Giambattista_Marino[1]

 

Au Sommeil

 

Toi, enfant du Silence et de la Mort,

Père de visions, fictives et charmantes,

C’est sur tes pas sans bruit, Sommeil aimable,

Qu’au Ciel d’Amour souvent montent nos âmes ;

 

Lorsque chacun, sauf moi, au sein des ombres,

Légères et clairsemées, se repose et dort,

Laisse, je t’en prie, les grottes cimmériennes

Et l’Erèbe, aussi noir que mes pensées,

 

Et viens consoler mon désir inassouvi

Avec ton oubli, doux et tranquille, et avec

Son beau visage qui me ravit et m’apaise.

 

Mais, faute de jouir en toi de son image

Dont je suis fort épris, je jouirai du moins

De celle de la Mort, objet de mon désir.

 

 

Traduit de l’italien par Sicca Vernier

in, « Poètes d’Italie. Anthologie, des origines à nos jours »

Editions de la Table Ronde, 1999

Du même auteur :

Ciel et mer / Tanquillita notturna (22/11/2019)

Polyphème et Galatée (22/11/2020) 

« Silence, ô Faunes... » / « Silenzio, o fauni... » (22/11/2021)

 

Al Sonno

 

O del Silenzio figlio e de la Notte,

padre di vaghe imaginate forme,

Sonno gentil, per le cui tacit’orme

son l’alme al ciel d’Amor spesso condotte,

 


        or che ’n grembo a le lievi ombre interrotte

ogni cor, fuor che ’l mio, riposa e dorme,

l’Erebo oscuro, al mio pensier conforme,

lascia, ti prego, e le cimerie grotte.

 

 

 E vien’ col dolce tuo tranquillo oblio

e col bel volto, in ch’io mirar m’appago,

a consolare il vedovo desio.

 

 

Che, se ’n te la sembianza, onde son vago,

non m’è dato goder, godrò pur io

de la morte, che bramo, almen l’imago.

 

Poème précédent en italien :

            Giuseppe Ungaretti : Ironie / Ironia (01/11/2022)