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Soir en Scanie

 

Le parc se dresse haut. Comme d’une maison

je sors de sa pénombre,

et j’entre dans la plaine et le soir. Dans le vent,

ce même vent que sentent les nuages,

les fleuves clairs et les moulins à ailes,

dressés au bord du ciel, à moudre lentement.

Maintenant moi aussi dans sa main je suis chose,

La plus petite chose sous les cieux. Vois :

 

Est-ce un ciel ?

                         Un bleu clair et serein,

traversé de nuages toujours plus purs,

et en dessous les blancs qui se succèdent,

et au-dessus ce gris mince et immense,

qui déploie sa chaleur comme sur un fond rouge,

et au-dessus de tout le rayonnement calme

du soleil qui descend.

 

                                     Etrange construction,

qui se meut d’elle-même et se tient elle-même,

formant des figures : ailes géantes, plis,

et des sommets devant les premières étoiles,

et là : un porche ouvert sur des lointains si vastes

que les oiseaux sont seuls, sans doute, à les connaître.

 

Traduit de l’allemand par Dominique Iehl

In,, « Anthologie bilingue de la poésie allemande »

Editions Gallimard (Pléiade), 1995

 

Du même auteur :

Naissance de Vénus / Geburt der Venus (23/11/2014)

Nordsee, I (23/11//2015)

Deuxième élégie / Zweite Elegie(22/11/17)

« Ce soir quelque chose dans l'air... » (23/11/2018)

 

 

 

Abend in Skåne

 

Der Park ist hoch. Und wie aus einem Haus

tret ich aus seiner Dämmerung heraus

in Ebene und Abend. In den Wind,

denselben Wind, den auch die Wolken fühlen,

die hellen Flüsse und die Flügelmühlen,

die langsam mahlend stehn am Himmelsrand.

Jetzt bin auch ich ein Ding in seiner Hand,

das kleinste unter diesen Himmeln. - Schau:

 

Ist das Ein Himmel?:

                                    Selig lichtes Blau,

in das sich immer reinere Wolken drängen,

Und drunter alle Weiß in Übergängen,

und drüber jenes dünne, große Grau,

warmwallend wie auf roter Untermalung,

und über allem diese stille Strahlung

sinkender Sonne.

 

                             Wunderlicher Bau,

in sich bewegt und von sich selbst gehalten,

Gestalten bildend, Riesenflügel, Falten

und Hochgebirge vor den ersten Sternen

und plötzlich, da: ein Tor in solche Fernen,

wie sie vielleicht mir Vögel kennen...

 

Buch der Bilder,

In, “Rilke Sämtliche Werke, I”

Insel Verlag, Frankfurt am Main, 1966

Poème précédent en allemand :

Johann Wolfgang vonGoethe : La chanson de Mignon / Mignons lied (22/06/2016)

Poème suivant en allemand :

Wolfdietrich Schnurre: Quand le monde frappe à ta porte /Klopfzeichen (28/11/2016)