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Psaume

 

 

Personne ne nous pétrira de nouveau de terre et d’argile,

personne ne soufflera la parole sur notre poussière.

Personne.

 

Loué sois-tu, Personne.

C’est pour te plaire que nous voulons

fleurir.

A ton

encontre.

 

Un Rien

voilà ce que nous fûmes, sommes et

resterons, fleurissant :

la Rose de Néant, la

Rose de Personne.

 

Avec

le style, lumineux d’âme,

le filet d’étamine, ravage du ciel,

la couronne rouge

du mot pourpre que nous chantions,

au-dessus, ô, au-dessus

 de l’épine.

 

Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre

in, Paul Celan : « Choix de poèmes, réunis par l’auteur »

Editions Gallimard (Poésie), 1998

Du même auteur :

Fugue de mort / Todesfuge (01/12/2014)

Strette / Engfürhrung (01/12/2015)

 Matière de Bretagne (01/12/2016)

Le Menhir (01/12/2017)

« Voix... / Stimmen... » (01/12/2018)

 

 Psalm

 

Niemand knetet uns wieder aus Erde und Lehm,

niemand bespricht unsern Staub.

Niemand. 

 

Gelobt seist du, Niemand.

Dir zulieb wollen

wir blühn.

Dir

entgegen. 

 

Ein Nichts

waren wir, sind wir, werden

wir bleiben, blühend:

die Nichts-, die

Niemandsrose. 

 

Mit

dem Griffel seelenhell,

 dem Staubfaden himmelswüst,

der Krone rot

vom Purpurwort, das wir sangen

über, o über

dem Dorn.

 

Die Niemandsrose

Fischer Verlag, Frankfurt,1963

 

Poème précédent en allemand :

WolfdietrichSchnurre : Stance / Strophe (28/11/2019)