102f0a05de82905231e56344beda5ef6[1]

 

Le bossu du parc

 

Le bossu du parc

Un monsieur solitaire

Libérait les eaux et les arbres

Dès que s’ouvrait la serrure

Du jardin qui les retenait

Et jusqu’à la sombre note

De la cloche du dimanche soir.

 

Mangeant du pain dans du papier journal

Buvant de l’eau dans la coupe enchaînée

Que les enfants remplissaient de gravier

Dans la fontaine du bassin où je lançais mon voilier

La nuit, il dormait dans une niche

Mais personne ne l’enchaînait.

 

Comme les oiseaux du parc

Il arrivait tôt

Comme l’eau il se tenait assis,

Mais « Monsieur », « Hé, Monsieur »

L’appelaient les enfants échappés de l’école

Et il courait avant même que leurs cris

Lui soient perceptibles.

 

Passé le lac et les rocailles

Il riait en agitant son journal

Bossu de rire

A travers le zoo bruyant des allées de saules

Evitant le gardien du parc

Et son bâton clouté.

 

Et ce bon vieux chien

Solitaire entre  les cygnes et les nourrices

Tandis que les enfants parmi les saules

Faisaient sauter des tigres de leurs yeux

Et rugissaient sur les rochers

Et que les allées bleuissaient de marins

 

Faisait, jusqu’à l’heure de la cloche

Surgir une figure de femme sans défaut

Droite comme un jeune orme

Droite et haute, de ses os contrefaits,

Qui pourrait se tenir près de lui

Dans la nuit, après l’heure des chaînes et des serrures.

 

Toute la nuit dans le parc défait

Après l’heure des grilles et des arbustes

Les oiseaux l’herbe les arbres le lac

Et les libres enfants innocents comme les fraises

Avaient suivi le bossu du parc

Dans son chenil dans le noir.

 

Traduit de l’anglais par Alain Suied 

In, Dylan Thomas : « Visions et Prière et autres poèmes » 

Editons Gallimard (Poésie),1991

 

Le bossu du parc

 

Le bossu du parc

Un monsieur solitaire

Calé entre les arbres et l’eau

Dès l’ouverture de la serrure du jardin

Qui fait entrer les arbres et l’eau

Jusqu’à la cloche du soir sinistre comme dimanche

 

Mangeant du pain dans un journal

Buvant de l’eau dans la tasse enchaînée

Que les enfants remplissaient de cailloux

Dans la vasque de la fontaine où je faisais naviguer mon bateau

Dormait la nuit dans une niche à chien

Mais personne ne l’enchaînait

 

Comme les oiseaux du parc il venait tôt

Comme l’eau il s’asseyait

Et m’sieu ils appelaient hé m’sieu

Les garnements de la ville

S’enfuyant quand il les avait clairement entendus

Hors de portée de voix

 

Dépassant le lac et la rocaille

Riant quand il brandissait son journal

Imitant sa bosse pour se moquer

Traversant le zoo sonore des bosquets de saules

Evitant le gardien du parc

Avec son bâton à ramasser les feuilles.

 

Et le vieux dormeur chien

Seul entre les nourrices et les cygnes

Tandis que les enfants parmi les saules

Faisaient bondir les tigres de leurs yeux

Et rugir sur les pierres sur la rocaille

Et que les bosquets étaient bleus de matelots

 

Composait tout le jour jusqu’à l’heure de la cloche

Une silhouette de femme sans défaut

Droite comme un jeune orme

Droite et haute à partir de ses dos tordus à lui

Afin qu’elle se tienne debout dans la nuit

Après que serrures et chaînes

 

Toute la nuit dans le parc décomposé

Après que les grilles et les arbustes

Les oiseaux l’herbe les arbres le lac

Et les fougueux enfants innocents comme les fraises

Avaient suivi le bossu

Jusqu’à sa niche dans le noir.

 

Traduit de l’anglais par Adolphe Haberer

In, « Anthologie bilingue de la poésie anglaise »

Editions Gallimard, (La Pléiade), 2005

 

 

 

Du même auteur :

La lumière point là où le soleil ne brille pas (04/02/2015)

La colline aux fougères / Fern Hill (22/03/2016)

« Surtout quand le vent d’octobre… » / Especially when the October wind…” (30/12/2017)

De son anniversaire / On his birhtday (30/12/2018)

 “ La force qui pousse la fleur... ”/ “ The force that through the green…” (30/12/2019)

 

The hunchback in the park

 

The hunchback in the park

A solitary mister

Propped between trees and water

From the opening of the garden lock

That lets the trees and water enter

Until the Sunday sombre bell at dark

 

Eating bread from a newspaper

Drinking water from the chained cup

That the children filled with gravel

In the fountain basin where I sailed my ship

Slept at night in a dog kennel

But nobody chained him up.

 

Like the park birds he came early

Like the water he sat down

And Mister they called Hey mister

The truant boys from the town

Running when he had heard them clearly

On out of sound

 

Past lake and rockery

Laughing when he shook his paper

Hunchbacked in mockery

Through the loud zoo of the willow groves

Dodging the park keeper

With his stick that picked up leaves.

 

And the old dog sleeper

Alone between nurses and swans

While the boys among willows

Made the tigers jump out of their eyes

To roar on the rockery stones

And the groves were blue with sailors

 

Made all day until bell time

A woman figure without fault

Straight as a young elm

Straight and tall from his crooked bones

That she might stand in the night

After the locks and chains

 

All night in the unmade park

After the railings and shrubberies

The birds the grass the trees the lake

And the wild boys innocent as strawberries

Had followed the hunchback

To his kennel in the dark.

 

Death and Entrances

J.M. Dent & Sons LTD, 1946

Poème précédent en anglais : 

Alicia Suskin Ostriker : Huitième et treizième / The Eighth and Thirteenth (03/12/2020)

Poème suivant en anglais :

Lawrence Ferlinghetti (1919 -) : Un Coney Island de l’esprit (1 – 6) /A Coney Island of the mind (1 – 6) (19/01/2021)