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XXXI

Si je dis parfois que les fleurs sourient

et s’il m’advient de dire que les fleuves chantent,

ce n’est pas que je croie qu’il y ait dans les fleurs des sourires

et dans le cours des fleuves des chansons...

C’est parce que ainsi je fais sentir davantage aux hommes faux

l’existence authentiquement réelle des fleuves et des fleurs...

 

Comme j’écris pour qu’ils me lisent je me sacrifie parfois

à la grossièreté de leurs réactions...

Je suis en désaccord avec moi-même, mais je m’absous,

parce que je suis cette chose sérieuse, un interprète de la Nature,

parce qu’il y a des hommes qui ne comprennent pas son langage,

étant donné que de langage elle n’a point.

 

XXXII

 Hier soir un homme des cités

parlait à la porte de l’hôtellerie.

Il me parlait à moi aussi.

Il parlait de la justice et du combat qui se livre pour que règne la justice

et des ouvriers qui souffrent

et du travail continuel, et de ceux qui ont faim,

et des riches, les seuls à être nés coiffés...

 

Et lors, me regardant, il vit des larmes dans mes yeux

et il sourit avec plaisir, pensant que j’éprouvais

la peine qu’il éprouvait, lui, et la compassion

qu’il disait éprouver.

 

(Mais moi je l’entendais à peine.

Que m’importent à moi les hommes

et ce qu’ils souffrent ou croient souffrir ?

Qu’ils soient comme moi – et ils ne souffriront pas.

Tout le mal du monde vient de ce que nous nous tracassons les uns des autres,

soit pour faire le bien, soit pour faire le mal,

notre âme et le ciel et la terre nous suffisent.

Vouloir plus est perdre cela, et nous vouer au malheur.)

 

Ce à quoi je pensais, moi,

alors que parlait l’ami du genre humain

(et cela m’émut jusqu’aux larmes),

c’était comme au murmure lointain des galets

en cette fin de jour

sans ressemblance avec les cloches d’un oratoire

où eussent entendu la messe les fleurs et les ruisseaux

er les âmes simples comme la mienne.

 

(Dieu soit loué de ce que je ne sois pas bon

et que j’aie l’égoïsme naturel des fleurs

et des fleuves qui poursuivent leur chemin

préoccupés sans le savoir

uniquement de fleurir et de couler.

La voila, l’unique mission du Monde,

celle d’exister clairement

et savoir le faire sans y penser.)

 

Et l’homme s’était tu, les yeux tournés vers le couchant.

Mais quel rapport entre le couchant et celui qui hait et qui aime ?

 

XXXIII

Pauvres fleurs dans les corbeilles des jardins à la française.

Elles ont l’air d’avoir peur de la police...

Mais si belles qu’elles fleurissent de la même façon

et qu’elles ont le même sourire antique

qu’elles eurent pour le premier regard du premier homme

qui les vit apparaître et les toucha légèrement

afin de voir si elles parlaient...

 

XXXIV

Je trouve si naturel que l’on ne pense pas

que parfois je me mets à rire tout seul,

je ne sais trop de quoi, mais c’est de quelque chose

ayant quelque rapport avec le fait qu’il y ait des gens qui pensent...

 

Et mon mur, que peut-il bien penser de mon ombre ?

Je me le demande parfois, jusqu’à ce que je m’avise

que je me pose des questions...

Alors je me déplais et j’éprouve de la gêne

comme si je m’avisais de mon existence avec un pied gourd...

 

Qu’est-ce que ceci peut bien penser de cela ?

Rien ne pense rien.

La terre aurait-elle conscience des pierres et des plantes qu’elle porte ?

S’il en est ainsi, eh bien, soit !

Que m’importe, à moi ?

Si je pensais à ces choses,

je cesserais de voir les arbres et les plantes

et je cesserais de voir la Terre,

pour ne voir que mes propres pensées...

Je m’attristerais et je resterais dans le noir.

Mais ainsi, sans penser, je possède et la Terre et le Ciel.

 

XXXV

Le clair de lune à travers les hautes branches,

les poètes au grand complet disent qu’il est davantage

que le clair de lune à travers les hautes branches.

 

Mais pour moi, qui ne sais pas ce que je pense,

ce qu’est le clair de lune à travers les hautes branches,

en plus du fait qu’il est

le clair de lune à travers les hautes branches,

c‘est de n’être pas plus

que le clair de lune à travers les hautes branches.

 

XXXVI

Dire qu’il y a des poètes qui sont des artistes

et qui peinent sur leurs vers

comme un charpentier sur ses planches !...

 

Comme il est triste de ne savoir fleurir !

D’avoir à mettre vers sur vers, comme qui construit un mur,

puis voir s’il va, et le supprimer s’il ne va pas !...

alors que l’unique maison artistique est la Terre entière

qui change et qui va toujours et qui est toujours la même.

 

Je pense à cela, non comme on pense, mais comme on respire,

et je regarde les fleurs et je souris...

Je ne sais si elles me comprennent

ni même si je les comprends, moi,

mais je sais que la vérité est en elles et en moi

et dans le don divin qui nous est commun

de nous laisser aller vivre de par la Terre

et de nous laisser porter sur les bras des Saisons heureuses

et de laisser le vent chanter pour nous endormir

et d’abolir dans notre sommeil tous les rêves.

 

XXXVII

Comme une énorme bourbouillis de flamme

le soleil couchant s’attarde dans les nues figées.

Il vient de loin un vague sifflement dans le soir très calme.

Ce doit être celui d’un train au loin.

 

En ce moment il me vient une vague mélancolie

et un vague désir paisible

qui paraît et disparaît.

 

Parfois aussi, au fil des ruisseaux,

il se forme sur l’eau des bulles

qui naissent et se défont –

et elles n’ont d’autres sens

que d’être des bulles d’eau

qui naissent et se défont.

 

XXXVIII

Béni soit le même soleil d’autres contrées

qui me rend frère de tous les hommes,

puisque tous les hommes, un moment dans la journée, le regardent comme moi,

et en ce moment pur,

tout de sérénité et de tendresse,

ils retournent dans l’affliction

et avec un soupir à peine sensible

à l’Homme véritable et primitif

qui voyait naître le Soleil et ne l’adorait pas encore.

Parce que cela est naturel – plus naturel

qu’adorer l’or et Dieu

et l’art et la morale...

 

XXXIX

Le mystère des choses, où donc est-il ?

Où donc est-il, qu’il n’apparaisse point

pour nous montrer à tout le moins qu’il est mystère ?

Qu’en sait le fleuve et qu’en sait l’arbre ?

Et moi, qui ne suis pas plus qu’eux, qu’en sais-je ?

Toutes les fois que je regarde les choses et que je pense à ce que les hommes

     pensent d’elles,

je ris comme un ruisseau qui bruit avec fraîcheur sur une pierre.

 

Car l’unique signification occulte des choses,

c’est qu’elles n’aient aucune signification occulte.

Il est plus étrange que toutes les étrangetés

et que les songes de tous les poètes

et que les pensées de tous les philosophes,

que les choses soient réellement ce qu’elles paraissent être et qu’il n’y ait

     rien à y comprendre.

 

Oui, voici ce que mes sens ont appris tous seuls : -

les choses n’ont pas de signification : elles ont une existence.

Les choses sont l’unique sens occulte des choses.

 

XL

Devant moi passe un papillon

et pour la première fois dans l’Univers je remarque

que les papillons n’ont ni couleur ni mouvement,

tout de même que les fleurs n’ont ni parfum ni couleur.

C’est la couleur qui est colorée dans les ailes du papillon,

dans le mouvement du papillon c’est le mouvement qui se meut,

c’est le parfum qui est parfumé dans le parfum de la fleur.

Le papillon n’est qu’un papillon

et la fleur n’est qu’une fleur.

 

XLI

Parfois à la tombée du jour, l’été,

encore qu’il n’ y ait aucune brise, il semble

que passe, un seul instant, une brise légère...

Mais les arbres demeurent immobiles

de toutes les feuilles de leurs feuilles

et nos sens ont éprouvé une illusion,

l’illusion d’une chose qui les aurait charmés...

 

Ah, les sens, les malades qui voient et qui entendent !

Puissions-nous être comme nous devrions être,

et il n’y aurait en nous nul besoin d’illusion...

Il nous suffirait de sentir avec une intense clarté

sans même nous inquiéter de l’usage des sens...

 

Mais grâces à Dieu il y a de l’imperfection dans le Monde,

parce que l’imperfection est une chose,

et le fait qu’il y ait des gens dans l’erreur est original,

et qu’il y ait des gens malades rend le monde plaisant.

S’il n’y avait pas d’imperfection, il manquerait une chose,

et il doit y avoir nombre de choses

pour que nous ayons beaucoup à voir et à entendre.

 

XLII

La diligence est passée dans la rue, et puis s’en est allée ;

la rue s’en est trouvée ni plus belle ni même plus laide.

Ainsi de toute action humaine dans le vaste monde.

Nous ne retirons rien et rien nous n’ajoutons ; on passe et on oublie ;

et le soleil est toujours ponctuel chaque matin.

 

XLIII

Plutôt le vol de l’oiseau qui passe sans laisser de trace,

que le passage de l’animal, dont l’empreinte reste sur le sol.

L’oiseau passe et oublie et c’est ainsi qu’il en doit être.

L’animal, là où il a cessé d’être et qui, partant, ne sert à rien,

montre qu’il y fut naguère, ce qui ne sert à rien non plus.

 

Le souvenir est une trahison envers la Nature,

parce que la Nature d’hier n’est pas la Nature.

Ce qui fut n’est rien, et se souvenir c’est ne pas voir.

 

Passe, oiseau, passe, et apprends-moi à passer !

 

XLIV

Je m’éveille la nuit subitement

et ma montre occupe la nuit toute entière.

Je ne sens pas la Nature au-dehors.

Ma chambre est une chose obscure aux murs vaguement blancs.

Au-dehors règne une paix comme si rien n’existait.

Seule la montre poursuit son petit bruit

et cette petite chose à engrenages qui se trouve sur ma table

étouffe toute l’existence de la terre et du ciel...

Je me perds quasiment à penser ce que cela signifie,

mais je m’arrête net, et dans la nuit je me sens sourire du coin des lèvres,

parce que la seule chose que ma montre symbolise ou signifie

en emplissant de sa petitesse la nuit énorme

est la curieuse sensation d’emplir la nuit énorme

avec sa petitesse...

 

XLV

Une rangée d’arbres là-bas au loin, là-bas vers le coteau.

Mais qu’est-ce qu’une rangée d’arbres ? Des arbres et voilà tout.

Rangée est le pluriel arbres ne sont pas des choses, ce sont des noms.

 

Tristes âmes humaines qui mettent partout de l’ordre,

qui tracent des lignes d’une chose à l’autre,

qui mettent des pancartes avec des noms sur des arbres absolument réels,

et qui tracent des parallèles de latitude et de longitude

sur la terre même, la terre innocent et plus verte que tout ça !

 

XLVI

D’une façon ou de l’autre,

selon que ça tombe bien ou mal,

ayant parfois le pouvoir de dire ce que je pense,

et d’autres fois le disant mal et d’impure façon,

j’écris mes vers involontairement,

comme si l’acte d’écrire n’était pas une chose faite de gestes,

comme si le fait d’écrire était une chose qui m’advînt

comme de prendre un bain au soleil.

 

Je cherche à dire ce que j’éprouve

sans penser à ce que j’éprouve.

Je cherche à appuyer les mots contre l’idée

et à n’avoir pas besoin du couloir

de la pensée pour conduire à la parole.

 

Je ne parviens pas toujours à éprouver ce que je sais que je dois éprouver.

Ce n’est que très lentement que ma pensée traverse le fleuve à la nage

parce que lui pèse le vêtement que les hommes lui ont imposé.

 

Je cherche à dépouiller ce que j’ai appris,

je cherche à oublier le mode de pensée qu’on m’inculqua,

à gratter l’encre avec laquelle on a barbouillé mes sens,

à décaisser mes émotions véritables,

à me dépaqueter et à être moi – non Alberto Caeiro,

mais un animal humain produit par la Nature.

 

Et aussi me voilà en train d’écrire, désireux de sentir la Nature, même pas

     comme un homme,

mais comme qui sent la Nature, sans plus.

Ainsi j’écris, tantôt bien et tantôt mal,

tantôt touchant sans coup férir ce que je veux exprimer et tantôt me blousant,

ici tombant, et là me relevant,

mais poursuivant toujours mon chemin comme un aveugle obstiné.

 

N’importe... Et malgré tout je suis quelqu’un.

Je suis le Découvreur de la Nature.

Je suis l’Argonaute des sensations vraies.

A l’Univers j’apporte un nouvel Univers

parce que j’apporte à l’Univers l’Univers lui-même.

 

Cela je le sens et je l’écris,

sachant parfaitement et sans même y voir,

qu’il est cinq heures du matin

et que le soleil, qui n’a pas encore montré la tête

par-dessus le mur de l’horizon,

même ainsi on distingue le bout de ses doigts

agrippant le haut du mur

de l’horizon plein de montagnes basses.

 

XLVII

Par un jour excessivement net,

où l’on avait envie d’avoir beaucoup travaillé

afin de pouvoir ne rien faire ce jour-là,

j’entrevis, ainsi qu’une allée entre les arbres,

ce qui peut-être était le Grand Secret,

ce Grand Mystère dont parlent les faux poètes.

 

Je vis qu’il n’y a pas de Nature,

que la Nature n’existe pas,

qu’il y a des monts, des vallées, des plaines,

qu’il y a des arbres, des fleurs, des herbes

qu’il y a des fleuves et des pierres,

mais qu’il n’y a pas un tout dont cela fasse partie,

qu’un ensemble réel et véritable

n’est qu’une maladie de notre pensée.

 

La Nature est faite de parties sans un tout.

Peut-être est-ce là le fameux mystère dont on parle.

 

Voilà ce dont, sans réfléchir ni m’attarder,

je m’avisai que ce devait être cette vérité

que tout le monde cherche, et ne trouve pas,

et que moi seul, ne l’ayant point cherchée, ai trouvée.

 

XLVIII

De la plus haute fenêtre de ma maison

avec un mouchoir blanc je dis adieu

à mes vers qui partent vers l’humanité.

 

Et je ne suis ni joyeux ni triste

Tel est le destin des vers.

Je les ai écrits et je dois les montrer à tous

parce que je n’en puis user différemment

tout comme la fleur ne peut en dissimuler sa couleur,

ni le fleuve dissimuler qu’il coule,

ni l’arbre dissimuler qu’il fructifie.

 

Les voilà qui déjà s’éloignent comme en diligence

et moi malgré moi j’éprouve de la peine

comme un douleur dans le corps.

 

Qui sait qui les lira ?

Qui sait en quelles mains ils tomberont ?

 

Fleur, mon destin m’a cueilli pour les yeux.

Arbre, on m’a arraché mes fruits pour les bouches.

Fleuve, le destin de mes eaux était de ne pas rester en moi.

Je me soumets et je me sens presque joyeux,

presque joyeux comme un homme qui se lasse d’être triste.

 

Allez-vous-en, de moi détachez-vous !

L’arbre passe et se disperse dans la Nature.

La fleur fane et sa poussière dure à jamais.

Le fleuve coule puis il se jette dans la mer et ses eaux restent ses eaux à lui.

 

Je passe et je demeure, comme l’Univers.

 

XLIX

Je rentre à la maison, je ferme la fenêtre.

On apporte la lampe, on me souhaite bonne nuit,

et d’une voix contente je réponds bonne nuit.

Plût au Ciel que ma vie fût toujours cette chose :

le jour ensoleillé, ou suave de pluie,

ou bien tempétueux comme si le Monde allait finir,

la soirée douce et les groupes qui passent,

observés avec intérêt de la fenêtre,

le dernier coup d’œil amical jeté sur les arbres en paix,

et puis, fermée à la fenêtre et la lampe allumée,

sans rien lire, sans penser à rien, sans dormir,

sentir la vie couler en moi comme un fleuve en son lit,

et au-dehors un grand silence ainsi un dieu qui dort.

 

Traduit du portugais par Armand Guibert

In , «Fernando Pessoa : Le gardeur de troupeau et les autres poèmes

d’Alberto Caeiro »

Editions Gallimard, 1960

Du même auteur :

« A la veille de ne jamais partir... » / Na véspera de não partir nunca  (20/06/2014)

 Ajournement / Adiamento (20/06/2015)

Passage des heures / Passagem das horas (20/06/2016)

Le Gardeur de troupeaux /O Guardador de rebanhos ((I-X) (20/06/2017)

« Parfois, en certains jours de lumière ... » / « Às vezes, em dias de luz... » (20/06/2018)

Le Gardeur de troupeaux /O Guardador de rebanhos (XI-XXX )(20/06/2019)

 

XXXI

 

Se às vezes digo que as flores sorriem

E se eu disser que os rios cantam,

Não é porque eu julgue que há sorrisos nas flores

E cantos no correr dos rios...

 

É porque assim faço mais sentir aos homens falsos

A existência verdadeiramente real das flores e dos rios.

Porque escrevo para eles me lerem sacrifico-me às vezes

À sua estupidez de sentidos...

Não concordo comigo mas absolvo-me,

Porque só sou essa cousa séria, um intérprete da Natureza,

Porque há homens que não percebem a sua linguagem,

Por ela não ser linguagem nenhuma.

 

XXXII

Ontem à tarde um homem das cidades

Falava à porta da estalagem.

Falava comigo também.

Falava da justiça e da luta para haver justiça

E dos operários que sofrem,

E do trabalho constante, e dos que têm fome,

E dos ricos, que só têm costas para isso.

 

E, olhando para mim, viu-me lágrimas nos olhos

E sorriu com agrado, julgando que eu sentia

 

O ódio que ele sentia, e a compaixão

Que ele dizia que sentia.

 

(Mas eu mal o estava ouvindo.

Que me importam a mim os homens

E o que sofrem ou supõem que sofrem?

Sejam como eu — não sofrerão.

Todo o mal do mundo vem de nos importarmos uns com os outros,

Quer para fazer bem, quer para fazer mal.

A nossa alma e o céu e a terra bastam-nos.

Querer mais é perder isto, e ser infeliz.)

 

Eu no que estava pensando

Quando o amigo de gente falava

(E isso me comoveu até às lágrimas),

Era em como o murmúrio longínquo dos chocalhos

A esse entardecer

Não parecia os sinos duma capela pequenina

A que fossem à missa as flores e os regatos

E as almas simples como a minha.

 

(Louvado seja Deus que não sou bom,

E tenho o egoísmo natural das flores

E dos rios que seguem o seu caminho

Preocupados sem o saber

Só com florir e ir correndo.

É essa a única missão no Mundo,

Essa — existir claramente,

E saber faze-lo sem pensar nisso.

 

E o homem calara-se, olhando o poente.

Mas que tem com o poente quem odeia e ama?

 

XXXIII

Pobres das flores dos canteiros dos jardins regulares.

Parecem ter medo da polícia...

Mas tão boas que florescem do mesmo modo

E têm o mesmo sorriso antigo

Que tiveram para o primeiro olhar do primeiro homem

Que as viu aparecidas e lhes tocou levemente

Para ver se elas falavam...

 

XXXIV

Acho tão natural que não se pense

Que me ponho a rir às vezes, sozinho,

Não sei bem de quê, mas é de qualquer cousa

Que tem que ver com haver gente que pensa ...

 

Que pensará o meu muro da minha sombra?

Pergunto-me às vezes isto até dar por mim

A perguntar-me cousas. . .

E então desagrado-me, e incomodo-me

Como se desse por mim com um pé dormente. . .

 

Que pensará isto de aquilo?

Nada pensa nada.

Terá a terra consciência das pedras e plantas que tem?

 Se ela a tiver, que a tenha...

Que me importa isso a mim?

Se eu pensasse nessas cousas,

Deixaria de ver as árvores e as plantas

E deixava de ver a Terra,Para ver só os meus pensamentos ...

Entristecia e ficava às escuras.

E assim, sem pensar tenho a Terra e o Céu.

 

XXXV

O LuarO luar através dos altos ramos,

Dizem os poetas todos que ele é mais

Que o luar através dos altos ramos

 

Mas para mim, que não sei o que penso,

O que o luar através dos altos ramos

É, além de ser

O luar através dos altos ramos,

É não ser mais

Que o luar através dos altos ramos.

XXXVI 

E há poetas que são artistas

E trabalham nos seus versos

Como um carpinteiro nas tábuas! ...

 

Que triste não saber florir!

Ter que pôr verso sobre verso, corno quem constrói um muro

E ver se está bem, e tirar se não está! ...

Quando a única casa artística é a Terra toda

Que varia e está sempre bem e é sempre a mesma.

 

Penso nisto, não como quem pensa, mas como quem respira,

E olho para as flores e sorrio...

Não sei se elas me compreendem

Nem sei eu as compreendo a elas,

Mas sei que a verdade está nelas e em mim

E na nossa comum divindade

De nos deixarmos ir e viver pela Terra

E levar ao solo pelas

Estações contentes

E deixar que o vento cante para adormecermos

E não termos sonhos no nosso sono.

 

XXXVII

Como um grande borrão de fogo sujo

O sol posto demora-se nas nuvens que ficam.

Vem um silvo vago de longe na tarde muito calma.

Deve ser dum comboio longínquo.

 

Neste momento vem-me uma vaga saudade

E um vago desejo plácido

Que aparece e desaparece.

 

Também às vezes, à flor dos ribeiros,

Formam-se bolhas na água

Que nascem e se desmancham

E não têm sentido nenhum

Salvo serem bolhas de água

Que nascem e se desmancham.

XXXVIII

Bendito seja o mesmo sol de outras terras

Que faz meus irmãos todos os homens

Porque todos os homens, um momento no dia, o olham como eu

,E, nesse puro momento

Todo limpo e sensível

Regressam lacrimosamente

E com um suspiro que mal sentem

Ao homem verdadeiro e primitivo

Que via o Sol nascer e ainda o não adorava.

Porque isso é natural — mais natural

Que adorar o ouro e Deus

E a arte e a moral ...

XXXIX

 

O mistério das cousas, onde está ele?

Onde está ele que não aparece

Pelo menos a mostrar-nos que é mistério?

Que sabe o rio disso e que sabe a árvore?

E eu, que não sou mais do que eles, que sei disso?

Sempre que olho para as cousas e penso no que os homens pensam delas,

Rio como um regato que soa fresco numa pedra.

 

Porque o único sentido oculto das cousas

É elas não terem sentido oculto nenhum,

É mais estranho do que todas as estranhezas

E do que os sonhos de todos os poetas

E os pensamentos de todos os filósofos,

Que as cousas sejam realmente o que parecem ser

E não haja nada que compreender.

 

Sim, eis o que os meus sentidos aprenderam sozinhos: —

As cousas não têm significação: têm existência.

As cousas são o único sentido oculto das cousas.

 

XL

 

Passa uma borboleta por diante de mim

E pela primeira vez no Universo eu reparo

Que as borboletas não têm cor nem movimento,

Assim como as flores não têm perfume nem cor.

A cor é que tem cor nas asas da borboleta,

No movimento da borboleta o movimento é que se move,

O perfume é que tem perfume no perfume da flor.

 A borboleta é apenas borboletaE a flor é apenas flor.

 

XLI

 

No entardecer dos dias de Verão, às vezes,

Ainda que não haja brisa nenhuma, parece

 Que passa, um momento, uma leve brisa...

Mas as árvores permanecem imóveis

Em todas as folhas das suas folhas

E os nossos sentidos tiveram uma ilusão,

Tiveram a ilusão do que lhes agradaria...

 

Ah, os sentidos, os doentes que vêem e ouvem!

Fôssemos nós como devíamos ser

E não haveria em nós necessidade de ilusão ...

Bastar-nos-ia sentir com clareza e vida

E nem repararmos para que há sentidos ...

 

Mas graças a Deus que há imperfeição no

MundoPorque a imperfeição é uma cousa,

E haver gente que erra é original,

E haver gente doente torna o Mundo engraçado.

Se não houvesse imperfeição, havia uma cousa a menos,

E deve haver muita cousa

Para termos muito que ver e ouvir. . .

 

XLII

 

Passou a diligência pela estrada, e foi-se

E a estrada não ficou mais bela, nem sequer mais feia.

Assim é a ação humana pelo mundo fora.

Nada tiramos e nada pomos; passamos e esquecemos;

 E o sol é sempre pontual todos os dias.

 

XLIII

 

Antes o vôo da ave, que passa e não deixa rasto,

Que a passagem do animal, que fica lembrada no chão.

A ave passa e esquece, e assim deve ser.

O animal, onde já não está e por isso de nada serve,

 Mostra que já esteve, o que não serve para nada.

 

A recordação é uma traição à Natureza,

Porque a Natureza de ontem não é Natureza.

O que foi não é nada, e lembrar é não ver.

Passa, ave, passa, e ensina-me a passar!

 

XLIV

 

Acordo de noite subitamente,

E o meu relógio ocupa a noite toda.

Não sinto a Natureza lá fora.

O meu quarto é uma cousa escura com paredes vagamente brancas.

Lá fora há um sossego como se nada existisse.

Só o relógio prossegue o seu ruído.

E esta pequena cousa de engrenagens que está em cima da minha mesa

Abafa toda a existência da terra e do céu...

Quase que me perco a pensar o que isto significa,

Mas estaco, e sinto-me sorrir na noite com os cantos da boca,

Porque a única cousa que o meu relógio simboliza ou significa

Enchendo com a sua pequenez a noite enorme

É a curiosa sensação de encher a noite enorme

Com a sua pequenez...

 

XLV

 

Um renque de árvores lá longe, lá para a encosta.

Mas o que é um renque de árvores?

Há árvores apenas.Renque e o plural árvores não são cousas, são nomes.

 

Tristes das almas humanas, que põem tudo em ordem,

Que traçam linhas de cousa a cousa,

Que põem letreiros com nomes nas árvores absolutamente reais,

E desenham paralelos de latitude e longitude

Sobre a própria terra inocente e mais verde e florida do que isso!

 

XLVI

 

Deste modo ou daquele modo.

Conforme calha ou não calha.

Podendo às vezes dizer o que penso,

E outras vezes dizendo-o mal e com misturas,

Vou escrevendo os meus versos sem querer,

Como se escrever não fosse uma cousa feita de gestos,

Como se escrever fosse uma cousa que me acontecesse

Como dar-me o sol de fora.

 

Procuro dizer o que sinto

Sem pensar em que o sinto.

Procuro encostar as palavras à idéia

E não precisar dum corredor

Do pensamento para as palavras

 

Nem sempre consigo sentir o que sei que devo sentir.

O meu pensamento só muito devagar atravessa o rio a nado

Porque lhe pesa o fato que os homens o fizeram usar

 

Procuro despir-me do que aprendi,

Procuro esquecer-me do modo de lembrar que me ensinaram,

E raspar a tinta com que me pintaram os sentidos,

Desencaixotar as minhas emoções verdadeiras,

Desembrulhar-me e ser eu, não Alberto Caeiro,

Mas um animal humano que a Natureza produziu.

 

E assim escrevo, querendo sentir a Natureza, nem sequer como um homem,

Mas como quem sente a Natureza, e mais nada

.E assim escrevo, ora bem ora mal,

Ora acertando com o que quero dizer ora errando,

Caindo aqui, levantando-me acolá,

Mas indo sempre no meu caminho como um cego teimoso.

 

Ainda assim, sou alguém.

Sou o Descobridor da Natureza.

Sou o Argonauta das sensações verdadeiras.

Trago ao Universo um novo Universo

Porque trago ao Universo ele-próprio.

 

Isto sinto e isto escrevo

Perfeitamente sabedor e sem que não veja

Que são cinco horas do amanhecerE que o sol, que ainda não mostrou a cabeça

Por cima do muro do horizonte,

Ainda assim já se lhe vêem as pontas dos dedos

Agarrando o cimo do muro

Do horizonte cheio de montes baixos.

 

XLVII 

Num dia excessivamente nítido,

Dia em que dava a vontade de ter trabalhado muito

Para nele não trabalhar nada,

Entrevi, como uma estrada por entre as árvores,

O que talvez seja o Grande Segredo,Aquele Grande Mistério de que os poetas falsos falam.

 

Vi que não há Natureza,

Que Natureza não existe,

Que há montes, vales, planícies,

Que há árvores, flores, ervas

,Que há rios e pedras,

Mas que não há um todo a que isso pertença,

Que um conjunto real e verdadeiro

É uma doença das nossas idéias.

 

A Natureza é partes sem um todo.

Isto é talvez o tal mistério de que falam.

 

Foi isto o que sem pensar nem parar,

Acertei que devia ser a verdade

Que todos andam a achar e que não acham

E que só eu, porque a não fui achar, achei.

XLVIII

 Da mais alta janela da minha casa

Com um lenço branco digo adeus

Aos meus versos que partem para a Humanidade.

 

E não estou alegre nem triste.

Esse é o destino dos versos.

Escrevi-os e devo mostrá-los a todos

Porque não posso fazer o contrário

Como a flor não pode esconder a cor,

Nem o rio esconder que corre,

Nem a árvore esconder que dá fruto.

 

Ei-los que vão já longe como que na diligência

E eu sem querer sinto pena

Como uma dor no corpo.

 

Quem sabe quem os terá?

Quem sabe a que mãos irão?

 

Flor, colheu-me o meu destino para os olhos.

Árvore, arrancaram-me os frutos para as bocas.

Rio, o destino da minha água era não ficar em mim.

 Submeto-me e sinto-me quase alegre,

Quase alegre como quem se cansa de estar triste.

 

Ide, ide de mim!

Passa a árvore e fica dispersa pela

Natureza.Murcha a flor e o seu pó dura sempre.

Corre o rio e entra no mar e a sua água é sempre a que foi sua.

 

Passo e fico, como o Universo.

XLIX

 Meto-me para dentro, e fecho a janela.

Trazem o candeeiro e dão as boas noites,

E a minha voz contente dá as boas noites.

Oxalá a minha vida seja sempre isto:

O dia cheio de sol, ou suave de chuva,

Ou tempestuoso como se acabasse o Mundo,

A tarde suave e os ranchos que passam

Fitados com interesse da janela,

O último olhar amigo dado ao sossego das árvores,

E depois, fechada a janela, o candeeiro aceso,

Sem ler nada, nem pensar em nada, nem dormir,

Sentir a vida correr por mim como um rio por seu leito.

E lá fora um grande silêncio como um deus que dorme

 

 

Poesias de Álvaro de Campos.  

Ática, Lisboa, 1944

Poème précédent en portugais :

Antonio Ramos Rosa  : « Je ne peux remettre l’amour... » / « Não posso adiar o amor... » (19/02/2020)