01 août 2020

Olvido Garcia Valdés (1950 -) : « Sur le point de se briser... » / « A punto de quebrarse... »

  Sur le point de se briser comme les courbes qui composent l’attitude des vierges dans certaines annonciations italiennes ainsi, miroitant et fragile était le vol pour finir. Icare dans l’eau.  Un court moment, le pied chaussé d’une douce sandale bleue. Comme un oiseau mort dans les mains d’un enfant. Pendant ce temps, le paysan laboure, le pêcheur s’incline, et le berger regarde le ciel. Deux aigles planent. Des bateaux suivent la route du cristal. Pénétrante et profonde est la distance entre le rêve... [Lire la suite]
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10 juillet 2020

José Manuel Caballero Bonald (1926 -) : Cinématographe

  Cinématographe   Une menace de pluie, par exemple, la toiture tutélaire de l’automne domestique, la buée du salpêtre qui se dépose sur les lentes balustres de la nuit, la torride humidité des cruches, tout ce qui en principe survit sous le contrôle de la persistance des images sans nom, me confine dans un enclos de doutes proches de la stupeur, et j’ai du mal à me représenter depuis combien de temps j’aime une histoire que je n’ai jamais vécue.   Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet In,... [Lire la suite]
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28 mai 2020

María Victoria Atencia (1931-) : Saint Jean

Saint Jean   Juin, jacaranda bleu qui déjà me laisse, mène-moi par la main au feu du solstice, je veux frôler les bougies tandis que le trèfle s’étend et qu’une mer me persuade que la beauté réconforte. D’incertaines marguerites battent la campagne et le fruit du figuier explose en lait et en miel.   La vie m’explore, aujourd’hui, hier et demain, avec une rapidité sans trêve, une notation sans fin. Le temps, toujours le temps : le temps, le temps, le temps : je sauterai tant que durera la corde des... [Lire la suite]
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18 mai 2020

Angel González (1925 – 2008) : Qu’y pouvons-nous ?

  Qu’y pouvons-nous ?   Et maintenant l’âme vide une fois encore, je contemple le lent partage des jours qui me poussent vers je ne sais quel destin sombre, pressenti sans curiosité aucune. C’est ennuyeux de savoir et de ne pas savoir, de se tromper et d’avoir raison. Et d’être sûr de soi est aussi insupportable dans bien des cas que douter, céder, se décomposer.   Rassuré, sain et sauf, maintenant que la douleur est passée, j’observe l’inquiétude comme s’il s’agissait d’une trace fondue sur mon... [Lire la suite]
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10 mai 2020

Francisco Brines (1932 -) : « Le balcon donne sur le jardin... » / « El balcón da al jardín... »

  Le balcon donne sur le jardin. Les murs bas et harmonieux. Le grand portail fermé. Un homme entre sans lumière, il écrase les buissons de jasmins, ses pieds gémissent, il ne regarde rien. Septembre recouvre la terre, de lents nards montent et les pigeons élèvent de leurs ailes l’air, le soleil, et la mer repose tout près. Le vent ne brûle plus. Dans ses pas, l’eau arrose lentement l’alentour, les seringas s’offrent en chœur. Les insectes grimpent pour vivre sur les feuilles. Une barbe repose sur sa poitrine, il... [Lire la suite]
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02 mars 2020

Antonio Colinas (1946 -) : Lumières de printemps / Luces de primavera

  Lumières de printemps   Parfois le ciel plombé s’entrouvre et un rayon de soleil descend sur cette terre humide et vaporeuse. Un rayon de soleil descend sur le gracieux amandier, une flèche d’or descend sur les eaux mortes, une très pure lumière descend sur le gazon obscur. Parfois le ciel s’entrouvre et la pluie cesse de résonner sur les peupliers, les vieux toits. Un air frais passe dans les rues vides. Un oiseau craintif se lance à chanter. Les rideaux cendrés du ciel se déchirent et un rayon pur traverse... [Lire la suite]
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03 février 2020

José Gutiérrez (1955 -) : La solitude de la mer est le meilleur exil / La soledad del mar es el mejor exilio

  La solitude de la mer est le meilleur exil   ... Et la mer n’est pas sombre limite, mais exil. Tous mes désirs s’y réalisent. Au loin, quelqu’un m’imagine étranger en terre étrangère. Il ne connaît pas cette musique : celle de la mer, sa rumeur gonflée par les pluies, ou ces mouettes qui laissent une traînée de lumière dans l’air dense du matin hivernal. La solitude de la mer n’est pas menace, mais île où j’habite avec moi-même. Tous mes désirs s’y réalisent et le temps ne complote pas contre... [Lire la suite]
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20 janvier 2020

Felix Grande (1937 – 2014) : Madrigal

  Madrigal   Parole, douce et triste personne, et petite, Douce et triste vieille chérie, je te caresse, Moi, vieillard comme toi, de ma langue flétrie, La vieillesse et l’amour apaisant notre vice.   Parole, ma compagne, tu me donnes la main, Corde, tu me retiens chaque fois que je sombre ; Tu viens à mon appel et je vois que tu m’aimes, Essayant d’édifier un monde dans le mien.   Ma petite fourmi, j’use de toi pour vivre ; Et sans toi je ne sais ce que serait ma vie, Sans doute une... [Lire la suite]
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19 décembre 2019

Federico Garcia Lorca (1898 – 1936) : « Gacela » de la mort obscure / Gacela de la muerte obscura

En 1932   « Gacela » de la mort obscure     Je veux dormir le sommeil des pommes, Et m’éloigner du tumulte des cimetières. Je veux dormir le sommeil de cet enfant Qui voulait s’arracher le cœur en pleine mer.   Je ne veux pas que l’on me répète que les morts ne perdent pas leur sang ; Que la bouche pourrie demande encor de l’eau. Je ne veux rien savoir des martyres que donne l’herbe, Ni de la lune avec sa bouche de serpent Qui travaille avant que l’aube naisse.   Je... [Lire la suite]
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04 décembre 2019

Antonio Gamoneda (1931 -) : Blues de l’escalier / Blues de la escalera

  Blues de l’escalier   Une femme monte l’escalier avec un chaudron rempli de peines. La femme monte l’escalier avec le chaudron de ses peines.   J’ai croisé une femme dans l’escalier qui a baissé les yeux en me voyant. J’ai croisé la femme et son chaudron.   Je n’aurai plus de paix dans l’escalier.   Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet « Poésie espagnole. Anthologie 1945 – 1990 » Acte sud / Editions Unesco, 1995 Du même auteur : « Je sais que l’unique... [Lire la suite]
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