220px_Pablo_Neruda_Ricardo_Reyes_1_

 

Que ne t’atteigne pas l’air, l’aurore, la nuit,

mais seulement la terre, et la vertu des grappes,

et la pomme qui pousse en entendant l’eau pure,

la résine et la boue de ta terre odorante.

 

Depuis Quinchamali où tes yeux furent faits

jusqu’à tes pieds créés pour moi sur la Frontière

tu es la glaise obscure et que je reconnais :

tout le blé je le touche à nouveau sur tes hanches.

 

Et peut-être l’ignorais-tu, mon Araucane,

lorsque avant de t’aimer j’oubliai tes baisers

qu’il me restait au coeur mémoire de ta bouche

 

et j’allai par les rues pareil à un blessé

pour comprendre à la fin que j’avais découvert

mon territoire, amour, de baisers, de volcans.

 

 

Traduit de l’espagnol par Jean Marcenac et André Bonhomme

in, Pablo Neruda : « La centaine d’amour »

Club des amis du livre progressiste, 1965

Du même auteur :

Dernières volontés / Disposiciones (02/11/2014)

Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée / Veinte poemas de amor y una canción desesperada  (02/11/2015)

Testament d’Automne (02/11/2016)

Hauteurs de Macchu-Picchu / Alturas de Macchu-Picchu (02/11/2017)

 

No te toque la noche ni el aire ni la aurora,

sólo la tierra, la virtud de los racimos,

as manzanas que crecen oyendo el agua pura,

el barro y las resinas de tu país fragante.

 

Desde Quinchamalí donde hicieron tus ojos

hasta tus pies creados para mí en la Frontera

eres la greda oscura que conozco :

en tus caderas toco de nuevo todo el trigo.

 

Tal vez tú no sabías, araucana,

que cuando antes de amarte me olvidé de tus besos

mi corazón quedó recordando tu boca

 

y fui como un herido por las calles

hasta que comprendí que había encontrado,

amor, mi territorio de besos y volcanes.

 

Poème précédent en espagnol :

Claudio Rodriguez : Parce que nous ne possédons rien / Porque no poseemos (20/09/2018)