04 octobre 2019

Claudio Rodriguez (1934 - 1999) : Don de l’ivresse / Don de la ebriedad

  Don de l’ivresse   III        Le chêne, qui conserve mieux un rayon de soleil qu’un mois entier de printemps, ne sent pas la spontanéité de son ombre, la simplicité de sa croissance ; c’est à peine s’il connaît le terrain sur lequel il a poussé. Avec ce vent qui laisse sur ses branches une absence de musique, il imagine pour ses rêves un vaste plateau. Et avec quelle rapidité il s’identifie au paysage, à l’âme tout entière de sa frondaison et de moi-même. Il irait jusqu’au... [Lire la suite]
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26 juillet 2019

Félix de Azúa (1944 -) : Villancico d’introduction

  Villancico d’introduction   Suivez petits castors le chemin de la maison la queue plate le nez en l’air branches et vers de terre boueux le palais le nez bien haut les ongles les dents et les trous dans la rivière gelée nids de castors le nez en l’air les pierres la boue pour ce palais la maison très haute avec plein de castors les ongles les dents le nez gelé remplis de vers de terre venez à la maison accueillons ongles et le nez la queue pleine de castors le nez à plat le palais en l’air avec ongles avec... [Lire la suite]
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10 juillet 2019

José Manuel Caballero Bonald (1926 -) : Pas aujourd’hui / Hoy no

  Pas aujourd’hui   Je partage avec la nuit sa hâte du temps, cet impatient passage circulaire de l’ombre qui est veille d’une autre ombre ou cette paresseuse volonté de t’aimer à partir de demain, lorsque je t’aurai perdue ainsi que la lumière, et qu’il ne restera qu’un ultime délai pour t’attendre dans la fugacité du jour à venir.     Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet In, « Poésie espagnole. Anthologie 1945 – 1990, » Actes Sud / Editions Unesco, 1995 Du même... [Lire la suite]
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28 mai 2019

Maria Victoria Atencia (1931 -) : Une brise / Una brisa

  Une brise   Avec un imprévisible accord au creux de l’été, dans la sotte torpeur du profond de la sieste, une brise parcourt ma nuque et mon dos. Je me plie au savoir de son enveloppant office et m’abandonne au sommeil, tandis que le soir brûle dans l’impassible flamme qui ne consent aucune trêve.   Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet In, « Poésie espagnole, Anthologie 1945 – 1990 » Actes Sud /Editions Unesco, 1995 De la même auteure : Le pain dur / El duro pan (11/05/2016) ... [Lire la suite]
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27 mai 2019

Jean de La Croix / Juan de La Cruz (1542 - 1591) : Flamme vive d’amour / llama de amor viva

  Flamme vive d’amour        Ô vive flamme, ô sainte ardeur, Qui par cette douce blessure, Perce le centre de mon cœur  : Maintenant ne m’étant plus dure, Achève et brise si tu veux Le fil de ce rencontre heureux.        Ô plaie d’extrême douceur, Plaie toute délicieuse, Mignarde main, toucher flatteur, Qui sent la vie bienheureuse, Qui fais notre acquis en payant, Qui donne la vie en tuant.        Ô Lampes des feux lumineux, Dans... [Lire la suite]
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18 mai 2019

Angel González (1925 - 2008) : Le vaincu / El derrotado

  Le vaincu   Loin derrière sont les décombres : ta maison, en pans fumants, les étés incendiés, le sang séché, ta maison , et ton sang où s’abat - comme un dernier vautour – le vent. Toi tu vas de l’avant, tu t’achemines vers l’avenir, ce temps qui mérite son nom. Tu t’en vas parce que tu n’as plus rien, tu n’as plus de patrie (et tu n’en auras plus) car ton cœur déshabillé ne peut plus s’enraciner nulle part. Bien que ce soit très simple, tu ne pourras jamais plus franchir une grille et ne... [Lire la suite]
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11 mai 2019

Francisco Brines (1932 -) : Le pacte qui me reste

  Le Pacte qui me reste   Comment rendre à ma vie la lumière du matin, les larmes nocturnes, la frayeur de la mer, les silences du merle, le temps d’un soirée interminable ?   Et comment rendre leurs différences à la douleur et au bonheur, et les aimer tous deux d’égale façon car ne sont-ils pas le piment de la vie ?   Quand l’âge devient un naufrage, que le jour est un pétale, et qu’il reste peu de roses, il est impossible que le monde soit exhumé.   Trouve-toi deux yeux,... [Lire la suite]
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25 avril 2019

José Hierro (1922 – 2002) : « J’aimerais, ce soir... / Quisiera esta tarde... »

  J’aimerais, ce soir, ne pas haïr ne pas charger mon front de nuages sombres. Je voudrais que mon regard fût plus clair et pouvoir le poser, calme, sur le lointain...   Il doit être si beau de pouvoir dire : « Je crois à ce qui existe et même à ce qui peut-être n’existe pas aux choses qui peuvent me sauver, même si j’ignore leur nom : je connais le fruit doré de la joie. »   Ce soir, j’aimerais ne pas haïr, me sentir léger, chantant, être le vent qui berce les épis. Je regarde au... [Lire la suite]
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03 février 2019

José Gutiérrez (1955 -) : Ulysse

  Ulysse A Antonio Muñoz Molina   Le soir se dépouille de ses pigeons quand les ombres nous assaillent, et la ville occulte ses peurs comme une bête à l’affut qui attend la nuit pour assouvir de vieilles rancoeurs contre ses fils ; Sur les vieux murs, souillés par la pluie, les réclames sombres de la mort sous un ciel de mars sans contrastes. Nous parcourons les rues tel un rite, solitaires et absents, à la recherche du visage qui nous sauvera, nous terrassera.   Traduit de l’espagnol par Claude... [Lire la suite]
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20 janvier 2019

Felix Grande (1937 – 2014) : « S’asseoir ici ... » / « Sentarse aquí ... »

  S’asseoir ici, à l’heure où l’après-midi s’achève. Sentir que la distance s’incorpore à la conscience ; là, où l’éternité résonne. Regarder. Et à présent, s’acquitter de ce métier, si profond : toujours regarder, regarder le monde, y songer, l’aimer, aimer, songer, aimer. Voir la colline ; la voir vraiment. Le mont, le chemin, la terre, le genêt : tout voir... Voir la leçon de l’horizon : son sourire de flamme. Pourquoi cet éclat de l’après-midi ? Est-ce la vielle pulsation du... [Lire la suite]
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