mqdefault[1]The Gallery Press, 2012

 

Les dieux bannis

 

Près des sources de la plus longue rivière

Est une clairière dans la forêt

Lieu moite et brumeux

Où la lumière monte en colonnes

Et le chant des oiseaux est comme du papier qu’on déchire.

 

Loin de la terre, loin des itinéraires commerciaux,

Dans le temps rêvé ininterrompu

Du pingouin et de la baleine

Les mers soupirent pour elles-mêmes

Et revivent les jours d’avant les voiles.

 

Où finissent les fils et les poteaux, la lande frémit en silence

Parsemée de rocs éboulés, de primevères,

De plumes et de fientes.

Elle abrite le faucon et entend dans ses rêves

Les cris à l’abandon des espèces perdues.

 

C’est ici que se cachent les dieux en exil,

Ici qu’ils résistent aux siècles

Dans la pierre, dans l’eau

Et dans le cœur des arbres,

Absorbés, méditant sur leur propre nature,

 

La croissance zéro et les variations saisonnières

Dans un monde sans voitures ni ordinateurs

Ni ciels chimiques,

Où la pensée est une pierre qu’on caresse

Et la sagesse un peu de silence au lever de la lune.

 

 

Traduit de l’anglais par Denis Rigal

In, « Poésies d’Irlande. Anthologie »

Sud, 13001 Marseille

Du même auteur :

Quatre promenades dans la campagne près de Saint-Brieuc / Four walks in the country near St.-Brieuc (11/11/2014)

Portrait de l’artiste / A portrait of the artist (22/06/2020)

Epitaphe pour Robert Flaherty / Epitaph for Robert Flaherty (22/06/2021)

 

 

The banished gods

 

Near the headwaters of the longest river

There is a forest clearing,

A dank, misty place

Where light stands in columns

And birds sing with a noise like paper tearing.

.

Far from land, far from the trade routes,

In an unbroken dreamtime

Of penguin and whale,

The seas sigh to themselves

Reliving the days before the days of sail.

.

Where wires end the moor seethes in silence,

Scattered with scree, primroses,

Feathers and faeces.

It shelters the hawk and hears

In dreams the forlorn cries of lost species.

.

It is here that the banished gods are in hiding,

Here they sit out the centuries

In stone, water

And the hearts of trees,

Lost in a reverie of their own natures —

 

Of zero-growth economics and seasonal change

In a world without cars, computers

Or chemical skies,

Where thought is a fondling of stones

 And wisdom a five-minute silence at moonrise.

 

Poème précédent en anglais :

Ronald Stuart Thomas : Mort d’un paysan / Death of a Peasant (18/06/2022)

Poème suivant en anglais :

John Keats (1795 – 1821) : A l’automne / To Autumn