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Quatre promenades dans la campagne près de Saint-Brieuc

 

I. Matin

 

La création a du être quelque chose comme çà

un jour froid qui point sur les pierres muettes,

plus lent que le temps, spectaculaire par seule démesure.

D’abord les ténèbres et puis, savoir comment, la lumière :

celle-ci nous l’appelons le jour, l’autre, la nuit,

et nous guettons en vain la seconde où le soleil paraît.

 

Soudain, tout prêt, un sabot claque –

Une vielle femme parmi les formes premières

vaque dans le champ de lumière, sombrement vêtue.

Elle lance : « Bonjour », puisqu’il en est aussi de mauvais,

et regarde à terre. Elle en a vu dix mille

peut-être, de ces aubes ; çà ne l’impressionne plus.

 

Traduit de l’anglais par Denis Rigal

In, Derek Mahon « La veille de nuit. Choix de poèmes », éditions Folle Avoine, 1996

 

Four walks in the country near St.-Brieuc

 

I. Morning

 

No doubt the creation was something like this –

A cold day breaking on silent stones,

Slower than time, spectacular only in size.

First there is darkness, then somehow light;

We call this day, and the other night,

And watch in vain for the second of sunrise.

 

Suddenly, near at hand, the click of a wooden shoe –

And old woman among the primaeval shapes

Abroad in the field of light, sombrely dressed.

She calls good-day, since there are bad days too,

And her eyes go down. She has seen perhaps

Then thousand dawns like this, and is not impressed.

Poème précédent en anglais :

John Montague  : Mer vineuse / Wine dark sea (25/10/2014)

Poème suivant en anglais :

Stephen Crane : La guerre est aimable / War is kind (26/12/2014)