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Le condamné à vivre

 

Je cherche au fond de moi ce qu’y cacha la vie

Quand elle me prit aux mains de ses yeux de pleureuse,

Peut-être a-t-elle jeté l’existence de nuit

Dont un cœur d’homme ne sent que la part malheureuse ?

C’est sûrement un sort qu’elle me mit dans la main

Avec le don de vivre et de souffrir sans masque,

Car le bonheur, dit-elle, n’a pas de nom humain,

Il ne respire pas encagé dans un cœur,

C’est un oiseau malade d’être trop voyageur

Et le toucher serait lui retirer son vol.

Et quand on l’imagine on sent qu’il est trop loin,

Qu’il s’est cassé le cœur dans ses efforts de vivre,

Qu’il ne marquera plus les pages d’aucun livre

Et ne traduira plus la comédie du cœur.


Depuis longtemps il fait le jeu d’une autre vérité,

C’est une étoile déracinée de ses désirs…

(Janvier 1947)

 

Oeuvres complètes

Christian Bourgois éditeur, 1990

 

Du même auteur :

Une rivière coulait au milieu d’un bois (13/12/2016)

Où que j’erre (13/12/2017)