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La force qui pousse la fleur dans la verdeur

Pousse ma verdeur ; qui dévaste les racines des arbres

Est mon dévastateur.

Et je suis muet pour dire la rose tordue

Ma jeunesse courbée par la même fièvre hivernale.

 

La force qui pousse l’eau parmi les rocs

Pousse mon sang rouge, tarit les eaux jaillissantes.

Fige les miennes en cire.

Et je suis muet pour puiser à mes veines

Comme la même bouche puise au torrent de montagne.

 

La main qui fait tourbillonner les eaux dans la mare

Trouble le sable mouvant, qui enchaine le souffle du vent

Gonfle la voile de mon linceul.

Et je suis muet pour dire le pendu

Et le ciment que le bourreau fait de ma glaise.

 

Les lèvres du temps sucent la tête de la fontaine comme des sangsues ;

L’amour goutte à goutte se rassemble, mais le sang épandu

Apaisera son mal.

Et je suis muet pour dire la saison du vent

Et le ciel que le temps tisse autour des étoiles.

 

Et je suis muet pour dire la tombe de l’amant

Et le ver tout pareil qui se tortille et rampe vers ma couche.

 

 

Traduit de l’anglais par Hélène Bokanowski

In, « Anthologie bilingue de la poésie anglaise »

Editions Gallimard, (La Pléiade), 2005

Du même auteur :

La lumière point là où le soleil ne brille pas (04/02/2015)

La colline aux fougères / Fern Hill (22/03/2016)

« Surtout quand le vent d’octobre… » / Especially when the October wind…” (30/12/2017)

De son anniversaire / On his birhtday (30/12/2018)

 

 

The force that through the green fuse drives the flower

Drives my green age; that blasts the roots of trees

Is my destroyer.

And I am dumb to tell the crooked rose

My youth is bent by the same wintry fever.

 

The force that drives the water through the rocks

Drives my red blood; that dries the mouthing streams

Turns mine to wax.

And I am dumb to mouth unto my veins

How at the mountain spring the same mouth sucks.

 

The hand that whirls the water in the pool

Stirs the quicksand; that ropes the blowing wind

Hauls my shroud sail.

And I am dumb to tell the hanging man

How of my clay is made the hangman's lime.

 

The lips of time leech to the fountain head;

Love drips and gathers, but the fallen blood

Shall calm her sores.

And I am dumb to tell a weather's wind

How time has ticked a heaven round the stars.

 

And I am dumb to tell the lover's tomb

How at my sheet goes the same crooked worm.

 

 

18 Poems

Parton Bookshop, London, 1934

Poème précédent en anglais :

Allen Ginsberg : Transcription de musique d’orgue / Transcription of organ music (25/10/2019)

Poème suivant en anglais :

Whalt Whitman : Calamus (28/01/2020)