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Sur la plage

 

Sur le sable la mer s’étale et j’écoute sa rumeur, et je ferme les yeux.

 

Sur ce bord européen, au cœur de l’été, après les grandes guerres du siècle.

 

Fronts des nouvelles générations innocents, mais marqués.

 

Souvent dans la foule un visage similaire, de l’un des destructeurs,

 

Qui ne sait qui il aurait été s’il était né plus tôt.

 

Choisi comme ses pères, encore que dans l’inaccomplissement.

Sous les paupières je garde leurs villes éternellement jeunes.

 

Hurlement de leur musique, martèlement du rock, je cherchais ce qui est

au fond de ma pensée.

 

Est-ce cette unique chose que rien n’exprime, si ce n’est quotidiennement

balbutier : « aa »,

 

L’irrévocable, indifférent, immémorial écoulement des siècles ?

 

Le regret et la colère qu’après l’extase, le désespoir et l’espérance, les

êtres semblables aux dieux soient emportés par l’oubli .

 

Que dans les mugissements et les silences maritimes ne s’ébruitent pas

des échos du partage entre justes et injustes ?

 

Ou est-ce que me poursuivaient aussi les images d’eux vivants, en ce jour,

cette heure, cet instant sous le ciel ?

 

Tant de choses et ce calme de la perte, parce que mon vers en retenait si peu ?

 

Mais peut-être n’entendais-je que mon murmure : « Epilogue, épilogue » ?

 

Prophéties accomplies de ma jeunesse, mais pas comme ils le pensaient.

 

Est revenu le matin et les fleurs dans la fraîcheur du jardin cueillies par une

main aimante.

 

Un vol de pigeons se balance au-dessus de la vallée, tournoie et change de

couleur, longeant l’alignement des montagnes.

 

Même gloire des jours ordinaires et lait dans le cruchon, et cerises craquantes.

 

Et pourtant en bas, dans le même sous-bois de l’existence, comme dans les

racines de la forêt, se terre, rampe

 

Reconnaissables à la frayeur battant des ailes des petites créatures, inexorable,

gris acier, le néant.

*

J’ouvre les yeux, passe un ballon, une voile rouge s’incline sur la vague, bleue,

sous l’ardent soleil.

 

Juste devant moi un garçon tâte l’eau du bout du pied, et soudain je vois qu’il

n’est pas comme les autres.

 

Pas infirme, mais il a les mouvements d’un infirme et la tête d’un enfant retardé.

 

Son père le surveille, et celui-ci, assis sur une pierre, est un bel homme.

 

La sensation du malheur d’autrui me transperce, et alors, pensant à eux,

je commence à comprendre

 

En ce mien sombre siècle la communauté de nos sorts et, plus réelle que

je ne voulais le reconnaître, muette, la communauté de souffrance.

 

Traduit du polonais par Maciej Niemec et Fernand Cambon

in, « Revue Europe, N° 902-903, Juin-Juillet 2004 »

Du même auteur :

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A Allen Ginsberg / Do Allena Ginsberga (18/12/2018)