pierpaolo-pasolini[1]

 

Il suffit d’un instant de paix pour révéler,

au fond du cœur, l’angoisse,

limpide comme le fond de la mer

 

par un jour de soleil. Tu en reconnais,

sans la ressentir, la souffrance,

là, dans ton lit, poitrine, cuisses

 

et pieds relâchés, tel

un crucifié – ou tel Noé

qui rêve en son ivresse, et, naïf, ignore

 

la joie de ses fils, tandis que ceux-ci,

si puissants, si purs, se moquent de lui…

le jour est désormais sur toi,

 

dans la pièce, comme un lion dormant.

 

Par quels chemins le cœur

peut-il goûter une parfaite plénitude, en ce

mélange de béatitude et de douleur ?

 

Il suffit d’un instant de paix pour que s’éveillent

en toi la guerre, en toi Dieu. A peine les passions

se sont-elles apaisées, à peine s’est fermée

 

une fraîche blessure, et déjà, tu prodigues

une âme qui semblait entièrement prodiguée

en des actions de rêve, qui ne mènent

 

à rien…

 

Les Cendres de Gramsci. Traduit de l’italien par José Guidi

In, Pier Paolo Pasolini « Poésies (1943-1970) » Editions Gallimard (Du monde entier), 1990

Du même auteur : Les pleurs de l’excavatrice, VI / Il pianto della scavatrice, VI (27/11/2017)

 

 

Un po’ di pace basta a rivelare

dentro il cuore l’angoscia,

limpida, come il fondo del mare

 

in in giorno di sole. Ne riconosci,

senza provarlo, il male

li, nel tuo letto, petto, coscie

 

e piedi abbondonati, quale

un crocifisso – o quale Noè

ubracio, che sogna, ingenuamente ignaro

 

dell’allegria dei figli, che

su lui, i forti, i puri, si divertono…

il giorno è ormai su di te,

 

nella stanza come un leone dormente.

 

Per quali strade il cuore

si trova pieno, perfetto anche in questa

mescolanza di beatitudine e dolore ?

 

Un po’ di pace… E in te ridesta

è la guerra, è Dio. Si distendono

appena le passioni, si chiude la fresca

 

ferita appena, che già tu spendi

l’anima, che pareva tutta spesa,

in azioni di sogno che non rendono

 

niente…

 

Le Ceneri di Gramsci, 1957

Poème précédent en italien :

Giuseppe Ungaretti : Où la lumière / Dove la luce (20/11/2014)

Poème suivant en italien : 

Giacomo Leopardi : A Sylvia / A Silvia (30/12/2014)