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Parfois, en certains jours de lumière parfaite et exacte,

où les choses ont toute la réalité dont elles portent le pouvoir,

je me demande à moi-même tout doucement

pourquoi j’ai moi aussi la faiblesse d’attribuer

aux choses de la beauté.

 

De la beauté, une fleur par hasard en aurait-elle ?

Un fruit, aurait-il par hasard de la beauté ?

Non : ils ont couleur et forme

et existence tout simplement.

La beauté est le nom de quelque chose qui n’existe pas

et que je donne aux choses en fonction du plaisir qu’elles me donnent.

Cela ne signifie rien.

Pourquoi dis-je donc des choses : elles sont belles ?

 

Oui, même moi, qui ne vis que de vivre,

invisibles, viennent me rejoindre les mensonges des hommes

devant les choses,

devant les choses qui se contentent d’exister.

 

Qu’il est difficile d’être soi et de ne voir que le visible !

 

Traduit du portugais par Armand Guibert

In , «Fernando Pessoa : Le gardeur de troupeau et les autres poèmes

d’Alberto Caeiro »

Editions Gallimard, 1960

Du même auteur :

A la veille de ne jamais partir /Na véspera de não partir nunca  (20/06/2014)

 « Plutôt le vol de l’oiseau … » / «  Antes o vôo da ave, que passa » (20/06/2015)

Passage des heures / Passagem das horas (20/06/2016)

Le Gardeur de troupeaux /O Guardador de rebanhos (20/06/2017)

 

 

Às vezes, em dias de luz perfeita e exacta, 

Em que as cousas têm toda a realidade que podem ter, 

Pergunto a mim próprio devagar 

Por que sequer atribuo eu beleza às cousas. 

 

Uma flor acaso tem beleza? 

Tem beleza acaso um fruto? 

Não: têm cor e forma 

E existência apenas. 

A beleza é o nome de qualquer cousa que não existe 

Que eu dou às cousas em troca do agrado que me dão. 

Não significa nada. 

Então por que digo eu das cousas: são belas? 

 

Sim, mesmo a mim, que vivo só de viver, 

Invisíveis, vêm ter comigo as mentiras dos homens 

Perante as cousas, 

Perante as cousas que simplesmente existem. 

 

Que difícil ser próprio e não ver senão o visível! 

 

Poesias de Álvaro de Campos.  

Ática, Lisboa, 1944

 

Poème précédent en portugais :

Antonio Ramos Rosa : Un homme obscur dans une ville lumineuse /Um homem obscuro numa cidade luminosa (02/09/2017)