Mansour-Monica[1]

Lumière

 

 

le vendredi à sept heures du soir

par toutes les portes entre

un flamboiement

pour célébrer la création du monde

chaque septième jour la mer de lumière

se prête de nouveau à la terre

pour que l’on puisse distinguer ses formes

pour que l’on continue à leur donner

chaque jour un nouveau nom

le vendredi à sept heures du soir

tu es morte

en regardant vers la porte

et la lumière t’as inondée

 

depuis un cercueil en bois

arbre creux endormi

ton corps retournera

dans un drap blanc

à l’ombre fraîche de la terre

 

les gens déambulent

chuchotent, se regardent

nul ne sait que faire de la mort, ma sœur

nul ne sait que faire de la mort

 

sous les cyprès au sommet de la montagne

près des nuages et du silence

le regard se prolonge vers la clarté

six femmes lavent ta peau

elles l’honorent pour la dernière fois

elles prient pour le corps et l’âme

l’eau claire qui le purifie

 

nous déchirons nos robes à l’endroit du cœur

 

je marche lentement derrière le cercueil de pin

vers la grotte où tu habiteras

le rabbin murmure

l’un après l’autre nous jetons une pelletée de terre noire

afin de revêtir le cercueil nu

et d’y déposer un caillou

les pierres t’accompagneront tout au long du chemin

médiatrices parfaites rédemptrices

dure barrière d’humidité de feu

pour que tu ne perdes pas ton chemin

pour que tu ne reviennes pas

 

j’aurais préféré gardé la texture de la terre

poudre du caillou que je t’ai déposée en offrande

mais les vivants ont l’obligation de laver la mort

de la laisser à sa place

chaque pierre un fondement de ta nouvelle maison

 

sept jours de prière pour que l’âme dise adieu

sept jours pour qu’elle parte en paix

sept jours de cauchemar

assis par terre

près de la terre où tu reposes

les miroirs sont voilés

l’âme ne voit pas son visage

les proches ne regardent pas leur deuil

les couronnes de pain en cercles parfaits

attrapent en leur centre le vide

pur et protecteur

mémoire

 

la vie s’inventera tous les jours

les proches retourneront dans le monde

les miroirs seront dévoilés

 

aleha ha-shalom

 

Traduit de l’espagnol par Randolph Gilbert et Adrien Pellaumail

In « Monica Mansour. Poèmes », 

Edition Ecrits des Forges, Québec, 2009