330px_Alkaios_Sappho_BM_GR1842 Terre cuite de 480-460 av. J.‑C., provenant d'une tombe de Mélos et conservée au British Museum  On suppose qu'il s'agit de l'une des plus anciennes représentations de Sappho, ici tenant un barbitos, en conversation avec un homme, peut-être Alcée

 

... Et je ne reverrai jamais ma douce Attys.

Mourir est moins cruel que ce sort odieux ;

Et je la vis pleurer au moment des adieux.

Elle disait : « Je pars. Partir est chose dure. »

Je lui dis : « Sois heureuse, et va, car rien ne dure.

Mais souviens-toi toujours combien je t’ai aimée.

Nous tenant par la main, dans la nuit parfumée,

Nous allions à la source ou rôdions par les landes.

J’ai tressé pour ton cou d’entêtantes guirlandes ;

La verveine, la rose et la fraîche hyacinthe

Nouaient sur ton beau sein leur odorante étreinte ;

Les baumes précieux oignaient ton corps charmant

Et jeune. Prés de moi reposant tendrement,

Tu recevais des mains des expertes servantes

Les milles objets que l’art et la mollesse inventent

Pour parer la beauté des filles d’Ionie...

Ô plaisir disparu ! Joie à jamais finie !

L’éperdu rossignol charmait les bois épais,

Et la vie était douce et notre cœur en paix... »

 

Traduit du grec par Marguerite Yourcenar,

In, « La couronne et la lyre,

Anthologie de la poésie grecque ancienne »

Editions Gallimard, 1979

 

Les Adieux

 

Athis n’est point sur ses pas retournée.

Vraiment, je voudrais être morte.

En me quittant, elle pleurait,

 

Elle pleurait et me disait :

«Ah ! Saphô, terrible est ma peine.

C’est malgré moi que je m’en vais... »

 

Et je lui répondais moi-même :

« Pars en joie, souviens-toi de moi.

Ah ! tu sais bien combien je t’aime !

 

« Sinon, je veux te rappeler

Nos heures si belles, si chères

(Les as-tu vraiment oubliées ?)

 

« Les couronnes de violettes,

Et la rose avec le safran,

Près de moi, tressées su ta tête,

 

« Les guirlandes entrelacées,

Autour de ta gorge fragile,

Les fleurs adorables mêlées,

 

« Et le parfum mystérieux,

Les flacons de parfum royal,

Qui inondaient tes beaux cheveux,

 

« Et l’heure où, sur un lit couchée,

Mollement et entre mes bras,

Tu calmais ta soif altérée... »

 

Traduit du grec par Robert Brasillach

in, « Anthologie de la poésie grecque »

Editions Stock, 1950

 

L’adieu

 

Sans mentir je voudrais être morte.

En me quittant elle pleurait

 

bien des larmes. Elle m’a dit :

« Ah ! Quelle épreuve cruelle est la nôtre,

Sapphô, contre mon gré je t’abandonne. »

 

Et je lui répondais :

« Va et adieu, et souviens-toi

de moi, car tu sais de quels soins nous t’avons poursuivie.

 

Mais moi, sinon, je veux te

rappeler...

... aussi les beaux jours du passé :

 

les couronnes, souvent, de violettes

et de roses ensemble, de crocus,

dont tu ornais ton front, près de moi,

 

et les guirlandes odorantes, leurs fleurs entrelacées,

que tu jetais

autour de ta gorge fragile,

 

toute l’huile parfumée

l’onguent précieux dont

tu frottais ton corps, comme une reine.

 

Et sur les lits moelleux

dans mes bras, tendrement

tu chassais hors de toi ton désir altéré.

 

Aux saintes rites...

jamais...

nous ne faisions défaut, nous n’étions pas absentes

 

pour le bosquet sacré

... et la danse

...et le bruit... »

 

 

Traduit du grec ancien par Yves Battistini

In, Sapphô : « Odes et fragments »

Editions Gallimard (Poésie), 2005

De la même autrice :

 « Je t’ai possédée, ô fille de Kuprôs ! » (13/04/2015)

Aphrodite / εἰς Ἀφροδίτην (13/04/2016)

A une aimée (13/04/2017)

Je serai toujours vierge (13/04/2018)

Nocturnes (13/04/2019)

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« Je ne change point... » (13/04/2022)