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Le train n° 244

 

Une grande lampe ronde de couleur orange

Eclaire faiblement l’homme qui dort bouche bée,

Elle éclaire les enfants endormis

En appuyant leurs têtes fragiles l’une contre l’autre

Dans un coin de la banquette.

 

Ceux qui sont réveillés sont ceux qui jouent aux cartes

Et les gens qui pour tuer le temps long et ennuyeux

Lisent et relisent dans les moindres détails

Leur hebdomadaire

- Les matchs de boxe, les scandales des vedettes, l’horoscope de la semaine...

 

L’air lourd dans le train,

Des balluchons et des sacs

Sont étalés pêle-mêle sur les porte-bagages

La grande lampe ronde de couleur orange

Eclaire faiblement des coquilles d’œufs durs, des sachets de seiches séchées

Et des canettes de bière vides contenant des cendres de cigarettes.

 

Bringuebalé par le roulement des roues

Je regarde au-dehors la lune qui décroît,

Sur la fenêtre noircie qui ressemble à du mica

Se reflète un visage flou

Et des fantômes chimériques

 

Et les gares défilent piteuse et solitaires.

Ces gens qui vont descendre doucement dans le pays de la mort

Comme on descend dans une gare inconnue et intimidante

Où ils n’ont pas très envie de descendre.

 

Entourée par la chair fatiguée et l’odeur de la sueur,

Dans l’obscurité pareille à l’eau qui embue les fenêtres

Se lève

La nuit de Jonas perplexe dans la ventre de la baleine,

Je lis A la date d’aujourd’hui

dans un coin du journal du soir que je feuillette de nouveau

- Décès du grand maître Seosan (1604) – Naissance de Manet (1832) –

 

 

Traduit du coréen par No Mi-Sug et Alain Génetiot

in, Choi Seung-ho : «  Alerte à la neige »

Editions Autres Temps, 13420 Gémenos, 2007

Du même auteur :

 La force de la nuit (31/01/2020)

De la soupe piquante (31/01/2021)