02 mars 2021

Antonio Colinas (1946 -) : Automne dense

Automne dense   Le soir tamise son or entre les branches. Un nouvel hiver ne tardera pas à venir. Les feuilles humides du parc brûlent et au couchant le ciel se disloque en grappes de nuages pourpres. Frémissement de lumière sous les auvents. Les pigeons fécondent la silhouette obscurcie de chaque promenade. Les mamelles de l’automne sont pleines. Des séraphins de lumière meurent au-dessus de nos têtes étonnées afin que se tisse, une fois encore, le rêve, la douce mélodie d’une nouvelle nuit, la nuit hallucinée... [Lire la suite]
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03 février 2021

José Gutiérrez (1955 -) : Désolation de miroirs

  Désolation de miroirs Hommage à Luis Cernuda   Non ta voix n’est plus tristesse, mais ombre. Un blond épi de pleurs te berce comme une belle pénombre. Ton front altier, aile légère et très fraîche qui enflamme la nuit. Sur tes lèvres passent les fleuves, désirs qui sont nuages. Tes yeux abattus, vertige de l’amour et ton corps telle une mer de bonheur. Seules tes pupilles son tristes, mais tu chantes. La mémoire te guette, sa ténèbre. Tu vis et meurs et meurs en toutes choses. Tu ne rêves plus. ... [Lire la suite]
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27 janvier 2021

Francisco de Quevedo y Villagas (1580 – 1645) : « J’aurai vu les remparts... » / « Miré los muros... »

       J’aurai vu les remparts de ma patrie, Si forts jadis, déjà démantelés, Céder au pas du temps, contre lequel Désormais leur vaillance ne tient plus.        J’aurai vu dans les champs le soleil boire Le fil de l’eau où le gel se délie Et les troupeaux chercher en vain les bois Qui dérobaient jadis le jour au jour        J’aurai vu ma maison vile dépouille  De ma vieille demeure d’autrefois, Mon bâton infléchi et moins solide,   ... [Lire la suite]
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19 décembre 2020

Federico Garcia Lorca (1898 – 1936) : L’infidèle / La casada infiel

  L’Infidèle        Et moi qui l’ai entraînée, avec moi à la rivière la croyant encore fille quand elle avait un mari ! Ce fût le soir de Saint-Jacques, Ce fut presque par gageure, tous réverbères éteints, et les grillons allumés. Vers les derniers carrefours, Je touchais ses seins dormants qui soudain s’épanouirent comme bouquets de jacinthes. Son jupon amidonné froufroutait à mon oreille, telle une ce de soie sous le fil de dix couteaux. Nulle lumière d’argent sur leurs têtes... [Lire la suite]
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04 décembre 2020

Antonio Gamoneda (1931 -) : « Si au moins je savais d’où ta tête... »

  Si au moins je savais d’où ta tête prend son port de ramier amer, si je savais quel ruban est plus long, celui de ton désir ou celui de ta tristesse ;   si je voyais d’où ta beauté tire sa ferme et silencieuse charge, si l’on me disait qu’elle passion libère sa nature du fond de tes yeux,   ô gardienne véloce, je te donnerais une partie de moi-même pour rester uni à ce qui m’est le plus cher.   Mais il est vrai que je ne sais pas encore de quelle chose me dépouiller : de cette douleur... [Lire la suite]
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21 novembre 2020

Miguel D’ors (1946 -) : Il ne faut pas te leurrer / No intentes engañarte.

  Il ne faut pas te leurrer A Carlos Clementson   Tu sais que c’est inutile, il ne faut pas te leurrer. Aussi loin que tu ailles jamais tu ne seras allé loin. Tu pourras aller et venir par les cieux et les mers : Denver, Valparaiso, les cabanes lépreuses de Dharbang, l’automne dans les érables de l’Ontario, les nuits guaranis, bleutées et musicales, les filles des îles, leurs chœurs ondulants, leurs seins innocents, leurs guirlandes souriantes de bienvenue... Mais tu sais que la fuite ne sera... [Lire la suite]
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07 novembre 2020

Blas de Otero (1916 – 1979) : Automne / Otoño

  Automne   Terre rongée par la guerre, triste et malheureuse Espagne, je te contemple en ce matin d’octobre, le ciel a la couleur de l’acier rouillé, les premiers froids coupent les feuilles jaunes, patrie de ma vie errante, coteaux rouges de Ciudad Real, fin brouillard de Vigo, pont sur le Ter, oliviers alignés de Tarragone, près de la mer bleue, terre si cruellement labourée, tous te pleurent et nous, nous ouvrons les bras à la vie, nous savons que l’automne reviendra, doré, ensemencé, beau comme un... [Lire la suite]
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04 octobre 2020

Claudio Rodríguez (1934 -1999) : Etranger / Ajeno

  Etranger        Longue est la journée de qui n’aime pas et le sait. Il entend les accents durs et courts de son corps, sa chanson éraillé, sonnant toujours à lointain. Il ferme sa porte, la voilà bien fermée ; il sort et, pour un moment, ses genoux vont heurter le sol. Mais l’aube avec une dangereuse générosité, le rafraîchit et le redresse. Très claire est sa rue, il l’arpente d’un pied sombre, et il boîte aussitôt parce qu’il est accompagné de sa seule fatigue. Et il se voue à... [Lire la suite]
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01 août 2020

Olvido Garcia Valdés (1950 -) : « Sur le point de se briser... » / « A punto de quebrarse... »

  Sur le point de se briser comme les courbes qui composent l’attitude des vierges dans certaines annonciations italiennes ainsi, miroitant et fragile était le vol pour finir. Icare dans l’eau.  Un court moment, le pied chaussé d’une douce sandale bleue. Comme un oiseau mort dans les mains d’un enfant. Pendant ce temps, le paysan laboure, le pêcheur s’incline, et le berger regarde le ciel. Deux aigles planent. Des bateaux suivent la route du cristal. Pénétrante et profonde est la distance entre le rêve... [Lire la suite]
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10 juillet 2020

José Manuel Caballero Bonald (1926 -) : Cinématographe

  Cinématographe   Une menace de pluie, par exemple, la toiture tutélaire de l’automne domestique, la buée du salpêtre qui se dépose sur les lentes balustres de la nuit, la torride humidité des cruches, tout ce qui en principe survit sous le contrôle de la persistance des images sans nom, me confine dans un enclos de doutes proches de la stupeur, et j’ai du mal à me représenter depuis combien de temps j’aime une histoire que je n’ai jamais vécue.   Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet In,... [Lire la suite]
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