12 décembre 2018

Gilberte H. Dallas (1918 – 1960) : « Les ancolies d’ébène... »

  Y Les ancolies d’ébène guettent la mourante dévorée par la pluie Les rues la serrent l’enlacent Elle marche dans la jungle de béton Elle tend son corps comme une phrase délavée. Elle titube celle qui aurait pu être ma mère Elle titube la mère qui n’a pas de ventre, En sa place mes yeux agrandis, Deux yeux immenses deux glands desséchés Greffe de la mort Pauvre mère stérile berce dans ta chair Mes yeux d’enfant perdu Mes yeux comme une herbe qui mâche l’épouvante Mes yeux d’extra lucide Pauvre loque de sel ! ... [Lire la suite]
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11 décembre 2018

Georges Fagus (1872 – 1933) : « Pourquoi, Seigneur... »

  - Pourquoi, Seigneur, les hirondelles, Si bas, puis si haut volent-elles :           Qu’en savent-elles,           Qu’en sais-je ? rien.   Et moi, pourquoi gai, puis morose, Pourquoi mes vers, pourquoi ma prose, Pourquoi sous mes doigts cette rose,             Qu’en sais-je ? rien. (Du pont des arts, balcon de Paris)   Pas perdus Le Divan, 1926
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10 décembre 2018

Roland Dubillard (1923 – 2011) : La rencontre

La rencontre   Il a fait semblant de ne pas m'avoir vue, mais j'ai bien vu alors qu'il ne voyait plus rien ; et quand je l'ai perdu de vue, pendant des heures on m'a dit qu'il a fait le tour de la ville. Je l'ai vu revenir de très loin et tout droit, à la façon de ceux qui savent bien mon nom ; et il m'a dit aussi ce qu'ils me disent. Mais je ne l'ai pas entendu.   Je me disais : que va-t-il devenir ? Combien de temps demanderont ses yeux? Car ses yeux n'étaient pas de leur couleur encore; en sorte que... [Lire la suite]
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09 décembre 2018

Jean-Pierre Schlunegger (1925 – 1964) : Retour

  Retour à Jean-Jacques Rizzolio     Après les bois de pins, les oliviers, les vignes, La ville dont la pierre a la douceur des corps, Voici le pays froid, les longs murs sans lumière, Les passants au regard de juge, sans éclat.   Je suis là, dispersé comme la pluie amère Que le vent chasse dans la tristesse des rues Où nulle image d’or, nul rêve de statue, Ne vient récompenser la quête du regard.   Nous voici retombés dans ce climat sans joie Avec un jet de feu écrasé dans nos veines ; ... [Lire la suite]
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08 décembre 2018

Mellin de Saint-Gelais (1491 – 1558) : Treizain

  Treizain   Par l'ample mer, loin des ports et arènes S'en vont nageant les lascives sirènes En déployant leurs chevelures blondes, Et de leurs voix plaisantes et sereines, Les plus hauts mâts et plus basses carènes Font arrêter aux plus mobiles ondes, Et souvent perdre en tempêtes profondes ; Ainsi la vie, à nous si délectable, Comme sirène affectée et muable, En ses douceurs nous enveloppe et plonge, Tant que la Mort rompe aviron et câble, Et puis de nous ne reste qu'une fable, Un moins que... [Lire la suite]
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07 décembre 2018

Alain Jégou (1948 – 2013) : Lorient-Keroman

  Lorient – Keroman        Espace portuaire dorloté par la nuit. L’ombre maousse pèse sur l’avenue de La Perrière, les troquets aux quinquets fermés, les magasins de marée, la glacière, le slip-way et ses bassins de carénage. Pas ou peu de bruit encore, aucune agitation particulière, pas le tintouin excessif des nuits estivales. L’air est vif et glacial.  Notre monde frémit et recroqueville sous la botte hivernale. La vie la nuit se bourre d’étoupe, de silences grassouillets, pour colmater... [Lire la suite]
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06 décembre 2018

Maurice Roche (1924 – 1997) : « La douleur qui, peut-être... »

          La douleur qui, peut-être,        la bosse humide à cet endroit a provoqué le cauchemar em-       du plan correspond dans la pêche que l’on se rendorme.         réalité à un tertre – les ser – On ne sait plus. On a la joue         vices topographiques qui ont droite enflée par un abcès qui       dressé cette carte... [Lire la suite]
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05 décembre 2018

Jacques Roubaud (1932) : « nuit ... »

  nuit   .                                                         [GO 15]   les raisins s’écrasaient sur la route bleue grappes guêpes et froissées sous les pieds nus contre le soir de groseille qui venue qui ? la nuit jaillissant... [Lire la suite]
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04 décembre 2018

Antonio Gamoneda (1931 -) : « Il existait tes mains... » / « Existían tus manos... »

  Il existait tes mains.   Un jour le monde devint silencieux ; les arbres, là-haut, étaient profonds et majestueux, et nous sentions sous notre peau le mouvement de la terre.   Tes main furent douces dans les miennes et j’ai senti en même temps la gravité et la lumière, et que tu vivais dans mon cœur.   Tout était vérité sous les arbres, tout était vérité. Je comprenais toutes choses comme on comprend un fruit avec la bouche, une lumière avec les yeux.   Traduit de l’espagnol par... [Lire la suite]
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03 décembre 2018

Jacques Lacarrière (1925 – 2005) : Mémoire fourragère

      Mémoire fourragère     Fétu d'abord dans la grossesse des vents. Puis les jeux d'une enfance herbagère. Je grandis à l'école des pailles et j'eus le premier Prix de fenaison. Après quoi, je quittai l'été.   Je me souviens de deux ou trois orages sur ma tige. Des envolées de la poussière soulevée par l'Impondérable. De nos fous rires avec l'ivraie.   Je me souviens d'un trèfle à quatre feuilles écartelé dans le printemps. De l'affolement des luzernes apprenant l'arrivée de... [Lire la suite]
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