Blas-de-Otero[1]

 

Fidélité

 

Je crois en l’homme. J’ai vu des épaules

en lambeaux par mille coups de fouet,

j’ai vu des âmes aveuglées qui bondissaient

(Espagne chevauché par la douleur

et par la faim) et j’ai cru.

 

Je crois en la paix. J’ai vu

de hautes étoiles, des horizons luisants

porteurs d’aube, embraser les profondes rivières,

la puissante force humaine

aller vers une autre clarté : j’ai vu, j’ai cru.

 

Je crois en toi, ma patrie. Je dis

ce que j’ai vu : des éclairs de rage,

l’amour en berne, et un couteau de colère,

coupant des morceaux de pain : mais à présent,

il n’y a que des ténèbres. Qu’importe : j’ai vu,

et j’ai cru.

 

 

Traduit de l’espagnol par Jacinto-Luis Guereña

In, « Anthologie bilingue de la poésie espagnole contemporaine »,

Editions Gérard et Cie (Marabout Université), Verviers (Belgique),1969

Du même auteur : Automne / Otoño (07/11/2020) 

 

 

Fidelidad

 

Creo en el hombre. He visto

espaldas astilladas a trallazos,

almas cegadas avanzando a brincos

(españas a caballo

del dolor y del hambre). Y he creído.

 

Creo en la paz. He visto

altas estrellas, llameantes ámbitos

amanecientes, incendiando ríos

hondos, caudal humano

hacia otra luz : he visto y he creído.

 

 Creo en ti, patria. Digo

lo que he visto : relámpagos

de rabia, amor en frío, y un cuchillo

chillando, haciéndose pedazos

de pan : aunque hoy ha sólo sombra, he visto

y he creído.

 

Pido la paz y la palabra

Ediciones Cantalapiedra, Torrelavega, 1955

 

Poème précédent en espagnol :

Pablo Neruda: Sévérité / Severidad (02/11/2021)

Poème suivant en espagnol :

 Miguel D’ors : Ville en moi (Saint-Jacques / Ciudad en mi (Santiago) (21/11/2021)