louis-philippe-dalembert[1]

 

L’étranger en route sur la terre

affronte seul la bête immonde

gladiateur d’un autre temps

nulle règle ne lui est concédée

nul arbitre nulle gloire non plus

à moins d’en être l’absolu vainqueur

et dans l’arène offerte

aux huées de la meute

sept fois il tombe

l’espoir en miettes

sept fois il se relève

 

L’étranger en marche sur la terre

porte sa dissemblance

en bandoulière

d’instinct on s’en méfie

de sa manière de se lever

ou d’enraciner le coude dans la table

de ses mots titubants

de ses rires décalés,

d’instinct on s’en méfie

 

on se cuirasse

à l’avancée de ses pas

qui ne savent la bonne distance

ni le moment idoine

on se cuirasse à l’approche de ses bras

confondant une étreinte et une poignée de mains

la bienséance et la camaraderie

un verre de vin et la fraternité

de ses baisers à pleines lèvres

qui ignorent la part de l’air et des joues

 

L’étranger en marche sur la terre

n’est pas un ami

ni même un voisin

avec lequel on partage

les humeurs du temps

moins encore une mauvaise nouvelle

quand la santé  défaille

ou que la mort tonitrue à sa porte

 

(L’étranger en marche sur la terre)

 

Transhumances

Riveneuve éditions, 2010