AVT_Monica-Mansour_9572[1]

 

moi je dis que le monde ne finira pas

à cause d’inondations

ni de tremblements de terre

ni d’éruptions ou d’incendies

ni même pas à cause de nous

qui détruisons avec tant d’acharnement

 

il y aura le vent, un vent

bruyant, sifflant comme serpent d’air

robuste comme tronc séculaire

irascible comme parfois la mer

et il traînera, nous traînera

jusqu’à la folie du vol incontrôlable

coup après coups jusqu’à nous défaire

contre nous-mêmes

contre nos enfants et nos maisons

végétations et bêtes

contre des falaises et des rochers

soulevant la matière

pour la laisser tomber plus tard

coup après coup

la terre sera un recensement de cratères

comme la pleine lune

fouettée dans le déchaînement sans ailes

 

le vent soulève

et continue sans regarder en arrière

sans regarder les trébuchements de sa course

coup après coup

le visage, les genoux, le ventre

déchirés

matière et matière

cailloux lancés au hasard

friction décoincée

jusqu’à ce que les molécules ne soient

qu’un souffle immense d’énergie

puis le vent n’aura plus de substance

et reposera sa colère

il y aura le vent, un vent

répandu sur la terre le feu l’eau

seule peau de cette sphère

 

Traduit de l’espagnol par Adrien Pellaumail

In « Monica Mansour. Poèmes », 

Edition Caractères, Paris / Ecrits des Forges, Québec, 2009

De la même autrice : Lumière / Luz (28/01/2015)

 

 

yo digo que el mundo no se va a acabar

por inundaciones

ni por terremotos

ni por erupciones o incendios

ni siquiera por nosotros

que destruimos con tanto empeño

 

llegará el viento, un viento

ruidoso, siseante como víbora de aire

fornido como tronco secular

iracundo como a veces el mar

y arrastrará, no arrastrará

hasta la locura del vuelo incontrolable

golpe tras golpe hasta deshacernos

contra nosotros mismos

contra nuestros hijos y nuestras casas

vegetación y bestias

contra rocas y riscos

levantando la materia

para luego dejarla caer

golpe tras golpe

la tierra será un recuento de cráteres

como la luna llena

azotada en el desenfreno sin alas

 

ele viento levanta

y sigue sin mirar atrás

sin mirar los tropezos de su carrera

golpe tras golpe

la cara, las rodillas, el vientre

desgarrados

materia y materia

guijarros lanzados al azar

fricción desencajada

hasta que las moléculas sean sólo

un soplo inmenso de energía

luego el viento no tendrá sustancia

y descansará su ira

llegará el viento, un viento

derramándos sobre tierra fuego agua

unica piel de esta esfera

 

Vertigo

Joan Boldó i Climent, Mexico 1990

Poème précédent en espagnol :

Claudio Rodríguez : L’embauche des gamins / « Qué estáis haciendo aquí?.. » (04/10/2021)