Theophile_Viau_1_

 

Le matin

 

L'Aurore sur le front du jour

Sème l'azur, l'or et l'ivoire,

Et le Soleil, lassé de boire,

Commence son oblique tour.

 

Ses chevaux, au sortir de l'onde,

De flamme et de clarté couverts,

La bouche et les nasaux ouverts,

Ronflent la lumière du monde.

 

La lune fuit devant nos yeux ;

La nuit a retiré ses voiles ;

Peu à peu le front des étoiles

S'unit à la couleur des cieux.

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Une confuse violence

Trouble le calme de la nuit,

Et la lumière, avec le bruit,

Dissipe l'ombre et le silence.

 

Alidor cherche à son réveil

L'ombre d'Iris qu'il a baisée,

Et pleure en son âme abusée

La fuite d'un si doux sommeil.

 

Les bêtes sont dans leur tanière,

Qui tremblent de voir le Soleil ;

L'homme, remis par le sommeil,

Reprend son oeuvre coutumière.

 

Le forgeron est au fourneau :

Vois comme le charbon s'allume !

Le fer rouge, dessus l'enclume

Etincelle sous le marteau.

 

Cette chandelle semble morte,

Le jour la fait évanouir ;

Le Soleil vient nous éblouir :

Vois qu'il passe au travers la porte !

 

Il est jour : levons-nous Philis ;

Allons à notre jardinage,

Voir s'il est, comme ton visage,

Semé de roses et de lys.