20 décembre 2018

Giacomo Leopardi (1798 – 1837) : A se stesso

    A se stesso   Or à jamais tu sommeilles, si harassé, mon cœur. L’ultime mirage s’est éteint, qui me faisait croire éternel. Mort. Je le sens bien, même les rêves les plus chers, y compris l’espoir, se sont fanés. Repose pour toujours. Toi qui a tant palpité. D’aucuns soupirs n’est digne la terre, ni ne mérite tes ardeurs. Rien qu’amertume et ennui, la vie ; et le monde n’est que boue. Sois en paix désormais. Désespère en cet instant ultime. A notre espèce le sort n’a offert que le mourir.... [Lire la suite]
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19 décembre 2018

Federico Garcia Lorca (1898 – 1936) : Village / Pueblo

Village   Sur la colline pelée, un chemin de croix, de l’eau claire et des oliviers centenaires.   Dans les ruelles, des hommes au visage caché. Et sur les clochers, des girouettes qui tournent.   Qui tournent éternellement. O village perdu dans une Andalousie de larmes.   Traduit de l’espagnol par Jacinto- Luis Guereña in « Anthologie bilingue de la poésie espagnole contemporaine » Gérard & C° (Marabout Université), Verviers (Belgique), 1969 Du même auteur : La... [Lire la suite]
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18 décembre 2018

Czesław Miłosz (1911 – 2004) : A Allen Ginsberg / Do Allena Ginsberga

  A Allen Ginsberg     Allen, mon cher, mon grand poète d’un siècle meurtrier, toi qui t’obstinant dans ta folie es arrivé à la sagesse. Je t’avoue que ma vie n’a pas été telle que je l’aurais souhaitée.   Et maintenant qu’elle est passée, elle reste là comme un pneu inutile au bord de la route.   Elle était comme la vie de millions d’hommes, contre laquelle tu te révoltais au nom de la poésie et de Dieu tout-puissant.   Soumise aux bonnes mœurs, avec la conscience que ces mœurs... [Lire la suite]
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17 décembre 2018

Roger Caillois (1913 – 1978) : Dédicace

  Dédicace        Je parle de pierres qui ont toujours couché dehors ou qui dorment dans leur gîte et la nuit des filons. Elles n’intéressent ni l’archéologue ni l’artiste ni le diamantaire. Personne n’en fit des palais, des statues, des bijoux ; ou des digues, des remparts, des tombeaux. Elles ne sont ni utiles ni renommées. Leurs facettes ne brillent sur aucun anneau, sur aucun diadème. Elle ne publient pas, gravées en caractères ineffables, des listes de victoires, des lois ... [Lire la suite]
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16 décembre 2018

Brigitte Oleschinski (1955 -) : Puis à nouveau le long des façades / Dann nieder die niedrigen buckligen

  Puis à nouveau le long des façades basses et bossues   au crépi qui s’effrite, les pavés bourdonnant comme du gâteau encore chaud entre les bordures raides et obliques du caniveau. Dans la cour, la sueur fraîche pose un glaçage sur les minces plaques dans la cour qu’un métier enchanté ... [Lire la suite]
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15 décembre 2018

Gérald Neveu (1921 – 1960) : Raison sociale

  Raison sociale             Je vis de peu. J’entends tinter des pierres dans ma tête. On vient me visiter — un peu pour entendre ce bruit et pour m’aider à fabriquer de la mousse. Je suis très bien comme cela. Il paraît que ça me va à merveille. Il ne me manque qu’un joyeux scorpion sur la bouche. J’entends au loin mes amis qui m’appellent. Ils ont des voix attendrissantes. Ils m’exhor- tent à m’échapper. C’est gentil. Ça réconforte. D’ailleurs ils ignorent ... [Lire la suite]
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14 décembre 2018

Jean-Pierre Faye (1925 -) : Droit de suite. I

  Droit de suite   I Où monte la crête de montagne au-dessus des pentes, par delà l’intervalle la cassure pleine de son drainant les échos vers le soir de fumier et d’insectes et l’odeur de minerai l’arête de parpaing effritée ou la longue mâchoire de poils la chaleur lente d’animal le rouge rouillé de la plante à ce point de soir et de terre, où convergent les aines et les jambes   où se mêlent sens et son le goût de fadeur et de fibre les tiges à hauteur de ventre le plomb du jour le ton de... [Lire la suite]
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13 décembre 2018

Jean-pierre Duprey (1930 – 1959) : Le condamné à vivre

  Le condamné à vivre   Je cherche au fond de moi ce qu’y cacha la vie Quand elle me prit aux mains de ses yeux de pleureuse, Peut-être a-t-elle jeté l’existence de nuit Dont un cœur d’homme ne sent que la part malheureuse ? C’est sûrement un sort qu’elle me mit dans la main Avec le don de vivre et de souffrir sans masque, Car le bonheur, dit-elle, n’a pas de nom humain, Il ne respire pas encagé dans un cœur, C’est un oiseau malade d’être trop voyageur Et le toucher serait lui retirer son vol. Et quand on... [Lire la suite]
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12 décembre 2018

Gilberte H. Dallas (1918 – 1960) : « Les ancolies d’ébène... »

  Y Les ancolies d’ébène guettent la mourante dévorée par la pluie Les rues la serrent l’enlacent Elle marche dans la jungle de béton Elle tend son corps comme une phrase délavée. Elle titube celle qui aurait pu être ma mère Elle titube la mère qui n’a pas de ventre, En sa place mes yeux agrandis, Deux yeux immenses deux glands desséchés Greffe de la mort Pauvre mère stérile berce dans ta chair Mes yeux d’enfant perdu Mes yeux comme une herbe qui mâche l’épouvante Mes yeux d’extra lucide Pauvre loque de sel ! ... [Lire la suite]
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11 décembre 2018

Georges Fagus (1872 – 1933) : « Pourquoi, Seigneur... »

  - Pourquoi, Seigneur, les hirondelles, Si bas, puis si haut volent-elles :           Qu’en savent-elles,           Qu’en sais-je ? rien.   Et moi, pourquoi gai, puis morose, Pourquoi mes vers, pourquoi ma prose, Pourquoi sous mes doigts cette rose,             Qu’en sais-je ? rien. (Du pont des arts, balcon de Paris)   Pas perdus Le Divan, 1926
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