rabearivelo_wearing_a_lamba[1]

 

 Danses

 

Chuchotement de trois valiha,

     son lointain d’un tambour en bois,

     cinq violons pincés ensemble

     et des flûtes bien perforées :

 

 

 

La femme-enfant avance avec cadence,

     vêtue de bleu-double matin !

     Elle a un lambe rose qui traîne,

     et une rose sauvage dans les cheveux.

 

 

 

Est-ce une pousse d’herbe haute, est-ce un roseau

     qui s’agite à l’orée du bois ?

     Est-ce une hirondelle des jours calmes,

     ou une libellule bleue au bord du fleuve ?

 

 

 

La femme-enfant avance avec cadence,

     muette soudain de bonheur.

     Elle écoute trois valiha, un tambour en bois,

     des violons et des flûtes.

 

 

 

Mais voici que ses lèvres tremblent,

     où surgissent des songes

     irrésistibles au point de devenir des plaintes,

     et même des chants après !

 

 

 

Et la vieille femme s’émeut aussi

     et vient prendre part à la danse :

     un pan de son pagne est dans la poussière,

     tout comme ses jours qui déclinent.

 

 

 

Ce ne sont ni plaintes, ni chants

qui fleurissent son visage :

des larmes l’imprègnent seules

au souvenir de tous les morts…

 

 

 

Se souvenir… Comme une pleine lune

     près de chavirer et de n’être plus visible,

     voici le printemps qui s’effeuille

     et n’est plus qu’un tombeau de feuilles mortes…

 

 

 

Et les doigts se rencontrent :

     les doigts frêles de la femme-enfant,

     et les doigts inertes de la vieille femme,

     doigts pareillement translucides –

 

 

se rencontrent et forment comme une passerelle

     qui relie le crépuscule

     déjà éclos sur les collines

     avec le jour qu’annonce le coq !

 

Presques songes (Traduit du hova par l’auteur)

Chez Henri Vidalie, Tananarive (Madagascar), 1934

Du même auteur : Traduit de la nuit (08/10/2019)