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Peux-tu nommer, ô ma terre natale,

Un seul pays ou bien un seul séjour

Où ton semeur, sentinelle loyale,

Où ton moujik ne gémisse toujours ?

 

Il gémit en prison, au bagne,

Il gémit aux champs, aux bois verts,

Dormant sous son char en plein air,

Sur les durs chemins des campagnes.

 

Il gémit dans mille bourgades,

Dans les tribunaux et conseils,

Sans même jouir du soleil

Dans son isba pauvre et maussade.

 

Entends-tu ses gémissements

Sur la Volga, grand fleuve russe ?

Ce sont les haleurs qui les poussent

Et nous nommons leurs plaintes un chant.

 

Vaste Volga, quand sur la plaine

Tu répands tes eaux printanières,

Plus vaste que toi sourd la peine

Du peuple russe sur sa terre.

 

Quand donc se lèvera-t-il, quand ?

Que veut dire sa plainte amère ?

Ou bien au sort obéissant,

Ayant chanté ce triste chant,

S’endormira-t-il sur sa terre ?

1857

Traduit du russe par Katia Granoff

in, "Anthologie de la poésie russe"

Editions Gallimard (Poésie), 1993

 

Du même auteur :

« Est-ce le vent au fond des bois ?...  » (06/01/2018)

« La coupe est pleine... » (06/01/2019)