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Oui, mes tempes déjà sont grises,

Mes cheveux sur mon front sont blancs ;

Jeunesse, auprès, n’est plus assise,

Et l’on a vu vieillir mes dents.

Pour goûter la douceur de vivre,

Ah ! je n’ai plus beaucoup de temps :

Moi qui ai peur de l’autre rive,

Je m’en désole bien souvent.

Le gouffre funèbre m’effraie,

Triste est la route qui descend :

Il n’est pas près de remonter,

Non, celui-là qui la descend.

 

Traduit du grec par Robert Brasillach

in, « Anthologie de la poésie grecque »

Editions Stock, 1950

 

Mes cheveux sont tout blancs et je n’en ai plus guère.

Ma jeunesse ? Partie, et mes dents avec elle.

Et je gémis, et je sanglote, et me rebelle,

Car de la douce vie il me reste bien peu.

Sombre est l’arrière-monde et lugubre le jeu

De la Mort qui nous prend pour ne jamais nous rendre.

Et j’ai horreur du noir passage...

 

Traduit du grec par Marguerite Yourcenar,

In, « La couronne et la lyre,

Anthologie de la poésie grecque ancienne »

Editions Gallimard, 1979

Du même auteur : Le souhait (14/04/2015)