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Cygne

(VII – XII)

 

VII

Tu savais bien, Saha Jehan, Empereur des Indes,

Que vie jeunesse honneur richesse sont balayés par le Temps.

Aussi tu t’efforças de faire que l’agonie de ton âme survécût aux gloires de

     l’empereur.

La force de diamant de ta souveraineté

Peut disparaître comme l’éclat du couchant derrière le rideau du sommeil ;

Un seul petit soupir de l’âme

Etendra toujours sa couleur sur le ciel - car immense était le désir de ton cœur.

Oui, la splendeur des gemmes et pierreries peut s’évanouir entièrement,

Les pleurs tombés un jour subsisteront toujours,

Eternellement purs, brillants limpides au front

du Temps,

Et c’est le Taj-Mahal !

Ah pauvre âme humaine !

Le Temps ne permet pas qu’à jamais tu te retournes pour fixer un visage en

     arrière :

Point de temps, point de temps !

Toujours flottante sur le cruel courant de vie, touchant une rive en ce monde et

     puis une autre,

Tu prends sur un marché le poids de marchandise et tu le vends sur un autre

     marché ;

Le bourdonnement magicien du vent du Sud emplit le manteau bruissant de ton

     berceau avec la printanière fleur du Mâdhavi

Et presque au même instant descend le crépuscule du congé, les fleurs sont

     flétries, mortes sur la poussière.

Point de temps, point de temps !

C’est pourquoi dans les nuits d’hiver tu attends l’éclosion du bosquet de jasmin

Pour décorer la joyeuse corbeille emplie de larmes des saisons mouillées.

Ah pauvre âme humaine !

Tes chers trésors tu dois les laisser tomber sur l’accotement des routes, vers la

     fin du jour, dans la mort de la nuit !

Point de temps, point de temps !

Voilà pourquoi ton cœur anxieux, Empereur,

Essaya d’ensorceler le cruel cœur du Temps

Et ce fut avec la magie de la beauté.

Par quelle merveilleuse guirlande l’as-tu salué, comme pour couvrir la mort

     sans grâce avec une grâce ne connaissant point la mort !

                                                        Pas de place ici-bas pour la lamentation !

C’est pourquoi tu fis prisonnier ton cri sans repos

Dans un fort réseau d’éternel silence.

 

Et le nom par lequel tu nommais ta Bien-Aimée, dans le solitaire amour de ton

     temple, baigné par la lumière de la lune,

Le murmure amoureux, tu l’as laissé ici, dans l’oreille de l’éternité.

L’infinie délicatesse de l’amour fleurit pour toi en merveilleuses fleurs sur le

     cœur du marbre paisible :

Et ce fut ton rêve de marbre : Taj-Mahal !

 

O toi, Poète Empereur, ce portrait de ton âme

Ce nuage messager de toi-même veut toujours monter !

Musique et cadence inouïes, il veut s’élever vers les régions de l’invisible !

- Où ton Aimée d’Amour perdu, devenue l’éternel Bien-Aimé

Apparaît, mêlée au premier éclat de l’aurore,

A travers les soupirs de la nuit épuisée.

Dans la douceur désincarnée de Châmeli sous la pleine lune ! –

Il veut s’élever vers les régions hors des rives de l’expression d’où les regards

    mendiants reviennent toujours déçus,

Où les Beaux Messagers surgissent d’âge en âge, échappant à la garde farouche

     du Temps,

Pour répéter sans cesse le muet message :

Je ne t’ai pas oublié ! Je ne t’ai pas oublié ! mon Bien-Aimé.

 

Tu n’es plus, ô Empereur ! Ton empire s’est dissipé

Comme un rêve, et ton trône a chu dans la poussière.

Tes armées qui sous leur pas nerveux avaient vu la terre trembler

Sont à peine plus qu’une mémoire flottant sur les routes poussiéreuses de

     Dehli !

Les voix des ménestrels se sont taries,

La mystique musique du Nahabat n’est plus mêlée

A la musique onduleuse de Jamunâ.

Le tintement des chevilles ornées des belles du harem

Est mort dans la cour déserte du palais

Et transparaît aujourd’hui dans le cri du ciel de nuit à travers le chœur des

     insectes !

Cependant ton messager, ton Temple

N’est ni terni ni las, il défie l’élévation et la chute des empires,

Il ignore les hauts et les bas de la vie et de la mort, il répète

Les mots de l’Eternel Empereur éperdu d’amour :

Je ne t’ai pas oublié ! Je ne t’ai pas oublié !

Mon Bien-Aimé.

 

Est-ce bien vrai ? Qui peut dire que tu n’aies pas oublié, Empereur ?

Que tu n’aies pas descellé la porte de prison du souvenir ?

Et que l’éternel Passé comparable au sombre couchant

Ait conservé ton cœur jusqu’à ce jour ?

Que ton cœur ne se soit pas évadé sur le sentier libre de l’oubli ?

Le temple du Mort s’enfonce, s’enracine en une seule place,

Et s’élevant de la poussière

Essaie tendrement de couvrir la mort avec le manteau de mémoire,

Mais qui peut arrêter la vie pour jamais ?

Chaque étoile dans l’étendue hèle la vie,

L’invitation de vivre est dans le monde toujours varié, appelle la nouvelle aube

     et les nouvelles lumières,

Déjà la vie se précipite sur la route d’univers libre, et brise tous liens de

     mémoire. 

 

Empereur ! aucun empire si grand qu’il soit ne t’arrêtera longtemps.

La terre résonnant du vaste chant océanique

Ne peut contenir le vrai Toi figure de l’immensité,

C’est pourquoi tu laisses la terre après toi comme un pot d’argile.

Tu es beaucoup plus grand que ta renommée ! Et le chariot de la vie rejette ta

     vanité !

Ainsi ton symbole seul est présent, et non pas toi !

Cet amour qui ne sait pas marcher, aller plus avant, cet amour

Essayant de construire un autel sur la libre route,

Ah, tous les doux souvenirs de cet amour

Se collaient à tes pieds comme la poussière elle-même.

Mais dans la trace de poussière que tu laissas, soudain est tombée

     imperceptiblement une graine échappée au bouquet de ta vie.

Et cette graine (à présent que tu as disparu tout au loin)

A poussé jusque dans le ciel des rameaux impérissables

Qui chantent la mélodie sombre :

« Ce voyageur, je ne le retrouverai plus, aussi loin, aussi longtemps que je le

     cherche !

Son empire ne l’a pas arrêté ni la barrière de l’océan ni la barrière des

     montagnes,

Son Bien-Aimé non plus n’a pas su l’arrêter,

Son chariot court toujours, épousant l’appel de la nuit, le chant des étoiles,

Vers les grands portails de la nouvelle aube !

Et c’est pourquoi je suis dans la poussière une masse de mémoire

Mais le libre Esprit n’est pas ici, n’est pas ici ! »

 

 

VIII

Rivière de l’immensité

Tes eaux inconnues, tes eaux silencieuses

Glissent rapidement sans interruption selon l’éternité !

Le vaste vide est ému par ton courant désincarné,

La furieuse mêlée de ton flot sans matière

Eveille la matière en petits tas d’écume ;

Les rais aigus de lumière scintillante forment des courants de couleur

Qui montent des ténèbres précipitées ;

Tourbillons, remous, assise sur assise, - tous les soleils, les lunes, les étoiles

Comme des bulles d’eau.

 

O toi Vagabonde ! éternelle errante au lointain,

Cette marche sans aucun but est la musique de ton âme, et ta mélodie sans

     aucun son,

L’au-delà t’appelle donc toujours ?

Et comme son amour est tout-dévorant, tu es donc toujours sans maison ?

 

Dans cette folle recherche amoureuse, sur ton sein par instants se balance un

     collier

Et voilà qu’éclatent les étoiles !

Tes cheveux d’orages nuageux flottent noircissant le vide,

Tes boucles d’oreilles, formées d’éclairs, brillent dans la danse,

Et ta robe inquiète cependant baise les herbes palpitantes

Le feuillage toujours bougeant des forêts et des forêts.

Les fleurs tombent sur toi par moments et toujours

Du panier des saisons, tout le long du chemin :

Ce sont Jasmin, Champa, et Bokul et Pârul.

Tu fuis plus encor, tu t’élances plus loin

Sans contrainte ! sans terme ! Et pas un regard en arrière !

Tu prodigues à deux mains tes possessions,

Tu ne rassembles rien et ne recueilles rien,

Et tu n’as ni chagrins ni craintes,

Tes provisions pour la marche, tu les a épuisées, dans l’allégresse du chemin !

 

A tout moment, quand tu es comblée tu n’as rien,

Ainsi tu es toujours très pure.

Baisant tes pieds, la poussière de la terre oublie qu’elle est sale,

A tout moment, la mort en vie se transfigure.

- Ecoute ! si par lassitude un seul instant tu t’arrêtais,

Aussitôt l’univers tremblerait dans les blocs de sa matière ;

aussitôt les boiteux,  les muets, les démons mutilés, les grossières choses

               Obstacle épouvantable, interdiraient à tous la route !

Aussitôt le plus petit atome, dans la masse inerte en réserve, et déformé par

     l’immobilité, viendrait percer le cœur de l’espace avec son trait d’impureté

     et de souffrance ! –

               O vous Nymphes Célestes, aux coutumes sauvages,

Qui dansez pour toujours, invisibles Beautés !

La Divine Rivière est formée de vos danses

Et purifie sans cesse la vie de l’univers qui baigne dans la mort

Tandis que l’illimité bleu remplit au-dessus les cieux vastes.

 

O Poète, tu es aujourd’hui rendu fou par la musique de clochettes, à la ceinture

     de la Création !

Les pas sans raison des pieds invisible

De Celui que rien n’entrave

Les pas de l’Inquiet

 

Tu les entends dans chacune de tes veines, dans tout on cœur !

Et personne ne sait

Que ton sang se soulève aujourd’hui avec les vagues de l’océan,

Et qu’il tremble avec l’anxiété des forêts !

 

Une mémoire se lève avec lenteur dans mon esprit :

D’âge en âge nous avons marché, passant par des métamorphoses

     silencieuses ;

De beauté en beauté, et de vie en vie, de la nuit au jour, nous avons marché

Dilapidant en dons et dons, chansons et chansons, toutes nos épargnes, nos

     trésors.

 

Très fort est aujourd’hui le courant d’abandon

Ma barque est tremblante.

Ah ! laisse sur le bord l’entassement des possessions !

Ne regarde plus derrière avec dépit, mais que l’appel de l’ En-avant te traîne en

     son pouvoir irrésistible

Loin des bruits mesquins, dans le noir sans fond, la lumière sans fin.

 

IX

Qui t’a donc conféré la vie, Taj-Mahal, être de pierre ?

Qui t’alimente avec une sève immortelle ?

C’est afin que tu puisses dresser haut toujours, dans les zones célestes

La belle corolle enfantée par la terre ;

C’est afin que d’une année à l’autre souffle sur toi

Le triste soupir d’adieu du Printemps qui s’est épuisé !

Tous les chants alourdis de larmes, perdus et évaporés avec les lumières des

     lampes et les visages fatigués des fins de réunions nocturnes,

Chantent toujours là, éveillés et vivants autour de toi, ô Pierre non morte !

 

Car ton royal Amant désespéré, dans la blessure de son cœur prit la gemme

     d’amour douleur, et l’offrit aux hommes.

Point de soldats de l’Empereur, le monument est sous la garde des Quatre

     Régions du ciel,

L’azur pose toujours sur lui son baiser plein de silence,

Le soleil du matin de ses premiers rouges rayons lui prête la magnificence,

Et la lune pâle gracieuse lui donne le ton pathétique, le sourire de l’amour

     qui n’a plus d’espoir.

 

Et toi Reine !

La mémoire de ton amour a touché dans la Beauté une immortelle grandeur,

Cette mémoire née de toi pour couvrir le monde entier avec la lumière de vie.

Ton souvenir privé de chair a repris chair ; il même l’amour de l’Empereur

A l’amour même de tout homme ; et ta couronne

Retirée de la maison impériale, est accordée au front de toute Bien-Aimée

Dans un palais ou dans la masure d’un pauvre ;

Et la mémoire de ton amour a sanctifié.

L’esprit de l’Empereur, les biens et les serviteurs de l’Empereur ont disparu de

     ce grand univers impérial ; mais éternelle

Est la souffrance aimante de l’humanité, qui la nuit et le jour, sous le symbole

     de ta passion, Beauté de pierre,

Offre son adoration

 

X

Mon Bien-Aimé,

Que t’offrirais-je ce matin de mes propres mains ?

Chant du matin ?

Mais le matin est accablé

Comme une fleur, par les cruels rais du soleil,

Et le chant fatigué

Soudain tombe.

 

O mon Ami !

Que me demandes-tu survenant à ma porte

Vers la fin du jour ?

Que dois-je t’apporter ? La lampe du soir ?

Mais la lumière ne peut vivre

Que dans l’angle abrité d’une maison muette.

Ton désir serait-il donc de l’emporter

Dans ta marche à travers les foules ?

Ah ne vois-tu pas

La flamme mourir

Au vent de la route ?

 

Mon Ami, mon Ami, puis-je te donner quelque chose ?

Fleurs et liens de fleurs

Sécheront un jour,

Alors pourquoi te chargerais-je de tels fardeaux ?

Quelle que soit la chose apportée par mes mains,

Tes doigts insoucieux

L’oublieront, la laisseront tomber à la poussière ?

 

Ne serait-il pas mieux

Qu’un jour de ton loisir

Te promenant le long de mon jardin de fleurs,

A ton insu

Tu trembles d’allégresse à ressentir le secret parfum

Et t’arrêtes, soudain surpris ?

L’offrande involontaire et fournie par la chance,

C’est l’offrande pour toi !

Et quand tu traverseras l’allée de mes fleurs

Tes yeux seront pris par le charme

De la plus douce illusion

Et tu verras :

Une lumière colorée tremble en glissant, le long des tresses de cheveux du soir,

Elle applique la touche miraculeuse qui recrée tes rêves ;

Cette lumière, offrande ignorée, elle est réellement pour toi.

 

Tous mes trésors en un éclair se manifestent,

Ils viennent, disparaissent dans l’instant,

Ils ne déclarent pas leur nom

Et fuient, et les anneaux effrayés de leur cheville

Emplissent de musique le sentier.

Mais je ne sais par quelle voie gagner leur douce région

Que ni ma main ni ma parole jamais n’atteignent.

Et ainsi ce que Tu trouves

En ton propre nom, mon Ami,

Ainsi ce que tu obtiens sans demander et sans connaître,

Cela seul est vraiment à Toi !

Une fleur, un chant ou un fruit,

Tout ce que moi je donne est bien petit.

 

XI

O mon Bien-Aimé ! O mon Très Splendide !

Quand ils te jettent la poussière

Dans leur grossier plaisir de courir sur la route,

Mon cœur éclate de tourment !

Je crie, je déclare : ô mon Très Splendide,

Prends la verge du châtiment, frappe les coupables !

-Et qu’ai-je vu ? La salle du jugement toujours ouverte ;

Le procès se continue ; la lumière du matin

Silencieusement vient toucher les yeux rougis des criminels,

Et le pur parfum des jasmins sauvages baise le souffle de débauche,

Et la lampe étoilée de prière, allumée par les vierges du soir,

Regarde patiemment toute la nuit

Ceux-là qui passent, qui jettent sur toi la poussière, mon Très Splendide.

O mon Très Splendide !

Le lieu de ton jugement est dans une forêt de fleurs,

Dans un courant de libre air pur,

Au milieu du crissement des grillons dans les herbes,

Et parmi la chanson des oiseaux du printemps,

Et dans la profondeur des feuillages qui murmurent

En éventant les rivages baisés par les vagues !

 

O mon Amant ! qu’ils sont cruels en leurs passions non maîtrisées !

Ils viennent à la dérobée

Ils te volent ta robe et les ornements de la grâce

Pour en vêtir leurs vilains désirs nus.

Les blessures qu’ils te font défigurent ton corps entier, ô mon doux Maître,

Et cela je ne puis l’endurer ! Je supplie, les yeux pleins de larmes :

Prends l’épée du châtiment, mon Bien-Aimé ! Exécute ton jugement !

 - Mais qu’ai-je vu ! Où est le lieu du jugement ?

 

Les douces larmes de la Mère baignent l’œuvre des violents,

La confiance du Bien-Aimé reçoit la lance de leur révolte

En son cœur, blessure ouverte !

O Bien-Aimé, le lieu de ton jugement est établi

Sur la tranquille et sûre affection de l’amour qui ne sommeille point,

Sur la divine modestie de l’épouse dévouée,

Et sur le sang qui coule du cœur des amis

Durant la nuit de la séparation quand l’amour en son attente est assombri,

Pendant le matin de pitié attendrie quand revient le total pardon.

 

Ah je tremble d’horreur à voir ces gourmandes créatures

Grouiller près de tes grands portails, entrer secrètement dans la maison de ton

     trésor

Sans droit et sans invitation, afin de te piller, ô mon Terrible !

Mais le fardeau qu’ils ont volé est trop pesant ;

Ils faiblissent le cœur palpitant, trébuchent et cependant ils ne peuvent se

     décharger du fardeau !

Alors en pitié d’eux je crie : ô mon Terrible,

Pardonne-leur, Toi mon Terrible, pardonne-leur !

Et que vois-je ? Ton pardon

Descend, coup de vent formidable,

Espèce d’ouragan mortel ! L’énorme charge du pillage

S’écroule, ce qu’ils ont pris est saisi par le vent.

Il s’allume comme la flamme dans l’assourdissante conflagration,

Ton redoutable pardon ! Il forme l’éclat du couchant

Apparu sur l’anéantissement du monde,

Il brûle dans le déluge de sang, dans la nuit couleur de cataclysme, les soudains

     conflits, les destructions.

 

XII

Tu donneras, tu me donneras !

Dans l’attente continue mes jours sont passés.

Et pendant ce long va-et-vient de joies et de peines

J’ai tendu jour et nuit les mains

Pensant toujours

Tu donneras, et donne-moi quelque chose encore !

 

Et toi tu as donné, tu as toujours donné ;

Tantôt en fragments et par instant interrompus, tantôt en soudains déluges de

     Çrâvana formés de dons somptueux !

Je les ai pris tes dons, je les ai dispersés,

J’en ai fait les mailles d’un filet autour de mes mains, autour de mes chevilles,

J’en ai fait des objets de jeu,

Par insouciance, et négligence, et léthargie de mon âme !

Je les laissai dans le grenier avec les jouets cassés.

Cependant tu as donné, toi tu as toujours donné 

Et la coupe de tes dons a rempli le monde.

 

Le fardeau lourd écrasant de tous tes dons accumulés

M’est intolérable aujourd’hui !

Je ne peux plus le porter !

Je ne peux plus endurer

Cette vieille attente de mon cœur mendiant,

Cet éternel entrer et sortir par ta porte !

Et plus je reçois plus je demande !

Recevoir et mendier augmentent à la fois, et je ne puis plus supporter cette

     obligation sans terme

Qui remplit le matin et le soir de ma vie avec une totale mendicité !

 

Quand me prendras-tu, quand me saisiras-tu, mon Maître ?

Cette prière de moi, quand l’auras-tu satisfaite ?

Quand jetteras-tu la lampe de mon attente

Car elle brûle toujours au milieu des nuits sombres ?

Toi qui portes à ton cou la guirlande de ma vie

Oh quand me donneras-tu la liberté,

Loin de l’entassement sacré de tes dons morts,

Dans la pure luminosité de ton grand ciel nu ?

 

 

Traduit du bengali par Kalidas Nag et Pierre Jean Jouve

Librairie Delamain, Boutelleau et Cie, 1923

Du même auteur :

« Le même fleuve de vie… » (24/11/2014) 

« Frère, nul n’est éternel … » (23/04/2018)

« Malgré le soir qui s’avance … » (23/04/2017)

« Poète, le soir approche ... » (23/04/2019)

Cygne (I – VI) (23/04/2020)