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Raison sociale

 

          Je vis de peu. J’entends tinter des pierres dans ma tête. On vient me

visiter — un peu pour entendre ce bruit et pour m’aider à fabriquer de la

mousse. Je suis très bien comme cela. Il paraît que ça me va à merveille.

Il ne me manque qu’un joyeux scorpion sur la bouche. J’entends au loin

mes amis qui m’appellent. Ils ont des voix attendrissantes. Ils m’exhor-

tent à m’échapper. C’est gentil. Ça réconforte. D’ailleurs ils ignorent

totalement que je suis dans un pavé. C’est mieux ainsi, leur mauvais sang

 tournerait à l’aigre. 

 

          C’est drôle comme le centre du cyclone est calme, immobile,

champêtre... On se croirait presque en sécurité, n’était-ce un méchant ver

de terre dans la poitrine qui fait : zhm... zhm... en brodant par-ci par-là

dans la viande spéculative. On pourrait aussi trouver à redire à l’arc

électrique qui fonctionne obstinément d’une tempe à l’autre. Mais à part ça...

 

Fournaise obscure

Pierre Jean Oswald éditeur, 1967

Du même auteur :

… Un miroir (15/12/2016)

Midi (15/12/2017)