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ma prière voilà comment commence ma prière

j’aime que le matin blanc pèse à la vitre et l’on tue ici

j’aime qu’un enfant courant dans l’herbe haute vienne à cogner sa joue à mes

   paumes et l’on tue ici

j’aime qu’un homme se plaise à mes seins et que sa poitrine soit un bateau qui

   porte dans la nuit et l’on tue ici

j’aime qu’on bavarde à la porte du boulanger quand il n’y a d’autre souci que

   le bleu du ciel étendu sous la théorie des nuages et l’on tue ici

j’aime qu’à quelques-uns on s’ennuie paisiblement à observer le vent dormir

   sur les toits de la ville et l’on tue ici

j’aime qu’on bâtisse une fleur pour la fleur dans le loisir insipide du jardin et

   l’on tue ici

j’aime que la pierre roule dans la rivière et que cela fasse un bruit de clarinette

   et l’on tue ici

j’aime que les heures ne soient que le temps qui passe pour faire les heures et

   l’on tue encore ici encore

et voilà comment continue ma prière

êtes-vous là encore êtes-vous là mangeurs d’ombres

je crache

je crache sur l’homme de 

l’homme de guerre

je crache sur le guerrier de la prochaine

de la prochaine guerre

qui joue aujourd’hui avec son ours en peluche les ailes des mouches et

la poudre rouge et bleue des papillons

je crache sur l’esprit de guerre qui pense et prévoit la douleur

je crache sur celui qui pétrit la pâte de la guerre

et embrasse son sommeil quand on cuit la mort au four de la guerre

je crache sur le ruisseau de sang qui tombe des doigts du vainqueur

comme un mouchoir par mégarde tombe au caniveau

je crache sur celui qui fait d’un corps de femme une chair ouverte

une chair bleue qui était blanche

couverte de guêpes qui était faite pour le baiser

déchirée qui était comme une soie pour le soleil

je crache sur la haine et la nécessité de cracher sur la haine

homme de guerre je te regarde

regarde-moi

je te dis regarde-moi...

 

 

Stabat mater furiosa

Les solitaires intempestifs, 25000 Besançon, 2000

Du même auteur :

« Avant que d’avancer puissamment dans la nuit… » (14/07/2014)

« Je veux te dire cette sorte de secret… » (14/07/2015)

« Rien n’est plus beau… » (14/07/2016)

Où passent des secrets (14/07/2017)