19 février 2016

Georges Schehadé (1905 – 1989) : « Vous qui partez pour un pays lointain… »

  Vous qui partez pour un pays lointain Que les évêques du Songe en habits dorés      vous présentent à la lumière Qu’ils disent que vous êtes la goutte d’eau Qui tremble à leurs doigts de toute sa richesse L’ambre et le maïs de leurs colliers Qu’ils vous appellent cercueil de violon      ou gazelle Chauve-souris malheureuse qui boîte dans l’air      en voltigeant Afin que vous soient épargnées les épines  du froid La distance et ses blessures Et que... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 09:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

18 février 2016

Yves Bergeret (1948 - ) : « Nous allons de toi à moi… »

  Nous allons de toi à moi, de moi à toi par la forêt multiple de nos corps, bel espace où roulent les nuages et les feux sur les eaux et les émois fauves parmi les vallées, et nous tourbillonnons avec les flûtes, les choeurs, les éboulis beiges, avec les oiseaux et les arbres sombres ; le désir est le fleuve doré qui nous roule, rien ne fuit, rien ne meurt mais entre nous prend source une fine lumière quand retombe notre lit défait la respiration apaisée du monde   Poèmes de Prague Editions le Temps... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 09:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
17 février 2016

Octavio Paz (1914 - 1998) : Pierres de soleil / Piedra de sol

    Pierres de soleil   (…) Il n’y a rien en moi sauf une grande blessure, un creux que personne ne parcourt plus, présent sans fenêtre, pensée qui revient, se répète, se reflète et se perd dans sa propre transparence, conscience traversée par un œil qui regarde son propre regard jusqu’à s’abolir de clarté :                j’ai vu ton atroce écaille, Mélusine, l’aube briller, verdâtre, tu dormais lovée dans les draps, en... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 08:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
15 février 2016

René Depestre (1926 - ) : Minerai noir

  Minerai noir   Quand la sueur de l'Indien se trouva brusquement tarie par le soleil  Quand la frénésie de l'or draina au marché la dernière goutte de sang indien  De sorte qu'il ne resta plus un seul Indien aux alentours des mines d'or  On se tourna vers le fleuve musculaire de l'Afrique  Pour assurer la relève du désespoir  Alors commença la ruée vers l'inépuisable  Trésorerie de la chair noire  Alors commença la bousculade échevelée  Vers le rayonnant midi du corps... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 21:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
15 février 2016

Georges Drano (1936 -) : « Quand j’en serai au bout de mon sillon… »

  Quand j’en serai au bout de mon sillon Et que j’aurai atteint ces hautes terres Où tournent les oiseaux Quand j’aurai mené à bien ma récolte Et que j’écouterai le soir grandir Les beaux orages des greniers Quand je saurai qu’on ne doit pas mesurer Son champ à l’étendue de son regard Et son rêve à la largeur de sa main Alors je serai de ceux qui marchent dans les prés Avant midi en se taisant M’arrêtant parfois sous un arbre Comme un homme qui va crier Sachant que le tracé de la lame sur le bois Suffit à blesser... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 10:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
14 février 2016

Friedrich Hölderlin (1770 – 1843) : Ainsi Ménon pleurait Diotima / Menons Klagen um diotima

      Ainsi Ménon pleurait Diotima I Chaque jour je m’en vais sous le ciel et je cherche en vain un changement. Je leur ai depuis longtemps tout demandé, aux sentiers de la campagne ; les collines là-haut où souffle la fraîcheur, j’erre de l’une à l’autre, et de    l’ombre à la source. Et mon âme, des sommets aux vallées, implore le repos. Ainsi la bête blessée fuit aux forêts où jadis à midi elle reposait nonchalamment à l’ombre, mais son gîte de verdure ne rendra pas la paix à son... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 08:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

13 février 2016

Wojciech Marek Darski (1958 - ) : Gizycko – Arrivée 5.40

Gizycko – Arrivée 5.40   Il fait presque jour. On peut déjà voir des marques sculptées dans le givre, sur les vitres. Elles se dévoilent, et l’air gelé est cinglant pour les yeux, en chassant les rêves. Elles jappent tristement. Dans l’abandon. Derrière le virage, le pont étend ses bras. La gare qui s’éveille halète en se tournant de l’autre côté. Il y a des rues qui courent en formant une étoile. La neige grince comme une porte restée longtemps fermée, et les bordures prennent des formes sous les pas. Il y a de... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 09:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
12 février 2016

Hugo von Hofmannsthal (1874 – 1929) : Tercets sur la mortalité / Terzinen über vergänglichkeit

    I Je sens encore son souffle sur mes joues : Comment peut-il se faire que ces proches journées Soient enfuies, à jamais, entièrement passées ?   C’est une chose que personne ne médite Pleinement, bien trop cruelle pour qu’on se plaigne : Que tout s’écoule et glisse et disparaît.   Et que mon propre Moi ait glissé, sans nul frein, De moi-même depuis la prime enfance Comme un chien inconnu et muet, inquiétant,   Et puis : qu’il y a cent ans, j’aie déjà été, Et que mes... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 09:39 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
11 février 2016

Abd-al-Wahab Al-Bayati (1926 - 1999) / عبد الوهاب البياتي : Amants en exil

  Amants en exil   (…) Là-bas dans les vases périssent les fleurs Et le soleil embrasse les maisons. Et la chanson des enfants Poursuit la ronde ancienne Et les vendeurs ambulants Et les cœurs insouciants Marchandent toujours Les restes de ce petit aigle qui s’appelle « conscience » Et ces gens-là et toi et moi Telle la chèvre lépreuse qu’évite le troupeau Nous sommes sans printemps Sans printemps ni maison Du coucher du soleil à son lever Et du lever au coucher Nous restons à attendre ce qui... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 09:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
10 février 2016

Charles Bukowski (1920 – 1994) : L’écrasement / The crunch

  L’écrasement    trop grand trop petit   trop gros trop maigre ou rien du tout.   rires ou larmes   haineux amoureux   des inconnus avec des gueules passées à la limaille de plomb   des soudards qui parcourent des rues en ruines qui agitent des bouteilles et qui, baïonnettes au canon, violent des vierges   ou un vieux type dans une pièce misérable avec une photographie de M. Monroe.   il y a dans ce monde une solitude si grande que vous pouvez la... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 08:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :