02 mars 2020

Antonio Colinas (1946 -) : Lumières de printemps / Luces de primavera

  Lumières de printemps   Parfois le ciel plombé s’entrouvre et un rayon de soleil descend sur cette terre humide et vaporeuse. Un rayon de soleil descend sur le gracieux amandier, une flèche d’or descend sur les eaux mortes, une très pure lumière descend sur le gazon obscur. Parfois le ciel s’entrouvre et la pluie cesse de résonner sur les peupliers, les vieux toits. Un air frais passe dans les rues vides. Un oiseau craintif se lance à chanter. Les rideaux cendrés du ciel se déchirent et un rayon pur traverse... [Lire la suite]
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03 février 2020

José Gutiérrez (1955 -) : La solitude de la mer est le meilleur exil / La soledad del mar es el mejor exilio

  La solitude de la mer est le meilleur exil   ... Et la mer n’est pas sombre limite, mais exil. Tous mes désirs s’y réalisent. Au loin, quelqu’un m’imagine étranger en terre étrangère. Il ne connaît pas cette musique : celle de la mer, sa rumeur gonflée par les pluies, ou ces mouettes qui laissent une traînée de lumière dans l’air dense du matin hivernal. La solitude de la mer n’est pas menace, mais île où j’habite avec moi-même. Tous mes désirs s’y réalisent et le temps ne complote pas contre... [Lire la suite]
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20 janvier 2020

Felix Grande (1937 – 2014) : Madrigal

  Madrigal   Parole, douce et triste personne, et petite, Douce et triste vieille chérie, je te caresse, Moi, vieillard comme toi, de ma langue flétrie, La vieillesse et l’amour apaisant notre vice.   Parole, ma compagne, tu me donnes la main, Corde, tu me retiens chaque fois que je sombre ; Tu viens à mon appel et je vois que tu m’aimes, Essayant d’édifier un monde dans le mien.   Ma petite fourmi, j’use de toi pour vivre ; Et sans toi je ne sais ce que serait ma vie, Sans doute une... [Lire la suite]
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19 décembre 2019

Federico Garcia Lorca (1898 – 1936) : « Gacela » de la mort obscure / Gacela de la muerte obscura

En 1932   « Gacela » de la mort obscure     Je veux dormir le sommeil des pommes, Et m’éloigner du tumulte des cimetières. Je veux dormir le sommeil de cet enfant Qui voulait s’arracher le cœur en pleine mer.   Je ne veux pas que l’on me répète que les morts ne perdent pas leur sang ; Que la bouche pourrie demande encor de l’eau. Je ne veux rien savoir des martyres que donne l’herbe, Ni de la lune avec sa bouche de serpent Qui travaille avant que l’aube naisse.   Je... [Lire la suite]
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04 décembre 2019

Antonio Gamoneda (1931 -) : Blues de l’escalier / Blues de la escalera

  Blues de l’escalier   Une femme monte l’escalier avec un chaudron rempli de peines. La femme monte l’escalier avec le chaudron de ses peines.   J’ai croisé une femme dans l’escalier qui a baissé les yeux en me voyant. J’ai croisé la femme et son chaudron.   Je n’aurai plus de paix dans l’escalier.   Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet « Poésie espagnole. Anthologie 1945 – 1990 » Acte sud / Editions Unesco, 1995 Du même auteur : « Je sais que l’unique... [Lire la suite]
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21 novembre 2019

Miguel D’ors (1946 -) : « Comment appeler l’oiseau... »

  Comment appeler l’oiseau pour que du vers il se lève et s’envole et s’égare de branche en branche, comment ? Comment appeler le fleuve sans interrompre son chant ni taire son écoulement ? Comment faire pour que le nom de la rose conserve son parfum ? Comment dire sable et sentir la caresse d’une main dorée, et comment faire pour que le soleil et le vent, le feu et les automnes demeurent dans le poème ? Ah, où apprendre cette magie de disposer le nom des choses de façon à ce que le lecteur de... [Lire la suite]
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04 octobre 2019

Claudio Rodriguez (1934 - 1999) : Don de l’ivresse / Don de la ebriedad

  Don de l’ivresse   III        Le chêne, qui conserve mieux un rayon de soleil qu’un mois entier de printemps, ne sent pas la spontanéité de son ombre, la simplicité de sa croissance ; c’est à peine s’il connaît le terrain sur lequel il a poussé. Avec ce vent qui laisse sur ses branches une absence de musique, il imagine pour ses rêves un vaste plateau. Et avec quelle rapidité il s’identifie au paysage, à l’âme tout entière de sa frondaison et de moi-même. Il irait jusqu’au... [Lire la suite]
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26 juillet 2019

Félix de Azúa (1944 -) : Villancico d’introduction

  Villancico d’introduction   Suivez petits castors le chemin de la maison la queue plate le nez en l’air branches et vers de terre boueux le palais le nez bien haut les ongles les dents et les trous dans la rivière gelée nids de castors le nez en l’air les pierres la boue pour ce palais la maison très haute avec plein de castors les ongles les dents le nez gelé remplis de vers de terre venez à la maison accueillons ongles et le nez la queue pleine de castors le nez à plat le palais en l’air avec ongles avec... [Lire la suite]
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10 juillet 2019

José Manuel Caballero Bonald (1926 -) : Pas aujourd’hui / Hoy no

  Pas aujourd’hui   Je partage avec la nuit sa hâte du temps, cet impatient passage circulaire de l’ombre qui est veille d’une autre ombre ou cette paresseuse volonté de t’aimer à partir de demain, lorsque je t’aurai perdue ainsi que la lumière, et qu’il ne restera qu’un ultime délai pour t’attendre dans la fugacité du jour à venir.     Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet In, « Poésie espagnole. Anthologie 1945 – 1990, » Actes Sud / Editions Unesco, 1995 Du même... [Lire la suite]
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28 mai 2019

Maria Victoria Atencia (1931 -) : Une brise / Una brisa

  Une brise   Avec un imprévisible accord au creux de l’été, dans la sotte torpeur du profond de la sieste, une brise parcourt ma nuque et mon dos. Je me plie au savoir de son enveloppant office et m’abandonne au sommeil, tandis que le soir brûle dans l’impassible flamme qui ne consent aucune trêve.   Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet In, « Poésie espagnole, Anthologie 1945 – 1990 » Actes Sud /Editions Unesco, 1995 De la même autrice : Le pain dur / El duro pan (11/05/2016) ... [Lire la suite]
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