21 novembre 2020

Miguel D’ors (1946 -) : Il ne faut pas te leurrer / No intentes engañarte.

  Il ne faut pas te leurrer A Carlos Clementson   Tu sais que c’est inutile, il ne faut pas te leurrer. Aussi loin que tu ailles jamais tu ne seras allé loin. Tu pourras aller et venir par les cieux et les mers : Denver, Valparaiso, les cabanes lépreuses de Dharbang, l’automne dans les érables de l’Ontario, les nuits guaranis, bleutées et musicales, les filles des îles, leurs chœurs ondulants, leurs seins innocents, leurs guirlandes souriantes de bienvenue... Mais tu sais que la fuite ne sera... [Lire la suite]
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07 novembre 2020

Blas de Otero (1916 – 1979) : Automne / Otoño

  Automne   Terre rongée par la guerre, triste et malheureuse Espagne, je te contemple en ce matin d’octobre, le ciel a la couleur de l’acier rouillé, les premiers froids coupent les feuilles jaunes, patrie de ma vie errante, coteaux rouges de Ciudad Real, fin brouillard de Vigo, pont sur le Ter, oliviers alignés de Tarragone, près de la mer bleue, terre si cruellement labourée, tous te pleurent et nous, nous ouvrons les bras à la vie, nous savons que l’automne reviendra, doré, ensemencé, beau comme un... [Lire la suite]
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04 octobre 2020

Claudio Rodríguez (1934 -1999) : Etranger / Ajeno

  Etranger        Longue est la journée de qui n’aime pas et le sait. Il entend les accents durs et courts de son corps, sa chanson éraillé, sonnant toujours à lointain. Il ferme sa porte, la voilà bien fermée ; il sort et, pour un moment, ses genoux vont heurter le sol. Mais l’aube avec une dangereuse générosité, le rafraîchit et le redresse. Très claire est sa rue, il l’arpente d’un pied sombre, et il boîte aussitôt parce qu’il est accompagné de sa seule fatigue. Et il se voue à... [Lire la suite]
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01 août 2020

Olvido Garcia Valdés (1950 -) : « Sur le point de se briser... » / « A punto de quebrarse... »

  Sur le point de se briser comme les courbes qui composent l’attitude des vierges dans certaines annonciations italiennes ainsi, miroitant et fragile était le vol pour finir. Icare dans l’eau.  Un court moment, le pied chaussé d’une douce sandale bleue. Comme un oiseau mort dans les mains d’un enfant. Pendant ce temps, le paysan laboure, le pêcheur s’incline, et le berger regarde le ciel. Deux aigles planent. Des bateaux suivent la route du cristal. Pénétrante et profonde est la distance entre le rêve... [Lire la suite]
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10 juillet 2020

José Manuel Caballero Bonald (1926 -) : Cinématographe

  Cinématographe   Une menace de pluie, par exemple, la toiture tutélaire de l’automne domestique, la buée du salpêtre qui se dépose sur les lentes balustres de la nuit, la torride humidité des cruches, tout ce qui en principe survit sous le contrôle de la persistance des images sans nom, me confine dans un enclos de doutes proches de la stupeur, et j’ai du mal à me représenter depuis combien de temps j’aime une histoire que je n’ai jamais vécue.   Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet In,... [Lire la suite]
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28 mai 2020

María Victoria Atencia (1931-) : Saint Jean

Saint Jean   Juin, jacaranda bleu qui déjà me laisse, mène-moi par la main au feu du solstice, je veux frôler les bougies tandis que le trèfle s’étend et qu’une mer me persuade que la beauté réconforte. D’incertaines marguerites battent la campagne et le fruit du figuier explose en lait et en miel.   La vie m’explore, aujourd’hui, hier et demain, avec une rapidité sans trêve, une notation sans fin. Le temps, toujours le temps : le temps, le temps, le temps : je sauterai tant que durera la corde des... [Lire la suite]
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18 mai 2020

Angel González (1925 – 2008) : Qu’y pouvons-nous ?

  Qu’y pouvons-nous ?   Et maintenant l’âme vide une fois encore, je contemple le lent partage des jours qui me poussent vers je ne sais quel destin sombre, pressenti sans curiosité aucune. C’est ennuyeux de savoir et de ne pas savoir, de se tromper et d’avoir raison. Et d’être sûr de soi est aussi insupportable dans bien des cas que douter, céder, se décomposer.   Rassuré, sain et sauf, maintenant que la douleur est passée, j’observe l’inquiétude comme s’il s’agissait d’une trace fondue sur mon... [Lire la suite]
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10 mai 2020

Francisco Brines (1932 -) : « Le balcon donne sur le jardin... » / « El balcón da al jardín... »

  Le balcon donne sur le jardin. Les murs bas et harmonieux. Le grand portail fermé. Un homme entre sans lumière, il écrase les buissons de jasmins, ses pieds gémissent, il ne regarde rien. Septembre recouvre la terre, de lents nards montent et les pigeons élèvent de leurs ailes l’air, le soleil, et la mer repose tout près. Le vent ne brûle plus. Dans ses pas, l’eau arrose lentement l’alentour, les seringas s’offrent en chœur. Les insectes grimpent pour vivre sur les feuilles. Une barbe repose sur sa poitrine, il... [Lire la suite]
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02 mars 2020

Antonio Colinas (1946 -) : Lumières de printemps / Luces de primavera

  Lumières de printemps   Parfois le ciel plombé s’entrouvre et un rayon de soleil descend sur cette terre humide et vaporeuse. Un rayon de soleil descend sur le gracieux amandier, une flèche d’or descend sur les eaux mortes, une très pure lumière descend sur le gazon obscur. Parfois le ciel s’entrouvre et la pluie cesse de résonner sur les peupliers, les vieux toits. Un air frais passe dans les rues vides. Un oiseau craintif se lance à chanter. Les rideaux cendrés du ciel se déchirent et un rayon pur traverse... [Lire la suite]
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03 février 2020

José Gutiérrez (1955 -) : La solitude de la mer est le meilleur exil / La soledad del mar es el mejor exilio

  La solitude de la mer est le meilleur exil   ... Et la mer n’est pas sombre limite, mais exil. Tous mes désirs s’y réalisent. Au loin, quelqu’un m’imagine étranger en terre étrangère. Il ne connaît pas cette musique : celle de la mer, sa rumeur gonflée par les pluies, ou ces mouettes qui laissent une traînée de lumière dans l’air dense du matin hivernal. La solitude de la mer n’est pas menace, mais île où j’habite avec moi-même. Tous mes désirs s’y réalisent et le temps ne complote pas contre... [Lire la suite]
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