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Ce soir quelque chose dans l'air a passé

qui fait pencher la tête ;

on voudrait prier pour les prisonniers

dont la vie s'arrête.

Et on pense à la vie arrêtée...

 

À la vie qui ne bouge plus vers la mort

et d'où l'avenir est absent ;

où il faut être inutilement fort

et triste, inutilement.

 

Où tous les jours piétinent sur place,

où toutes les nuits tombent dans l'abîme,

et où la conscience de l'enfance intime

à ce point s'efface,

 

qu'on a le coeur trop vieux pour penser un enfant

Ce n'est pas tant que la vie soit hostile;

mais on lui ment,

enfermé dans le bloc d'un sort immobile.


Vergers suivi des Quatrains valaisans

Editions Gallimard, 1926

Du même auteur :

Naissance de Vénus / Geburt der Venus (23/11/2014)

Nordsee, I (23/11/2015)

Soir en Scanie / Abend in Skåne (23/11/2016)

Deuxième élégie / Zweite Elegie (22/11/17)

« Nul ne sait... » (23/11/2019)