20 juin 2016

Fernando Pessoa (1888 – 1935) : Passage des heures / Passagem das horas

  Passage des heures 25 mai 1916 Je porte dans mon cœur comme dans un coffre impossible à fermer tant il est plein, tous les lieux que j’ai hantés, tous les ports où j’ai abordé, tous les paysages que j’ai vus par des fenêtres ou des hublots, ou des dunettes, en rêvant, et tout cela, qui n’est pas peu, est infime au regard de mon désir.   L’entrée de Singapour, au petit jour, de couleur verte, le corail des Maldives dans la touffeur de la traversée, Macao à une heure du matin… Tout à coup je m’éveille… ... [Lire la suite]
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02 septembre 2015

Antonio Ramos Rosa (1924- 2013) : Une voix / Uma voz

  Une voix   Je veux appartenir à la voûte obscure comme un amant désarmé, devenir le souffle du silence sur les épaules des nuages. Je veux adhérer à l’ombre des paroles du feuillage et comprendre la terre dans la soie farouche du désir.   Traduit  du portugais par Michel Chandeigne, in « Les poètes de la Méditerranée. Anthologie » Editions Gallimard (Poésie), 2010 Du même auteur : La femme dilacérée / A mulher dilacerada (02/09/2014) Quand la lumière s’efface… / Quando a luz se... [Lire la suite]
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20 juin 2015

Fernando Pessoa (1888 – 1935) : « Plutôt le vol de l’oiseau … » / « Antes o vôo da ave, que passa »

  Plutôt le vol de l’oiseau qui passe sans laisser de trace, que le passage de l’animal, dont l’empreinte reste sur le sol. L’oiseau passe et oublie, et c’est ainsi qu’il doit en être. L’animal, là où il a cessé d’être et qui, partant, ne sert à rien, montre qu’il y fut naguère, ce qui ne sert à rien non plus.   Le souvenir est une trahison envers la Nature, Parce que la Nature d’hier n’est pas la Nature. Ce qui fut n’est rien, et se souvenir c’est ne pas voir.   Passe, oiseau, passe,  et apprends-moi... [Lire la suite]
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24 octobre 2014

Antonio José Da Silva (1705 – 1739) : Le mort vivant

Le mort vivant   Je suis, ô Taramelle, un vivant mort, Car pour toi je m’imagine mort et vivant, Mais ne croit pas que je vis parce que je suis vivant, Puisque, bien que vivant, je suis mort.   Dans la fosse de ton dédain, tu m’enterres mort, Par un signe de ta faveur, tu me ranimes vivant. Si tu me caresses, je m’éveille comme un vivant, Si tu me repousses, je me refroidis comme un mort.   Dans ce combat, tantôt mort, tantôt vivant, Dans la vie, par une faveur, tu me ranimes mort, Dans la mort, par un... [Lire la suite]
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02 septembre 2014

Antonio Ramos Rosa (1924- 2013) : La femme dilacérée / A mulher dilacerada

La femme dilacérée Tu avais le goût de la terre sombre et de l'amère écume d'un arbre. J'ai découvert ton visage sali travaillé par le vent et les marées noires. Un tournesol nuageux te faisait de l'ombre. Ton visage se penchait sur une épaule matinale dilacérée. Tes jambes fermes étaient d'atroces nerfs enracinés dans la pierre. Sur tes seins neutres rebondissaient les vagues lourdes et les métaux furieux. Le monde s'était obscurci dans tes hanches dilacérées Tel un oiseau nocturne en des miroirs abolis tu... [Lire la suite]
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20 juin 2014

Fernando Pessoa (1888 -1935) : À la veille de ne jamais partir / Na véspera de não partir nunca

27 septembre 1934 À la veille de ne jamais partir du moins n’est-il besoin de faire sa valise ou de jeter des plans sur le papier, avec tout le cortège involontaire des oublis pour le départ encore disponible du lendemain. Le seul travail, c’est de ne rien faire à la veille de ne jamais partir. Quel grand repos de n’avoir même pas de quoi avoir à se reposer ! Grande tranquillité, pour qui ne sait même pas hausser les épaules devant tout cela, d’avoir pensé le tout et d’avoir de propos délibéré atteint le rien. ... [Lire la suite]
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