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… Un miroir

 

     Un miroir – un simple miroir, malheureux de ses rubans, las de

ses soleils – un miroir qui n’a rien dans ses mains qu’une transparence

éperdue dont on se moque sans la voir. Un miroir bègue qui meurt à

tout moment et qui voudrait vivre. Vivre. Une fêlure, une simple

fêlure ! Un jour, il eut une fêlure, une bouche, un regard personnel.

Cela aussi lui fut ôté. Un miroir, un simple miroir qui coupe la vie.

     Attaché, attaché au mur, faut-il qu’il rompe tout ? Va-t-en miroir

aveugle. Va-t-en au cœur des rires mêler ton rire de suicide. Libère

d’un seul coup tes armes que tu ne connaîtras jamais, ouvre-toi comme

une grenade et comme un désespoir.

     Peut-être vas-tu rêver à l’heure de la soupe, vas-tu rêver à l’heure du

papillon, rêver à l’heure de la mort ?

     Vois ; le jour se lève.

1946

 

Poètes maudits d’aujourd’hui

Editions Seghers, 1972

 

Du même auteur :

Midi (15/12/2017)

 

Raison sociale (15/12/2018)