20 avril 2020

Tristan Corbière (1845 – 1975) : Sous un portrait de Corbière

  Sur un portrait de Corbière en couleurs fait par lui et daté de 1868                   Jeune philosophe en dérive               Revenu sans avoir été,                  Cœur de poète mal planté :               Pourquoi voulez-vous que je vive ?     L’amour !... je l’ai rêvé, mon cœur au grand ouvert Bat... [Lire la suite]
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19 avril 2020

Jude Stéfan (1930 -) : A une lectrice d’arbres

  A une lectrice d’arbres     Chère amie me dites-vous peu longévif que le séquoia atteint jusqu’à mille ans pour m’accabler ou parce qu’il se plaît au bord des eaux ? Résister au froid le pin qui préfère la tourbe – moi me fige l’argile finale ayant trop vu trôner le thuya au centre des hospices où jouent les vieillards aux fantômes et l’on dit menacé l’orme ? Mais le port du tremble, le couvert dense du tilleul où chantaient les pipeaux pastoraux, l’orange des sorbiers ? O blanche aubé-... [Lire la suite]
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18 avril 2020

Cesare Pavese (1908 – 1950) : Femmes passionnées / Donne appassionate

  Femmes passionnées   Les filles au crépuscule descendent dans l’eau Quand, étale, la mer disparaît. Dans le bois chaque feuille tressaille tandis qu’elles émergent prudentes sur le sable et s’assoient sur la rive. L’écume joue inquiète le long de l’eau lointaine.   Les filles ont peur des algues enfouies sous les vagues qui s’agrippent aux épaules et au jambes : ce qui est nu de leurs corps. Lestement elles regagnent la rive et s’appellent l’une l’autre, épiant autour d’elles. Les ombres aussi, sur... [Lire la suite]
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17 avril 2020

Max Jacob (1876 – 1944) : Agonie

   Agonie   Mon Dieu ! que je suis las d’être sans espérance, de rouler le tonneau lourd de ma déchéance et sans moyens d’en finir avec la terre. Je transporte Satan comme un intermédiaire, j’écorne mon blason avec mes haut-le-corps, je tourne chaque nuit mes visions vers les morts, je frappe avec mon crâne aux rochers de l’enfer, et les draps de mon lit sont en paille de fer. Souvent dans mon sommeil la même île électrique marque en couteau de sang mes noms patronymiques sur ma peau. Membres,... [Lire la suite]
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16 avril 2020

Peter Huchel (1903 – 1981) : Le moissonneur polonais / Der polnische schnitter

  Le moissonneur polonais   Ne te plains pas, crapaud aux yeux d’or, dans l’eau pleine d’algues de l’étang. La nuit, le ciel murmure comme un grand coquillage. Son murmure m’appelle à rentrer.   La faux sur l’épaule je gravis la chaussée claire entouré par l’aboiement des chiens, et passe devant la forge charbonneuse où dort, sombre, l’enclume.   Dehors, dans la dépendance, les peupliers nagent dans la lumière laiteuse de la lune. Les champs respirent encore chaud dans le cri des grillons. ... [Lire la suite]
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15 avril 2020

Salvatore Quasimodo (1901 – 1968) : « Vous avez fini de sonner le glas ... » / « Avete finito di battere i tamburi... »

  Vous avez fini de sonner le glas Au roulement cadencé des tambours Sur tous les horizons, derrière les cercueils Suivant de près les drapeaux. Vous avez fini de vous apitoyer sur les plaies et les larmes Dans les villes détruites – tas de ruines. Et plus personne ne crie : « Mon Dieu, Pourquoi m’as-tu abandonné ? » De la poitrine trouée Ne coulent plus le lait ni le sang. Et maintenant que vous avez camouflé vos canons Parmi les magnolias, laissez-nous donc Un jour sans armes sur le gazon Au... [Lire la suite]
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14 avril 2020

Théophile de Viau (1590 – 1626) : Le matin

  Le matin   L'Aurore sur le front du jour Sème l'azur, l'or et l'ivoire, Et le Soleil, lassé de boire, Commence son oblique tour.   Ses chevaux, au sortir de l'onde, De flamme et de clarté couverts, La bouche et les nasaux ouverts, Ronflent la lumière du monde.   La lune fuit devant nos yeux ; La nuit a retiré ses voiles ; Peu à peu le front des étoiles S'unit à la couleur des cieux. ....................................................   Une confuse violence Trouble le calme... [Lire la suite]
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13 avril 2020

Saphô / Σαπφώ (vers 630 – vers 580 av. J.C.) : « ... Et je ne reverrai jamais... »

Terre cuite de 480-460 av. J.‑C., provenant d'une tombe de Mélos et conservée au British Museum  On suppose qu'il s'agit de l'une des plus anciennes représentations de Sappho, ici tenant un barbitos, en conversation avec un homme, peut-être Alcée   ... Et je ne reverrai jamais ma douce Attys. Mourir est moins cruel que ce sort odieux ; Et je la vis pleurer au moment des adieux. Elle disait : « Je pars. Partir est chose dure. » Je lui dis : « Sois heureuse, et va, car rien ne dure. ... [Lire la suite]
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12 avril 2020

Abdellatif Laâbi (1942 -) : « Ma femme aimée... »

  Ma femme aimée l’aube nous rappelle à la présence la lutte reprend et l’amour s’épanouit comme une rose dans l’arène de l’émeute ma main tremble à la limite c’est d’un membre que j’ai envie de m’amputer pour l’élever en offrande jusqu’à toi cette main justement qui se dresse pour laver l’affront oui pour toi dans l’allégresse de l’émeute   Je fais appel au désert peuplé de la parole au silence retentissant du commencement je fais appel à l’eau, à son origine de sources inconnues et de chutes... [Lire la suite]
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11 avril 2020

Heinrich Von Morungen (1150 – 1180) : « Il arrive qu’un homme... » / Von del elben wirt entsehen

  12. III   Il arrive qu’un homme soit ensorcelé pour avoir vu les Elfes, Je suis de même ensorcelé par la vue d’un objet charmant, par la plus parfaite dame qu’homme aima jamais. Si elle veut pour cela me haïr, me faire du mal, elle a un moyen de se venger. Qu’elle exauce ma prière. Elle me causera une telle joie que je mourrai de ravissement.   Elle commande, elle est souveraine de mon cœur, et plus haute en dignité que moi. Ah ! que ne puis-je avoir assez de pouvoir sur elle que je puisse... [Lire la suite]
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