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Y

Les ancolies d’ébène guettent la mourante

dévorée par la pluie

Les rues la serrent

l’enlacent

Elle marche dans la jungle de béton

Elle tend son corps comme une phrase délavée.

Elle titube celle qui aurait pu être ma mère

Elle titube la mère qui n’a pas de ventre,

En sa place mes yeux agrandis,

Deux yeux immenses deux glands desséchés

Greffe de la mort

Pauvre mère stérile berce dans ta chair

Mes yeux d’enfant perdu

Mes yeux comme une herbe qui mâche l’épouvante

Mes yeux d’extra lucide

Pauvre loque de sel !

Mes yeux de boue et de lumière

Et toi tu marches, tu marches dévorée de pluie,

et me cherches,

Moi qui suis là, incrustée en toi.

 

Alphabets de Soleils

Editions Seghers, 1952

Du même auteur :

« Des soleils noirs… » (12/12/2016)

« J’ai plongé mon avide soif… » (12/12/2017)