04 décembre 2019

Antonio Gamoneda (1931 -) : Blues de l’escalier / Blues de la escalera

  Blues de l’escalier   Une femme monte l’escalier avec un chaudron rempli de peines. La femme monte l’escalier avec le chaudron de ses peines.   J’ai croisé une femme dans l’escalier qui a baissé les yeux en me voyant. J’ai croisé la femme et son chaudron.   Je n’aurai plus de paix dans l’escalier.   Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet « Poésie espagnole. Anthologie 1945 – 1990 » Acte sud / Editions Unesco, 1995 Du même auteur : « Je sais que l’unique... [Lire la suite]
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21 novembre 2019

Miguel D’ors (1946 -) : « Comment appeler l’oiseau... »

  Comment appeler l’oiseau pour que du vers il se lève et s’envole et s’égare de branche en branche, comment ? Comment appeler le fleuve sans interrompre son chant ni taire son écoulement ? Comment faire pour que le nom de la rose conserve son parfum ? Comment dire sable et sentir la caresse d’une main dorée, et comment faire pour que le soleil et le vent, le feu et les automnes demeurent dans le poème ? Ah, où apprendre cette magie de disposer le nom des choses de façon à ce que le lecteur de... [Lire la suite]
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04 octobre 2019

Claudio Rodriguez (1934 - 1999) : Don de l’ivresse / Don de la ebriedad

  Don de l’ivresse   III        Le chêne, qui conserve mieux un rayon de soleil qu’un mois entier de printemps, ne sent pas la spontanéité de son ombre, la simplicité de sa croissance ; c’est à peine s’il connaît le terrain sur lequel il a poussé. Avec ce vent qui laisse sur ses branches une absence de musique, il imagine pour ses rêves un vaste plateau. Et avec quelle rapidité il s’identifie au paysage, à l’âme tout entière de sa frondaison et de moi-même. Il irait jusqu’au... [Lire la suite]
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26 juillet 2019

Félix de Azúa (1944 -) : Villancico d’introduction

  Villancico d’introduction   Suivez petits castors le chemin de la maison la queue plate le nez en l’air branches et vers de terre boueux le palais le nez bien haut les ongles les dents et les trous dans la rivière gelée nids de castors le nez en l’air les pierres la boue pour ce palais la maison très haute avec plein de castors les ongles les dents le nez gelé remplis de vers de terre venez à la maison accueillons ongles et le nez la queue pleine de castors le nez à plat le palais en l’air avec ongles avec... [Lire la suite]
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10 juillet 2019

José Manuel Caballero Bonald (1926 -) : Pas aujourd’hui / Hoy no

  Pas aujourd’hui   Je partage avec la nuit sa hâte du temps, cet impatient passage circulaire de l’ombre qui est veille d’une autre ombre ou cette paresseuse volonté de t’aimer à partir de demain, lorsque je t’aurai perdue ainsi que la lumière, et qu’il ne restera qu’un ultime délai pour t’attendre dans la fugacité du jour à venir.     Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet In, « Poésie espagnole. Anthologie 1945 – 1990, » Actes Sud / Editions Unesco, 1995 Du même... [Lire la suite]
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28 mai 2019

Maria Victoria Atencia (1931 -) : Une brise / Una brisa

  Une brise   Avec un imprévisible accord au creux de l’été, dans la sotte torpeur du profond de la sieste, une brise parcourt ma nuque et mon dos. Je me plie au savoir de son enveloppant office et m’abandonne au sommeil, tandis que le soir brûle dans l’impassible flamme qui ne consent aucune trêve.   Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet In, « Poésie espagnole, Anthologie 1945 – 1990 » Actes Sud /Editions Unesco, 1995 De la même auteure : Le pain dur / El duro pan (11/05/2016) ... [Lire la suite]
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27 mai 2019

Jean de La Croix / Juan de La Cruz (1542 - 1591) : Flamme vive d’amour / llama de amor viva

  Flamme vive d’amour        Ô vive flamme, ô sainte ardeur, Qui par cette douce blessure, Perce le centre de mon cœur  : Maintenant ne m’étant plus dure, Achève et brise si tu veux Le fil de ce rencontre heureux.        Ô plaie d’extrême douceur, Plaie toute délicieuse, Mignarde main, toucher flatteur, Qui sent la vie bienheureuse, Qui fais notre acquis en payant, Qui donne la vie en tuant.        Ô Lampes des feux lumineux, Dans... [Lire la suite]
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18 mai 2019

Angel González (1925 - 2008) : Le vaincu / El derrotado

  Le vaincu   Loin derrière sont les décombres : ta maison, en pans fumants, les étés incendiés, le sang séché, ta maison , et ton sang où s’abat - comme un dernier vautour – le vent. Toi tu vas de l’avant, tu t’achemines vers l’avenir, ce temps qui mérite son nom. Tu t’en vas parce que tu n’as plus rien, tu n’as plus de patrie (et tu n’en auras plus) car ton cœur déshabillé ne peut plus s’enraciner nulle part. Bien que ce soit très simple, tu ne pourras jamais plus franchir une grille et ne... [Lire la suite]
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11 mai 2019

Francisco Brines (1932 -) : Le pacte qui me reste

  Le Pacte qui me reste   Comment rendre à ma vie la lumière du matin, les larmes nocturnes, la frayeur de la mer, les silences du merle, le temps d’un soirée interminable ?   Et comment rendre leurs différences à la douleur et au bonheur, et les aimer tous deux d’égale façon car ne sont-ils pas le piment de la vie ?   Quand l’âge devient un naufrage, que le jour est un pétale, et qu’il reste peu de roses, il est impossible que le monde soit exhumé.   Trouve-toi deux yeux,... [Lire la suite]
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25 avril 2019

José Hierro (1922 – 2002) : « J’aimerais, ce soir... / Quisiera esta tarde... »

  J’aimerais, ce soir, ne pas haïr ne pas charger mon front de nuages sombres. Je voudrais que mon regard fût plus clair et pouvoir le poser, calme, sur le lointain...   Il doit être si beau de pouvoir dire : « Je crois à ce qui existe et même à ce qui peut-être n’existe pas aux choses qui peuvent me sauver, même si j’ignore leur nom : je connais le fruit doré de la joie. »   Ce soir, j’aimerais ne pas haïr, me sentir léger, chantant, être le vent qui berce les épis. Je regarde au... [Lire la suite]
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