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Les pleurs de l’excavatrice

VI

 

En cet abandon où flamboie

Le soleil du matin – qui resplendit

Maintenant, frôlant les chantiers, sur les installations

 

Qu’il tiédit – des vibrations

Désespérées écorchent le silence,

Où flotte éperdument une odeur de vieux lait,

 

De petites places vides, d’innocence.

Depuis sept heures du matin, au moins, cette vibration

Croit avec le soleil. Pauvre présence

 

D’une douzaine d’ouvriers déjà âgés,

Avec leurs haillons et leurs tricots de peau brûlés

De sueur, dont les voix, rares,

 

Dont les luttes contre les blocs

De boue, épars, les coulées de terre,

Semblent en ce tressaillement se défaire.

 

Mais parmi les explosions têtues de la

Benne, qui aveuglément broie,

Aveuglément triture, aveuglément empoigne,

 

Sans but, à ce qu’il semble,

Un hurlement, humain, naît soudain,

Puis, périodiquement, se répète,

 

Fou de tant de douleur que très vite il semble

N’avoir plus rien d’humain, et redevient

Morte stridence. Puis, doucement,

 

Il renaît, en cette clarté brutale,

Parmi ces immeubles éblouis, à nouveau pareil,

Un hurlement que seul un mourant

 

Peut proférer, en son instant suprême,

Sous ce soleil dont l’éclat blesse encore,

Mais qu’adoucit déjà l’haleine de la mer…

 

Qui hurle ainsi ? C’est, déchirée

Par des mois, des années de peine

Matinale – accompagnée

 

Par la colonne muette de ses ciseaux

La vieille excavatrice : mais c’est aussi le frais

Terreau bouleversé, ou, dans l’étroite enceinte

 

D’un horizon de notre siècle

Le quartier tout entier... C’est la ville,

Enfouie dans une lueur de fête,

 

- C’est le monde. Ce qui pleure, c’est ce qui prend

Fin, et qui recommence. Ce qui était

Champ d’herbe, espace ouvert, et qui devient

 

Une cour, blanche comme cire,

Murée dans une dignité faite de rancœur ;

Ce qui avait l’air d’une vieille foire

 

De crépissage frais, tortueux, au soleil,

Et devient un nouvel îlot, tout fourmillant,

Dans un ordre qui n’est que douleur étouffée.

 

Ce qui pleure, c’est ce qui change, même si

C’est pour être meilleur. La lumière

Du futur ne saurait cesser un seul instant

 

De nous blesser : elle est là, qui noos brûle,

En chacun de nos actes quotidiens,

Angoisse, même en cette confiance

 

Qui nous donne la vie, dans l’élan gobettien

Vers ces ouvriers, qui, muets, arborent,

En ce quartier, sur l’autre front humain,

 

Leur rouge chiffon d’espérance

1956

 

Traduit de l’italien par José Guidi

in, « Pier Paolo Pasoloni : Poésies, 1953-1964, édition bilingue »

Editions Gallimard, 1980

Du même auteur : « Il suffit d’un instant de paix… » / « Un po’ di pace basta… » (09/12/2014) 

 

 

Il pianto della scavatrice

VI



Nella vampa abbandonata

del sole mattutino - che riarde,

ormai, radendo i cantieri, sugli infissi

 

riscaldati - disperate

vibrazioni raschiano il silenzio

che perdutamente sa di vecchio latte,

 

di piazzette vuote, d'innocenza.

 

Già almeno dalle sette, quel vibrare

cresce col sole. Povera presenza

 

d'una dozzina d'anziani operai,

con gli stracci e le canottiere arsi

dal sudore, le cui voci rare,

 

le cui lotte contro gli sparsi

blocchi di fango, le colate di terra,

sembrano in quel tremito disfarsi.

 

Ma tra gli scoppi testardi della

benna, che cieca sembra, cieca

sgretola, cieca afferra,

 

quasi non avesse meta,

un urlo improvviso, umano,

nasce, e a tratti si ripete,

 

così pazzo di dolore, che, umano,

subito non sembra più, e ridiventa

morto stridore. Poi, piano,

 

rinasce, nella luce violenta,

tra i palazzi accecati, nuovo, uguale,

urlo che solo chi è morente,

 

nell'ultimo istante, può gettare

in questo sole che crudele ancora splende

già addolcito da un po' d'aria di mare...

 

A gridare è, straziata

da mesi e anni di mattutini

sudori - accompagnata

 

dal muto stuolo dei suoi scalpellini,

la vecchia scavatrice: ma, insieme, il fresco

sterro sconvolto, o, nel breve confine

 

dell'orizzonte novecentesco,

tutto il quartiere... È la città,

sprofondata in un chiarore di festa,

 

- è il mondo. Piange ciò che ha

fine e ricomincia. Ciò che era

area erbosa, aperto spiazzo, e si fa

 

cortile, bianco come cera,

chiuso in un decoro ch'è rancore;

ciò che era quasi una vecchia fiera

 

di freschi intonachi sghembi al sole,

e si fa nuovo isolato, brulicante

in un ordine ch'è spento dolore.

 

Piange ciò che muta, anche

per farsi migliore. La luce

del futuro non cessa un solo istante

 

di ferirci: è qui, che brucia

in ogni nostro atto quotidiano,

angoscia anche nella fiducia

 

che ci dà vita, nell'impeto gobettiano

verso questi operai, che muti innalzano,

nel rione dell'altro fronte umano,

 

il loro rosso straccio di speranza.



1956

 

Le ceneri di Gramsci

Garzanti Editore, Milano, 1957

Poème précédent en italien :

Roberto Veracini : Maintenant que le temps est brume / Ora che il tempo è nebbia (17/09/2017)

Poème suivant en italien :

 

Giacomo Leopardi: L’Infini / L’Infinito (20/12/2017)