Odysseas_Elytis_1974[1]Odysseas Elýtis en 1974

 

 

Je pleure le soleil et pleure les années qui viennent

Sans nous et je chante celles qui sont passées

Si tout cela est vrai

 

Les dialogues des corps et les barques avec douceur entrechoquées

Les guitares sous les eaux éteintes et rallumées

Les « crois-moi » les « non pas ça »

Tantôt dans l’air, tantôt dans la musique

 

Deux petits animaux, nos mains qui cherchaient

A monter l’une sur l’autre en cachette

Le vase de citronnelle aux portes ouvertes des cours

Et les bouts de mers qui arrivaient ensemble

Pa- dessus les murets, derrière les clôtures

L’anémone qui se posa sur ta main

Et le mauve qui trois fois trembla trois jours au-dessus des cascades

 

Si tout cela est vrai je chante

Le bois de la poutre et la tapisserie carrée

Du mur, la Sirène aux cheveux dénoués

Le chat qui nous observa dans l’ombre

L’enfant à l’encensoir et sa croix rouge

Quand le soir tombe sur l’escarpé des rochers

Je pleure l’habit que j’ai touché, le monde qu’il m’a donné.

 

Traduit du grec par Michel Volkovitch

in, « Anthologie de la poésie grecque contemporaine, 1945 – 2000 »

Editions Gallimard (Poésie), 2000

Du même auteur :

Six plus un remords pour le ciel (08/10/2015)

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