AVT_Antnio_Ramos_Rosa_5245_1_

 

Un homme obscur dans une ville lumineuse

 

     Cet homme, qui vient de sortir d’une porte de pierre est un animal au cœur

blessé, aux yeux embués, à la démarche vacillante. La lumière est pour lui trop

intense parce qu’il la voit à travers les fleuves souterrains du sommeil. Les regards

de la foule le maintiennent dans une terreur nocturne et ses épaules se soulèvent

dans la prison de leurs muscles. Escarpés et sinueux, tous les chemins descendent

vers le fleuve. Là, près de deux colonnes, l’homme regarde l’estuaire dans son

harmonieuse majesté, mais ce qu’il voit n’est plus qu’une stridente fulguration

qui obscurcit plus encore la nébuleuse de son angoisse. L’homme chemine à

présent environné d’une lumière précieuse, très blanche, mais dans la brume de

ses yeux ne volent ni mouettes ni colombes. Ses pieds sont en sueur, et son cœur

un petit volcan rempli de peur, d’éclats de verre et d’ombres tremblantes. Comment

pourrait-il entendre la rumeur de l’été ou respirer le parfum du printemps ? Sa marche

est une interminable fuite et sa quête une angoisse qui tournoie parmi des volutes de

fumée et d’arides vertiges. Rêve-t-il en déambulant dans les ruelles et les escaliers ?

Respire-t-il un autre monde qui aurait connu la rédemption ? Non, car en lui tout

vacille et se perd dans un abîme de grisaille où il n’y a ni prodiges ni présences

lumineuses. A présent ses pas précipités le dirigent vers une chambre où la

vertigineuse lenteur des murs l’étouffera dans un cercle de solitude et de peur.

 

Traduit du portugais par Michel Chandeigne

in « Les poètes de la Méditerranée. Anthologie »

Editions Gallimard (Poésie), 2010

Du même auteur :

La femme dilacérée / A mulher dilacerada (02/09/2014)

- Une voix / Uma voz (02/09/2015)

Quand la lumière s’efface… / Quando a luz se apaga (2/09/2016)

 

Um homem obscuro numa cidade luminosa

 

     Esse homem que acaba de sair duma porta de pedra é um animal com o coração

ferido, de olhos enevoados e andar vacilante. A luz é-lhe demasiado intensa porque

ele vê-a através dos rios subterrâneos do sono. Os olhares da multidão mantêm-no

num terror nocturno e os ombros elevam-se na prisão dos músculos. Escarpados e

sinuosos, todos os caminhos descem para o rio. Ai, junto de duas colunas, o homem

olha o estuário na sua  harmoniosa majestade, mas o que vê é apenas uma estridente

fulguração que obscurece ainda mais a nebulosa  da sua angústia. O homem caminha

agora envolvido por uma luz preciosa, branquissima, mas na bruma dos seus olhos

não voam gaivotas nem pombas. Os pés transpiram e o coração é um pequeno vulção

cheio de medo, cintilaçoes de vidro e sombras indecisas. Como poderia ouvir o

rumor do verão ou respirar o perfume da primavera? O seu andar é uma interminável

fuga e a sua busca uma angústia que gira por entre espirais de fumo  eáridas vertigens.

Será  que sonha enquanto deambula pelas ruas e escadas ? Respirará outro mundo que

conheça a redenção ? Não, porque nele tudo vacila e se perde num abismo cinzento onde

não há prodigios nem presenças luminosas. Agora os seus passos precipitados dirigem-no

para um quarto onde a vertigonosa lentidão das paredes o sufocará num circulo de solidão

e medo.

Poème précédent en portugais :

Fernando Pessoa : Le Gardeur de troupeaux /O Guardador de rebanhos (20/06/2017)