

¡Aléjate de la tierra árida del Sur

cuando el demonio se aleje

concentrado en su corazón

cuando el viento borracho

duerma con la boca abierta

roncando entre sus moscas!

¡Aléjate de las mujeres del Sur

que se pintan la cara con tiza de color

y se dejan habitar por espectros!

¡Aléjate de los pozos secos

y las chimeneas apagadas

llenas de voces infantiles!

¡Aléjate del odio

Sol de zarzamora

que arde en las ruinas!

 

8


¿ Qué decir al niño abandonado

entre cadenas oxidadas?

¿ Al amigo que camina

bajo el cielo demolido

en una telaraña de luz?

¿ Qué decir cuando la ciudad

parece destrozada

por una batalla de flores podridas?

 

9

No pidas a nadie

que te devuelva tus palabras

ni tu voz.

Tus palabras no se van

ni mueren en el viento negro.

Una memoria las recoge

cuidando el horizonte

en su torre de polvo.

 

10

Acuérdate del pintor de platos

que dibujaba un barco

rodeado de delfines

cuyo mástil torcido

era una parra

cargada de racimos.

 

11

Lamía la sal de las cosas naufragas

las tatuajes del mar

la corteza de metal de los cuerpos dormidos

las escrituras de polvo que dejan los santos

rodeados de pájaros y niños.

Lamía la mano y la escritura

del huracán de piedra

el barro que cubre los espejos

donde lloran los fantasmas

en sus borracheras.

 

12

Le gustaba dormir bajo los árboles

que trizan el cielo con palabras

o bien en casa del viñatero

sobre el calor de los jarrones enterrados

que los terremotos rompieron

para que bebiera el río

13

Entre prensas y toneles
ofreciendo sardinas y membrillos
el viñatero habla
de la gruta donde vive para siempre
la piedra del amor inhabitable
la piedra implacable para siempre
la piedra incalculable
para siempre rodeada
de silenciosos anillos de humo.
 

14

Lo seducían los espejos

que reflejan falsos paisajes

las puertas de aire que el eco atraviesa

las prisiones y las minas de carbón

los muebles llenos de mariposas

la perspectiva implacable del reloj de sol.

 

15

Espejo fugaz del agua

palabra que se disgrega

el filósofo borracho

discute con la luz mineral de las hojas verdes

con la paloma incandescente

y el árbol de ceniza.

¿Quién se confiesa en voz baja en la casa de madera?

El árbol se hundió en el mar

dejando flotar sus voces.

¿Quién habla de ventanas y caminos

despertando la fiesta dormida

en los jardines polvorientos?

¿Quién lee en voz baja

un viejo libro de ceremonias

en la ciudad sitiada

por infieles armados?

 

16

El filósofo borracho se baña

en un agua más negra que el sueño

escucha la respiración del caballo

y la respiración de la estrella

un polvo muy fino entre sus dedos

los pasos de nadie en la casa de madera.

 

La voz casi inaudible de los cortesanos del viento

cuenta

los inocentes secretos de los muertos.

 

17

Voces que trizan el agua.

Hace un instante

la luna estaba en la ventana.

El mendigo de las manos cortadas

amarra pinceles a sus muñones

y pinta áridas escenas

roqueríos blancos y azules.

La estrella arde en el alcohol.

En casa de la virgen mestiza

la radio suena a todo volumen.

Los viejos se calientan las manos

con el resplandor de los recién nacidos.

 

18

Fantasma del vendedor de pescado

con el pelo lleno de escamas

y su balanza de bronce.

Fantasma del vendedor de helados

y su cuerno llamando en la distancia.

Fantasmas de vendedores de tortugas huérfanas

boletos de lotería agujas y alfileres.

Fantasmas de negociantes en botella usadas.

Fantasmas tutelares

de asociaciones deportivas

y bomberos jubilados.

Fantasmas de obreros portuarios

atropellados por los trenes

perdidos en la noche carnívora del Sur

perdidos en el polvo de los automóviles que pasan.

 

19

¿Dónde encontrar la rabia de los colores rotos?

¿En esa plaza de piedra

bajo el árbol amarillo ?

¿Dentro de un espejo salado?

¿Entre adivinanzas y epitafios populares?

¿En la mirada del asma y la epilepsia?

¿ Acercándome al oído caracoles o volcanes ?

 

20

Descenderemos a la bodega

de los viejos teatros

a caminar entre las tumbas de los músicos :

los entierran con sus violines

como a los actores con su voz

y a los marinos con su barco.

 

21

Huellas borradas de sudor y sangre

senderos húmedos de la memoria.

¿Dónde están las palabras que trizan el miedo

en los laberintos vacíos

la voz de la concha marina

el espejo roto de las horas

y las ojas secas imitando la lluvia?

 

22

Laberintos de niebla

dormitorios deshechos y cocinas

ciudades pronunciadas por el viento

pasos de nadie

el abogado y el escriba lloran

contando la historia de sus vidas

el sol estalla en el vientre de un caballo

los gladiadores jubilados partieron

esta mañana

a sus tierras nuevas

en los limites inciertos del poema.

 

23

No dudes de los monstruos del Sur

del espectro que pide cigarrillos o chocolate

escucha la risa de la sirena

confundida con la luna

en la costa irreal de las tormentas.

No dudes de los monstruos del Sur

si pasa por tu ventana el rostro fugaz

de la prostitua leprosa

y su cráneo erizado de canas.

Si el toro solitario

traspasa la frontera de su laberinto

de arena?

No dudes de los monstruos del Sur

cuando escuches la risa del profanador de tumbas

y los comerciantes de objetos sagrados

rodeados de gaviotas amnésicas.

El mozo de restaurante

de ademanes sacerdotales

sin mirarte los ojos

y pasando un paño por la mesa

te dirá que no hay nada allí

sino la risa afónica

de una gran sequía

 

24

Archivero de la piedra

cuidador de los límites

escriba de la transparencia

juez de trasgresiones mínimas

maestro de protocolo y ceremonia

cómplice vulnerable :

lúcido de día

borracho de noche.

 

25

En su provincia perdida

el jardinero ordena ecos y olas

piedras y espumas

alas de abejas muertas

perfumes oscuros y salvajes.

Los héroes olvidados

se transforman en niños o cascadas

el abogado ríe en el pijama

de su feliz decadencia

y ordena que lleven ai poeta

una botella de vino fresco

duraznos y frutillas

a su biblioteca de musgo

al desván al aire libre

donde duerme

y se cura de sus males.

 

26

De las ceremonias del mercado

sólo quedan papeles

a falta de comida

los perros lamen las heridas infectadas de la luna.

Hay barrenderos fantasmas

en las escalas y patios de las fábricas.

Los jorobados hacen el amor

con estatuas ciegas.

Las niebla del mar ilumina

los bancos donde duermen las sirenas.

Recuerdo el resplandor del sol

las hojas del árbol de cobre.

Caminanos a tientas

entre los ecos de la piedra enamorada.

Poème précédent en espagnol :

 Olvido Garcia Valdés: « Sur le point de se briser... » / « A punto de quebrarse... » (29/07/2020)

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04 août 2020

Victor Hugo (1802 – 1885) : Une nuit qu’on entendait la mer sans la voir

Victor_Hugo_portrait-visage-barbe_1523186992[1]

 

Une nuit qu'on entendait la mer sans la voir

 

Quels sont ces bruits sourds ?

Ecoutez vers l'onde

Cette voix profonde

Qui pleure toujours

Et qui toujours gronde,

Quoiqu'un son plus clair

Parfois l'interrompe... -

Le vent de la mer

Souffle dans sa trompe.

 

Comme il pleut ce soir !

N'est-ce pas, mon hôte ?

Là-bas, à la côte,

Le ciel est bien noir,

La mer est bien haute !

On dirait l'hiver ;

Parfois on s'y trompe... -

Le vent de la mer

Souffle dans sa trompe.

 

Oh ! marins perdus !

Au loin, dans cette ombre

Sur la nef qui sombre,

Que de bras tendus

Vers la terre sombre !

Pas d'ancre de fer

Que le flot ne rompe. -

Le vent de la mer

Souffle dans sa trompe.

 

Nochers imprudents !

Le vent dans la voile

Déchire la toile

Comme avec les dents !

Là-haut pas d'étoile !

L'un lutte avec l'air,

L'autre est à la pompe. -

Le vent de la mer

Souffle dans sa trompe.

 

C'est toi, c'est ton feu

Que le nocher rêve,

Quand le flot s'élève,

Chandelier que Dieu

Pose sur la grève,

Phare au rouge éclair

Que la brume estompe ! -

Le vent de la mer

Souffle dans sa trompe.

17 Juillet 1836

 

 

Les Voix intérieures

Eugène Renduel éditeur, 1837

Du même auteur :

A quoi songeaient les deux cavaliers (04/08/2014)

Soleils couchants (04/08/2015)

« Demain, dès l'aube… » (04/08/2016)

Stella (04/08/2017)

Horror-IV (04/08/2018)

Le matin (04/08/2019)

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03 août 2020

Georges-Emmanuel Clancier (1914 – 2018) : Arbre mon univers

domicile-parisien-vivait-entoure-livres_0_729_487[1]

 Arbre mon univers

 

Arbre je crois en toi je crie à ton feuillage

Je suis perdu loin du navire de tes ombres.

Que ta sève aux rameaux de mes veines remonte

Fleuve fidèle, épais, de neige et de nuage.

Arbre, mon univers déchiqueté d'oiseaux,

Tu n'es plus qu'une main dressée en mon désert

Là-bas, sur l'horizon interne de l'hiver,

Pauvre main qui surgit ramenée à ses os.

Arbre vivant et vrai qu'enlacent les collines,

Arbre peuplé de chants, de durée et d'étoiles,

Image de ma chair, beau visage natal

Que la nuit tour à tour révèle puis incline,

Arbre, en moi va mourir ton ultime racine,

J'appelle d'une voix de branches dans le vent

Ta forêt qui s'enfuit et s'arrache à mon sang.

 

Vrai visage

Editions Seghers, 1953

Du même auteur :

A mi–voix (16/11/2015)

Vocabulaire (16/11/2016)

« Je ne suis que cet enfant... » (15/08/2018)

Le témoin (15/08/2019)

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02 août 2020

Edouard Joseph Marc Maunick (1931-) : « ouvre avec moi ce livre... »

edou24mai[1]

 

ouvre avec moi ce livre

pesant poids de mémoire

compromis entre éden

et souventes blessures

               *

maints lendemains de fêtes

changés en cicatrices

aux lèvres de ma soif

de vivre en moi vivant

               *

je pars pour des pays

plus lointains que les rêves

j’habite des paysages

où les arbres sont des dieux

               *

si savoir que mourir

c’est mourir aux grands arbres

je me replante rebelle

plus racine que la pierre

               *

le mystère reste entier

je n’écris ni ne parle

qu’à l’écoute d’une voix

venue de ne sais où

               *

le temps défiguré

préfigure le néant

où plus rien n’est à nous

hors nos lambeaux d’écorce

               *

un autre enfant viendra

caresser je ne sais

quel autre rêve de partit

vers des îles parolières

 

50 Quatrains pour narguer la mort

Editions Bartholdi, Île Maurice,2005

Du même auteur :

« Qui veut tout écrire sur la lumière… » (02/12/2015)

« J’écris ces pages en vrac… » (27/02/20/17)

Parole 45 (02/08/2018)

Parole 1 (02/08/2019)

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01 août 2020

Olvido Garcia Valdés (1950 -) : « Sur le point de se briser... » / « A punto de quebrarse... »

olvido-garcia[1]

 

Sur le point de se briser

comme les courbes qui composent

l’attitude des vierges

dans certaines annonciations italiennes

ainsi,

miroitant et fragile

était le vol pour finir.

Icare dans l’eau. 

Un court moment, le pied chaussé d’une douce

sandale bleue.

Comme un oiseau mort

dans les mains d’un enfant.

Pendant ce temps, le paysan laboure,

le pêcheur s’incline,

et le berger regarde le ciel.

Deux aigles planent. Des bateaux suivent la route

du cristal.

Pénétrante et profonde

est la distance entre le rêve et la vie.

Mais ils sont irréels, comme Icare,

les marins qui manoeuvrent les voiles.

 

Traduit de l’espagnol par Roberto San Geroteo

In Revue, « Le Nouvel Ecriterres, N° 5, Printemps 1991 »

29720 Plonéour-Lanvern

 

 

A punto de quebrarse

como las cuervas que componen

la actitud de las vírgenes

en algunas anunciaciones italianas,

así,

espejeante y frágil,

era el vuelo al final.

Icaro en al agua.

Por un momento, el pie con una dulce

sandalia azul.

Como un pájaro muerto

en manos de une niña.

Mientras tanto, el labrador ara,

el pescador se inclina

y el pastor mira el cielo.

Dos águilas planean. Barcos siguen la ruta

del cristal.

Penetrante y profunda

es la distancia entre el sueño y la vida.

Pero son irreales, como Icaro,

los marineros que maniobran las velas.

 

Poème précdent en espagnol :

Óscar Arturo Hahn : Le corps interroge l’âme / El cuerpo le pregunta al alma (29/05/2020)

Poème suivant en espagnol :

Luis Mizón  : Fantôme / Fantasmas (05/08/2020)

 

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30 juillet 2020

Yousouf Al-Khal / يوسف الخال‎ (1917 - 1990) : Les compagnons

yusuf-al-khal-1-2017-01-10-01-03-49[1]Portrait de Yousouf Al-Khal par  Maha Bayrakdar  Al-Khal

 

Les compagnons

 

Je me rappelle qu’ils étaient

     un fagot de rebelles.

Chacun d’entre eux

avait creusé son sillon

     en parcourant les mers,

et sur le sentier des révolutions, à leur suite,

     l’eau avait jailli

des durs rochers amoncelés.

Mai soudain

sur eux se sont acharnés les vents

     et ils sont tombés,

dispersés, envolés, certains ayant cherché refuge

à l’ombre ancienne des palmiers.

Hélas, les voici tous à présent

     comme branches brisées !

 

J’aurais tant aimé les voir au terme

     de leur tâche,

l’édifice enfin achevé, alors que le voilà toujours

     en chantier,

sans muraille pour le protéger,

sans toit pour conduire à la terre

     les flots de la pluie.

Dehors : tonnerre, éclairs, averses...

Mais ils ont la consolation de celui qui, perdu

dans le labyrinthe du temps, laisse au moins sa trace :

     l’empreinte d’un pas

     où deux pieds bientôt trouveront place...

     le souvenir d’un geste raconté

     qui fait signe

à ceux qui viendront. Car le chemin

     est toujours commencement ;

     car le soleil est là

     et les monts et la mer...

Allons, pas de danger

à craindre des voleurs : sur la route

le Samaritain toujours passe, et toujours

sa main pansera nos blessures...

 

Traduit de l’arabe par René Rizqallah Khawam

in, « La poésie arabe »,

Editions Phébus (Libretto), 1995

Du même auteur : Le voyage (31/07/2019)

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