23 juillet 2021

Miguel de Unamuno (1864 – 1936) : Pour après ma mort / Para después de mi muerte

  Pour après ma mort        Vents de l’abîme, rafales d’éternel ont secoué le limon de mon âme : sa face s’est troublée de la tristesse du fond dormant, et mes idées s’écoulent troubles, terreuse ma conscience et terni le cristal où fluent et fuient les formes de la vie et tout est triste de la grande tristesse de ces lies.        Ecoute, toi, qui lis ceci après que je repose dans la terre, alors que moi, qui l’ai écrit, je ne peux plus, dans le miroir, me... [Lire la suite]
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20 juillet 2021

Antonio Machado (1875 – 1939) : Poésies de la guerre / Poesías de la guerra

Antonio Machado dessiné en 1925 par Leandro Oroz Lacalle    Poésies de la guerre   I Entre nous deux, entre deux mers, la guerre, plus profonde que la mer. En mon jardin je regarde la mer, fermée par l’horizon. Et toi, Guiomar, de ton promontoire,   tu vois une autre mer, la mer d’Espagne, ténébreuse chantée par Camoens. Peut-être, mon absence te tient-elle compagnie ; à moi, déesse, ton souvenir fait mal.   La guerre frappa l’amour d’un coup sauvage. C’est l’entière angoisse de la mort ... [Lire la suite]
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10 juillet 2021

José Manuel Caballero Bonald (1926 -) : Survie / Supervivencia

   Survie   Mousse méphitique, adhérence matinale de l’inerte, jour après jour m’entraînant vers un fond d’éponges rouillées, bulles entêtées balbutiantes, tentacules guettant dans les buissons de la nuit.   A tâtons je touche la lumière, les ailes des heures, j’écoute les vitres du matin qui craquent et prennent feu au centre de mon rêve, au centre.   De lentes ondes me replacent dans l’opaque du jour, je cherche la petite boîte aux herbes, le papier occasionnel des messages. ... [Lire la suite]
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18 mai 2021

Angel González (1925 – 2008) : Sonnet / Soneto

  Sonnet   Là où j’apporte la vie j’apporte aussi le feu de ma passion entière et sans issue. Si l’amour a surgi, j’en ressens la blessure. Et si je montre ma foi, je joue avec ma vie.   Je mets ma vie en jeu, je perds et je recommence, sans ma vie, la nouvelle partie. Déjà je l’ai perdue, je la reperds encore aujourd’hui, je ne m’avoue pas vaincu , je m’obstine   et je joue ce qui me reste : un lambeau d’espérance. Je joue à « toujours va ». Je maintiens mon enjeu. Si le sort dit... [Lire la suite]
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11 mai 2021

Francisco Brines (1932 -) : Scène secrète

  Scène secrète   Les yeux troublés par la solitude et le désespoir (aux heures intruses de la nuit qui déversent leur silence, leur froid clandestin dans la maison déserte), regardent, contournent quelques ombres floues, dans le vide morne de toute une vie. Personne n’est témoin de cette lutte sourde de l’homme avec la peur, du cœur avec la cendre, d’un ardent désir avec son inutilité.   Dans cette détresse, qu’est son âme, il cherche la compagnie d’un miroir où, en sordide écume, fixer sa face, et... [Lire la suite]
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02 mars 2021

Antonio Colinas (1946 -) : Automne dense

Automne dense   Le soir tamise son or entre les branches. Un nouvel hiver ne tardera pas à venir. Les feuilles humides du parc brûlent et au couchant le ciel se disloque en grappes de nuages pourpres. Frémissement de lumière sous les auvents. Les pigeons fécondent la silhouette obscurcie de chaque promenade. Les mamelles de l’automne sont pleines. Des séraphins de lumière meurent au-dessus de nos têtes étonnées afin que se tisse, une fois encore, le rêve, la douce mélodie d’une nouvelle nuit, la nuit hallucinée... [Lire la suite]
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03 février 2021

José Gutiérrez (1955 -) : Désolation de miroirs

  Désolation de miroirs Hommage à Luis Cernuda   Non ta voix n’est plus tristesse, mais ombre. Un blond épi de pleurs te berce comme une belle pénombre. Ton front altier, aile légère et très fraîche qui enflamme la nuit. Sur tes lèvres passent les fleuves, désirs qui sont nuages. Tes yeux abattus, vertige de l’amour et ton corps telle une mer de bonheur. Seules tes pupilles son tristes, mais tu chantes. La mémoire te guette, sa ténèbre. Tu vis et meurs et meurs en toutes choses. Tu ne rêves plus. ... [Lire la suite]
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27 janvier 2021

Francisco de Quevedo y Villagas (1580 – 1645) : « J’aurai vu les remparts... » / « Miré los muros... »

       J’aurai vu les remparts de ma patrie, Si forts jadis, déjà démantelés, Céder au pas du temps, contre lequel Désormais leur vaillance ne tient plus.        J’aurai vu dans les champs le soleil boire Le fil de l’eau où le gel se délie Et les troupeaux chercher en vain les bois Qui dérobaient jadis le jour au jour        J’aurai vu ma maison vile dépouille  De ma vieille demeure d’autrefois, Mon bâton infléchi et moins solide,   ... [Lire la suite]
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19 décembre 2020

Federico Garcia Lorca (1898 – 1936) : L’infidèle / La casada infiel

  L’Infidèle        Et moi qui l’ai entraînée, avec moi à la rivière la croyant encore fille quand elle avait un mari ! Ce fût le soir de Saint-Jacques, Ce fut presque par gageure, tous réverbères éteints, et les grillons allumés. Vers les derniers carrefours, Je touchais ses seins dormants qui soudain s’épanouirent comme bouquets de jacinthes. Son jupon amidonné froufroutait à mon oreille, telle une ce de soie sous le fil de dix couteaux. Nulle lumière d’argent sur leurs têtes... [Lire la suite]
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04 décembre 2020

Antonio Gamoneda (1931 -) : « Si au moins je savais d’où ta tête... »

  Si au moins je savais d’où ta tête prend son port de ramier amer, si je savais quel ruban est plus long, celui de ton désir ou celui de ta tristesse ;   si je voyais d’où ta beauté tire sa ferme et silencieuse charge, si l’on me disait qu’elle passion libère sa nature du fond de tes yeux,   ô gardienne véloce, je te donnerais une partie de moi-même pour rester uni à ce qui m’est le plus cher.   Mais il est vrai que je ne sais pas encore de quelle chose me dépouiller : de cette douleur... [Lire la suite]
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