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Un astre

 

Entends la mémoire du sang qui s’éteint, la longue

incohérence de la parole. Entends la terre taciturne.

Tout est furtif, les ombres inaccueillantes. Nul jardin

de secrets. Nulle patrie entre les herbes et le sable.

Mais où donc jaillissent l’ombre et la clarté ?

 

Voici les coteaux de la terre aride et noire. Qui

reconnaît l’équilibre des évidences sereines ?

Ces mots ont une odeur de portes souterraines.

Comment dominer la démesure de l’absence et le vertige ?

Comment rassembler l’obscur dans l’évidence des mots ?

 

Ecoute, écoute la longue incohérence de la terre

et de la parole. Tout au long de la distance

murmure la monotone perfection d’une mer.

Par oublieuse pudeur un astre se fait velours

d’un bleu profond dans la corolle du silence.

 

Traduit du portugais par Michel Chandeigne

in, « Anthologie de la poésie portugaise contemporaine,1935 – 2000 »

Editions Gallimard (Poésie), 2003

Du même auteur :

La femme dilacérée / A mulher dilacerada (02/09/2014)

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