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Albanie, vers la citadelle Kruja

A Ukzenel Bucpapa

 

Le jus qu’on va tirer des feuilles sera l’encre verte

dont je me servirai pour décrire les oliviers

sur le chemin vers la citadelle.

Ici ils ne sont pas plantés comme des cartes de visite

que Noé avait éparpillées après

le déluge,

c’est un souvenir du prince Scanderberg qui, au quinzième siècle,

avait ordonné à tous les nouveaux mariés

de planter dix arbres au nom de leur amour.

Les canons de l’histoire, pour embellir le langage,

ne se sont jamais tus ici. La terre qui parlait

le bulgare, le turc et l’talien se tait

maintenant en albanais.

Le sang dont elle est imprégnée jaillit toujours des pompes du cœur,

et sur les troncs des arbres un autre cœur s’incruste avec, dedans,

la promesse que, dans cet amour, personne

n’arrêtera le déluge.

 

Traduit de l’hébreu par Marlena Braester

In, Ronny Someck : « Constat de beauté »

Editions Phi, 4050 Esch-sur-Alzette, 2008

Du même auteur :

Un chiffon brodé. Poème sur Oum Kalsoum (13/08/2015)

Bloody Mary (13/08/2016)