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La pensée est une pensée à coups de vagues

Et les mains tiennent la barre

Oui, la barre du monde

Et la poésie nage, rouge

Dans les abîmes de la mer

La poésie des profondeurs contre laquelle je troque ma vie

Et je la sens comme je sens mon sang

Et comme je sens le pays où je vis

Voilà, c’est là

En douceur – serre

Et les filets s’enfoncent en ondulant

Tandis que les premiers cheveux gris de l’aurore

Se montrent dans le ciel

Attends, attends le temps qu’ils dérivent

Dérivent

Dans le monde rouge et noir

Attends tout en fumant

Et tout en fredonnant

Tandis que les filets s’épaississent et se gonflent

Et alors hisse

Hisse toi-même

Hisse à bord la masse convulsive de ta blancheur

Et chavire ta mort dans la cale

Et après çà retourne-t’en

Le moteur battant doucement

En doublant les Mamelles

Vers le rivage

Vers un matin grisonnant comme un vieux

 

(Poèmes du monde blanc)

 

Traduit de l’anglais par Pierre Leyris

In, Kenneth White : « En toute candeur”

Editions du Mercure de France, 1964

Du même auteur :

« et aussi l'effort… » (06/09/2014)

La porte de l’ouest (02/09/2015)

Lettre à un vieux calligraphe (03/09/2016)

Théorie (03/09/2017)