Alerte-a-la-neige[1]

 

Je respire

 

C’est merveilleux ! Je respire sans arrêt

Même quand je dors profondément

Je respire sans m’arrêter

Par le ventre

Avec les feuilles pleines de stomates, la veille Terre

En toutes les étoiles qui tournent dans la Voie lactée.

 

Je respire sans m’arrêter, au grand jour,

Avec les bœufs, le soleil,

Les ailes qui s’envolent, les gouttes d’eau, les lucanes,

Avec les nuages blancs et la lune de plein jour,

Je respire, en ces jours où

Diminue le bruit de la respiration des hommes,

En ces jours où grandissent toujours plus

Le bruit du métal

Et le bruit des haut-parleurs des autorités

 

C’est étouffant ! Je respire

Sans avoir ni de solides bronches,

Ni une grande capacité respiratoire,

Ni des poumons sains à remplacer

En m’ouvrant la poitrine

Comme un poisson qui ouvre grand

Sa bouche dans l’air

Sans pouvoir aspirer son oxygène à satiété

Comme un vieux prisonnier épuisé

Par son emprisonnement

En haletant de temps en temps

Et en toussaillant lugubrement

Je respire sans m’arrêter

Et avec toutes les étoiles qui tournent dans la Voie lactée

Je tournerai même après ma mort

 

 

Traduit du coréen par No Mi-Sug et Alain Génetiot

in, Choi Seung-ho : «  Alerte à la neige »

Editions Autres Temps, 13420 Gémenos, 2007

Du même auteur :

 La force de la nuit (31/01/2020)

De la soupe piquante (31/01/2021)

Le train n° 244 (31/01/2022)